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Les ONG épinglent à nouveau la compensation carbone

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Après un premier rapport publié en novembre 2020 sur le label bas-carbone, le CCFD-Terre solidaire demande à revoir la place de la compensation tant à la COP26 que dans le dispositif français, au nom de la biodiversité et de la justice sociale. Des critiques déjà connues des expertes, qui reconnaissent le manque d’outil d’évaluation, tout en soulignant le besoin de financement pour la transition agricole.

« La compensation carbone est un leurre qui permet aux entreprises qui ne veulent pas réduire leurs émissions de verdir leur image », tranche Myrto Tilianaki, chargée de plaidoyer au sein de CCFD Terre solidaire à l’occasion d’une conférence de presse le 6 octobre. Ses critiques s’appuient sur le rapport publié le même jour par son association, analysant les projets carbone de trois entreprises : AirFrance, Nespresso et TotalEnergies.

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Trois multinationales dont les projets de reboisement conduiraient à plus de dégâts que de bénéfices pour l’environnement, estime l’ONG. Comme la plantation d’acacias de TotalEnergies au Congo, qui pourrait conduire à détruire 10 000 ha de savane du plateau de Batéké, sans consultation des habitants. « La plupart de ces projets sont récents, et nous manquons encore de recul », nuance cependant Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD.

Développer un système non-marchand

Avec le rapport, l’ONG espère appuyer sa principale demande lors de la COP26 qui s’ouvrira fin octobre à Glasgow : « Le secteur des terres doit rester en dehors du marché carbone au risque que les champs deviennent des actifs financiers », résume Myrto Tilianiki. L’association préférerait au système d’échange de crédits carbone un système  « non-marchand », tel que le principe de « contribution » défendu par la Bolivie depuis 2010. Un type de mécanisme aux contours encore flous, qui serait contrôlé par les autorités publiques suivant une logique de centralisation-redistribution, et qui ne s’intéresse pas uniquement au carbone.

La transition conceptuelle serait « risquée », pour Claudine Foucherot, directrice du programme Agriculture et forêt au sein chez I4CE. Principal reproche : « Le concept laisse un flou dangereux, alors que la décarbonation dans le secteur agricole et forestier a besoin de ces financements. » Sans le cadre strict qu’offre le marché carbone, détaille-t-elle, États et opérateurs seraient plus libres de fixer leurs contributions, et pourraient donc revoir leurs engagements à la baisse.

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Dans une tribune publiée en septembre 2020, son cabinet tentait déjà d’apaiser les critiques sur la compensation. « Évitons absolument les amalgames entre les démarches des financeurs et les projets qu’ils financent », invitaient Claudine Foucherot et ses collègues, saluant la rigueur de cadres « tels que le Label Bas Carbone en France, créé par le Ministère de la transition écologique et solidaire, le Woodland Carbon Code au Royaume-Uni ou encore les labels privés Gold Standard et Verra à l’international ».

Un label pour « les gros producteurs »

Tout comme le marché volontaire international, le label bas carbone français ne serait pas plus vertueux selon le CCFD. « Réservé aux gros producteurs », selon Myrto Tilianiki, il résulterait même pour Sylvie de Bukhari-de-Pontual « de la défense de l’agriculture industrielle par l’État ».

Autant de critiques qui se concentrent sur la première méthode bas-carbone validée dans le secteur agricole, Carbon-Argi, développée par l’Idele dans le secteur de l’élevage bovin. Dans un rapport publié aux côtés de France Nature Environnement et du Réseau action climat en novembre 2020, le CCFD-Terres solidaires estimait d’ailleurs déjà que la méthode Carbone-Agri favorisait « les fermes les plus intensives et les plus productives » en se concentrant sur les émissions rapportées au kilo de viande ou au litre de lait.

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« Nous poussons aujourd’hui pour que cette méthode repose sur l’intensité par hectare, comme c’est le cas en grandes cultures, mais la décision ne nous appartient pas », souligne Claudine Foucherot chez I4CE. Face aux ONG qui demandent plus de « justice environnementale et sociale » dans la compensation, elle rappelle les atouts de certains leviers valorisés par les méthodes existantes. « Aucun outil de mesure ne fait encore consensus sur la biodiversité, mais l’extensification en élevage, ou la meilleure gestion des sols en grandes cultures, ont des effets avérés sur les espèces et la qualité de l’eau. »

« Le secteur des terres doit rester en dehors du marché carbone »

Carbone-Agri favorise « les fermes les plus intensives et les plus productives »