Le Comité européen des entreprises du vin (CEEV) milite en faveur du TTIP, l'accord de libre-échange négocié entre l'UE et les Etats-Unis, estimant qu'il peut éviter que les Américains ne se détournent du marché européen. En revanche, un tel accord inquiète les viticulteurs européens qui appellent à la plus grande vigilance et réclament des garanties sur le respect des « normes et réglementations sanitaires, environnementales et culturelles.
LE CEEV, qui regroupe les négociants en vin en Europe (1), considère que le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership, Accord de libre-échange transatlantique) actuellement négocié entre la Commission européenne et les Etats-Unis peut offrir des pistes de solutions et éviter que les Etats-Unis ne se détournent du marché européen. Premier marché de consommation de vin au monde, les Etats-Unis envisagent des accords avec d'autres pays producteurs de vin. « Etant donné la baisse tendancielle de la consommation au sein de l'UE, l'avenir de notre filière est à l'export », affirme José Ramon Fernandez, secrétaire général du CEEV. L'accord bilatéral sur le vin de 2005 entre l'UE et les Etats-Unis a permis un développement notable des exportations européennes de vins vers ce pays sans toutefois parvenir à régler certaines questions qui demeurent. Le CEEV estime donc que les négociations du TIIP sont une opportunité pour aller de l'avant.
PREMIER MARCHÉ DE CONSOMMATION DU MONDE
« Les Etats-Unis constituent à l'heure actuelle le premier marché de consommation de vin au monde et ils envisagent des accords avec d'autres pays producteurs de vin. Dans ce contexte le secteur vitivinicole européen ne peut pas se contenter d'une position défensive et conservatrice, mais doit au contraire se montrer offensif afin de conserver, voire élargir ses parts de marché et ses débouchés commerciaux. Il faut regarder vers l'avant et non vers l'arrière », a insisté Jean-Marie Barillère, le président du CEEV. Selon ce dernier, les exemples récents comme la Corée du Sud ou le Canada, avec qui l'UE a signé des accords de libre-échange, montrent que le secteur vitivinicole européen enregistre des avancées significatives en matière de droits de douane, d'accès au marché, de protection des IG, sans renoncer à l'excellence de son modèle. Entre 2005 et 2012, l'excédent commercial pour le secteur vitivinicole européen vis-à-vis des Etats-Unis a progressé de 87 % en volume et 30 % en valeur, ce qui représente en 2013 plus de 2,5 milliards d'euros (soit 28 % de l'ensemble des exportations de l'UE vers les Pays tiers). Cependant, un certain nombre de points n'ont pas pu trouver de solution dans le cadre de cet accord, notamment la question des semi-génériques. Le CEEV demande aux négociateurs européens de faire en sorte que les Etats-Unis renoncent totalement à utiliser les indications semi-génériques telles que « champagne » ou « chablis », sous un délai qui reste à négocier.
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UN ENJEU POUR LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES DU 25 MAI
En revanche le TTIP, que la Commission espère conclure en 2015, est contesté notamment par les Verts et la gauche européenne pour la menace qu'il représenterait pour les acquis de l'UE en matière sociale, environnementale et de protection des consommateurs. Le TTIP est devenu l'un des enjeux majeurs de la campagne en cours pour les élections européennes. L'Assemblée des régions européennes viticoles (Arev), qui réunit les producteurs, affiche sans détour son inquiétude face au TTIP. Elle souligne que c'est essentiellement sur les normes et réglementations, qu'elles soient juridiques, financières, sanitaires, environnementales ou culturelles que devrait porter l'harmonisation entre l'UE et les Etats-Unis. Pour l'Arev ce sont les normes européennes (adossées à celles de l'OIV, Organisation internationale de la vigne et du vin), plus ambitieuses, qui risquent d'être sacrifiées, dans la mesure où les Etats-Unis ont quitté l'OIV en 2001 précisément parce qu'ils n'ont pas souhaité se lier aux normes établies et observées par ses 45 Etats membres. L'Arev demande aux négociateurs européens de conditionner leur signature à l'obtention du renoncement définitif des Etats-Unis à utiliser, tant sur leur marché intérieur qu'à l'exportation, les indications géographiques européennes, dites « semi-génériques », qui concernent notamment les appellations françaises : burgundy (bourgogne), champagne, chablis, sauternes. Elle insiste également pour qu'ils renoncent définitivement à utiliser, tant sur leur marché intérieur qu'à l'exportation, les mentions traditionnelles européennes (château, classic, clos, cream, crusted/crusting, fine, late bottled vintage, noble, ruby, superior, sur lie, tawny, vintage et vintage character) et les noms de variétés de vignes limités aux vins européens sur l'étiquette des vins américains commercialisés sur le marché européen. Aziz Ben Marzouq
(1) Le CEEV représente l'industrie et le commerce des vins dans l'UE. Avec plus de 7 000 entreprises et plus de 200.000 emplois directs dans l'UE, ses membres assurent plus de 90% des exportations européennes de vin. Avec près de 9 milliards d'euros d'exportations en 2013, le secteur du vin a apporté une contribution de plus de 6,5 milliards d'euros à la balance commerciale de l'UE.