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Consommation Les « nouveaux pays » de l’UE s’insurgent contre la discrimination alimentaire

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Des tests récents sur des aliments de marque dans trois « nouveaux » États membres de l’UE ont montré que le goût et la composition de ces produits, vendus sous la même étiquette et dans le même emballage, diffèrent parfois des « mêmes produits » vendus dans les « anciens » États membres voisins. Les dirigeants des nouveaux États membres de l’UE demandent à Bruxelles de mettre fin à cette « discrimination inacceptable ».

Même marque, même étiquette, même emballage et pourtant les produits vendus sur le marché unique de l’UE ne sont pas de qualité équivalente suivant qu’ils sont commercialisés en Autriche ou en Slovaquie. Bien que les ingrédients soient généralement correctement étiquetés et que les produits soient considérés comme sans danger pour la consommation, certains des produits alimentaires vendus dans les « nouveaux » États membres sont considérés comme de qualité inférieure, moins bénéfiques pour la santé et sont également plus coûteux. L’affaire agite depuis des mois les « nouveaux » États membres où des chercheurs ont été chargés de comparer des produits alimentaires vendus dans leurs pays et dans les « anciens » États membres. Des analyses publiées ces derniers mois en Slovaquie, en Tchéquie et en Hongrie ont également relevé des différences de contenus dans une série de produits de marque identiques, allant des variétés de fromage dans une sauce carbonara, aux matières grasses issues de plantes plutôt que d’animaux. Cette fièvre d’analyses s’est accompagnée de déclarations indignées des responsables politiques d’Europe centrale. Le chef du gouvernement bulgare, Boïko Borissov, a soupçonné les grandes marques "d’un genre d’apartheid" alimentaire, le ministre tchèque de l’Agriculture, Marian Jurecka, se dit fatigué que l’Est soit "la poubelle de l’Europe" et le gouvernement hongrois évoque le "plus grand scandale de l’histoire récente". Aux yeux de ces dirigeants, les consommateurs de l’Est sont induits en erreur, persuadés d’acheter les mêmes produits qu’à l’Ouest alors que ce n’est pas le cas. Un tel traitement à double voie par les multinationales est inacceptable, surtout, disent-ils, dans la perspective de l’achèvement du marché unique. Ils estiment que les consommateurs dans l’ensemble de l’UE ont droit à des produits de même qualité et de même contenu lorsqu’ils portent la même marque.

S’adapter au goût local

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Les multinationales sont connues pour modifier la composition de leurs produits de marque pour s’adapter au goût local, aux ingrédients locaux ainsi qu’au pouvoir d’achat divergent. La législation de l’UE ne considère pas cela comme une tromperie du consommateur, tant que les produits sont sûrs, correctement étiquetés et qu’ils ne sont pas faussement annoncés comme étant identiques à ceux vendus dans un autre État membre. Jusqu’à présent, la Commission européenne a hésité à prendre des mesures sur la question de la « double qualité » des produits alimentaires, laissant le soin au « Forum de haut niveau pour une chaîne d’approvisionnement alimentaire plus performante » de se pencher sur le problème. Cependant en 2013 puis en mai 2017, le Parlement européen a demandé à la Commission d’étudier la question et de faire des propositions législatives. La question de la « double qualité » des denrées alimentaire a été inscrite à l’ordre du jour de la réunion des ministres de l’agriculture de l’UE, à la demande de plusieurs ex-pays de l’Est, en mai 2016 et de nouveau en mars 2017. La Commission en a discuté en mars 2017, en se concentrant sur le seul aspect de la perception des consommateurs. La commissaire européenne chargée de la protection des consommateurs, Vera Jourova, a par la suite invité tous les États membres à rassembler et à transmettre toutes les preuves possibles pour que la Commission puisse évaluer l’ampleur du problème et envisager de proposer des mesures. Lors d’une rencontre à Bruxelles en juillet 2017 avec le Premier ministre slovaque, Robert Fico, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui, jugé « inacceptable que des aliments de marque vendus sous la même étiquette puissent être de moindre qualité dans l’Est de l’UE » et qu’il était nécessaire de mettre fin à « cette façon discriminatoire de fournir des denrées alimentaires au peuple slovaque ».