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Les OP laitières cherchent leur place au sein de la filière

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Créé il y a seulement deux ans, le syndicat des organisations de producteurs France OP Lait tente de s’imposer dans le paysage laitier français. Mais dans une filière déjà structurée et aux acteurs bien installés, difficile de faire son nid.

« J’espère que nous serons invités à d’autres tables et que nous obtiendrons un retour de ce qui est fait aujourd’hui », résume le 13 octobre en conclusion des premières assises de France OP Lait Denis Berranger, président de ce syndicat d’organisations de producteurs (OP) laitiers.

Les OP laitières ont dix ans d’existence. Créé il y a tout juste deux ans, France OP Lait cherche encore sa place au sein de la filière laitière. Le syndicat regroupe une vingtaine d’OP sur les 65 que compte l’hexagone soit 6 500 producteurs et 3 milliards de litres de lait (la France produit chaque année quelque 25 milliards de litres de lait). Ouverte à tous, même aux productions laitières caprines et ovines, l’organisation prend ses distances avec le syndicalisme agricole et se revendique comme asyndicale.

Dans un paysage laitier français déjà bien chargé et organisé, France OP Lait entend asseoir son rôle dans la gestion des volumes, au-delà de celui de négociation du prix auprès des industriels. « Les OP sont le premier niveau de régulation, elles gèrent la mise sur le marché des volumes. C’est une mission de service public », les appuie Fréderic Courleux, ancien économiste à Agriculture Stratégie, aujourd’hui dans l’équipe de l’eurodéputé socialiste Eric Andrieu.

Siégé à l’interprofession

Lors d’un vif échange avec Daniel Perrin, secrétaire général de la FNPL (producteurs laitiers, FNSEA) et administrateur au Cniel, sur le lissage de la production mis en place au printemps par l’interprofession, Denis Berranger répond : « C’est le rôle des OP de gérer les volumes. »

S’il s’accorde sur la nécessité d’avoir mis en place une gestion des volumes face à la crise de la Covid-19 avec indemnisation des producteurs, il remet en cause la méthode adoptée par le Cniel. À une période où certaines laiteries tournaient en surrégime pour combler la demande de produits ultra-frais quand d’autres voyaient leurs débouchés à l’arrêt, « la diversité de nos territoires fait que si vous aviez travaillé avec les OP, nous aurions mieux affiné le dispositif et eu de meilleurs résultats », défend le président de France OP Lait.

« Il faut être bien clair sur les missions des uns et des autres. Nous devons chacun trouver notre place dans les discussions. Ce que vous ne pouvez pas faire au Cniel [discuter du prix, NDLR], nous, nous pouvons le faire. Il faut travailler en complémentarité et pour le faire nous devons être présents à l’interprofession », argumente-t-il.

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Le président d’Elvea (association d’éleveurs bovins viandes regroupés en OP) Philippe Auger vient appuyer ces propos. « Vous avez toute votre place dans l’interprofession laitière. Nous, c’est le cas, on nous écoute et nous participons à faire avancer le plan de filière », soutient-il.

Les collèges composant actuellement l’interprofession ne semblent pas aussi catégoriques. « Nous pourrions imaginer un autre schéma au sein de l’interprofession, avec un collège des premiers metteurs en marché, des consommateurs aussi », évoque Jehan Moreau, directeur de la Fnil (industriels laitiers privés), se gardant bien d’y associer là une position officielle du collège des industriels. « Il faudra un jour y réfléchir mais pour le moment, nous n’en sommes pas là », tranche-t-il.

Du côté de la FNPL, on coupe court à toute velléité. « Je ne vois la plus-value pour la FNOP [fédération nationale des OP, N.D.L.R.] d’être au Cniel. Et j’espère que l’objectif de France OP Lait n’est pas uniquement d’intégrer l’interprofession car il y a beaucoup d’autres chantiers », tance son secrétaire général.

D’autres OP non-membres de France OP Lait ont un avis similaire et ne voient pas l’intérêt d’ajouter une nouvelle strate à l’organisation de la filière laitière.

« Il faut être bien clair sur les missions des uns et des autres »

« Il faudra un jour y réfléchir mais pour le moment, nous n’en sommes pas là »

Des OP laitières multiformes

Initiées par le paquet lait européen en 2012 puis sans cesse mis en avant par les pouvoirs publics français pour équilibrer les rapports de force au sein de la filière, les organisations de producteurs (OP) laitiers présentent une très grande diversité de formes. Entre une OP représentant quelques dizaines de producteurs face à une PME qui a tout intérêt d’entretenir avec elle de bonnes relations, et des OP représentant des milliers de producteurs face à une multinationale très présente à l’international, les enjeux diffèrent nettement. S’y ajoutent les coopératives, qui peuvent elles aussi prétendre au statut d’OP. Toutes ces OP peuvent être dites verticales (un unique client), transversales (plusieurs clients sur un territoire donné) et avec ou sans transfert de propriété. « La diversité des OP c’est la diversité des territoires et la volonté des producteurs d’avoir des représentants sur toute la France », revendique Denis Berranger, président de France OP Lait lors des assises du syndicat le 13 octobre. « La logique des développements législatifs et réglementaires est d’aller vers des OP multi-acheteurs », contredit Philippe Duclaud, directeur général adjoint à la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) du ministère de l’Agriculture. Tous s’accordent toutefois sur l’intérêt des associations d’OP (AOP).