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Nutrition Les nouveaux repères de l'Anses contestés par la Fict

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Pour la première fois, l’Anses publie des repères de consommation pour les principaux groupes d’aliments, un travail qui va servir à actualiser les recommandations du PNNS destinées au grand public. Parmi ses conclusions : « réduire considérablement » la consommation des charcuteries à 25 g/jour, limiter les viandes hors volailles à 500 g/semaine et les boissons sucrées à moins d’un verre par jour.

L’Agence nationale de la sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (Anses) a publié le 24 janvier les résultats de cinq ans d’études complexes destinées à mettre au point les nouveaux repères de consommation alimentaire pour les adultes. Il s’agit d’une publication importante car elle va servir de base de travail pour élaborer les messages destinés au grand public dans le cadre d’un Programme national nutrition santé (PNNS) rénové. En effet, les derniers messages avaient été élaborés à partir d’études menées au début du millénaire.

« Pour la première fois, notre étude intègre un enjeu tel que l’exposition aux contaminants », explique Dominique Gombert, directeur de l’évaluation des risques à l’Anses. Un point qui n’avait pas été pris en compte lors de la mise au point des précédents messages du PNNS. « Les repères de consommation permettent de se nourrir en répondant aux besoins nutritionnels des adultes tout en prévenant le risque de maladies chroniques associé à la consommation de certains aliments et en limitant l’exposition aux contaminants qui peuvent être présents dans les aliments », explique Irène Margaritis, chef de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses.

Dans ses avis, l’Anses aboutit à des « évolutions fortes » au regard des recommandations antérieures : « une consommation renforcée et régulière de légumineuses (telles que les lentilles, fèves ou pois chiches), la nécessité de privilégier les produits céréaliers les moins raffinés (telles que les pains, pâtes et riz complets ou semi-complets), ainsi que l’intérêt de favoriser la consommation d’huiles végétales riches en acide alpha-linolénique (telles que les huiles de colza et de noix) », indique l’agence. Pour les boissons sucrées, l’Anses préconise de se limiter à moins d’un verre par jour. L'agence classe désormais les jus de fruits dans les boissons sucrées, au même titre que les sodas, et non plus dans les fruits et légumes. Elle émet aussi des indications chiffrées précises, comme de ne pas dépasser 500 g/semaine les viandes hors volailles. A ce sujet, Interbev (interprofession de la viande) a immédiatement réagi pour préciser que « la consommation hebdomadaire française moyenne de “viandes hors volaille” est seulement de 370 g par personne, soit l'équivalent de 3 portions par semaine (…), donc bien inférieure à ce seuil recommandé de 500 g par semaine », citant comme source l’enquête CCAF de 2013 du Crédoc.

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L'Anses estime aussi qu'il faut « réduire considérablement la consommation de charcuteries (telles que le jambon, saucisson, saucisse, pâté, etc.) à 25 g/jour », un repère contesté par les professionnels de la charcuterie. « C’est incroyable que l’Anses fixe des limites de consommation alors que chaque personne est différente du point de vue de son métabolisme et de sa physiologie » a souligné Robert Volut, président de la Fict. « Et alors même que l’agence explique par ailleurs dans son rapport qu’il n’est pas possible de proposer des doses précises, c’est de l’utopie scientifique ! » poursuit-il. « Ce seuil (25 g/jour, NDLR) est deux fois plus faible que celui mentionné par le CIRC/OMS dans ses travaux récents (octobre 2015). Comment se justifie une telle différence ? » interroge-t-il. Robert Volut déplore que la Fict n’ait pas été consultée par l'Anses, alors même que d’autres fédérations professionnelles l’ont été. « Dès 2012, nous avons demandé à être reçus, mais sans succès » précise-t-il. La Fédération des industriels de la charcuterie va écrire à l’Anses pour exposer sa position. Elle compte bien être consultée lors de l’élaboration des messages de santé publique dans le cadre du PNNS rénové, ce qui devrait être fait prochainement.

L’agence précise par ailleurs qu'elle va poursuivre ses études afin d’affiner les repères en fonction des différentes catégories puisque l’étude actuelle ne s’adresse qu’aux hommes et femmes adultes. Les enfants, les seniors, les femmes enceintes ou les personne adoptant des comportements alimentaires particuliers (évictions, intolérances, préférences alimentaires, etc.) vont être pris en compte, de même que l’impact du nombre de prises alimentaires sur la santé ainsi que les contextes de consommation.