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Les oppositions peinent à doubler Macron sur la chasse

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Le congrès de la FNC (chasseurs) le 22 mars a une nouvelle fois permis de mesurer son influence dans le monde politique à la veille de l’élection présidentielle. Reprendre les propositions des chasseurs n’a cependant pas été suffisant pour les concurrents d’Emmanuel Macron, dont le bilan comme les promesses sont elles aussi très fidèles aux demandes de la FNC.

Le 22 mars, sur l’estrade de l’amphithéâtre de la Maison de la chimie, tous les candidats à l’élection présidentielle, la main sur le cœur, étaient chasseurs, fils de chasseurs ou amis des chasseurs. Avec les exceptions notables de Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, deux prétendants qui n’avaient pas été invités par la Fédération nationale de la chasse (FNC) pour ce grand oral, et d’Anne Hidalgo, qui n’avait pas souhaité faire de déplacement.

L’évènement avait été préparé de longue date. Toutes les équipes de campagne, ou du moins celles qui avaient été invitées, avaient même reçu une note de dix pages exposant les priorités et demandes des chasseurs. Note qui avait ensuite été discutée de vive voix avec l’entourage de chaque candidat en amont du congrès de la FNC. L’influence, résume Thierry Coste, célèbre conseiller politique des chasseurs, ne s’improvise pas. « Il faut connaître les gens longtemps à l’avance. »

Preuve de l’efficacité de cette préparation : les arguments des chasseurs ont été largement repris par tous les partis qui ont pris la parole. Sous les applaudissements de la salle, Valérie Pécresse s’est ainsi prononcée, tout comme Éric Zemmour, en faveur de la création préconisée par la FNC d’un « grand ministère de la ruralité » réunissant chasse et agriculture. Au nom du Rassemblement national, Paul-Henry Hensen-Catta a toutefois souligné la difficulté de faire accepter une telle réforme au monde agricole, tout en estimant « absurde » que l’environnement, la chasse, l’agriculture, et la forêt soient gérés séparément.

Soutenir les chasseurs contre les associations

Tous semblaient aussi avoir entendu les inquiétudes sur le financement des dégâts de gibier, tout en y apportant des réponses différentes. Alors que le Rassemblement national, par la voix de Paul-Henry Hensen-Catta, a proposé aux chasseurs de mobiliser le deuxième pilier de la Pac, tout en soulignant la nécessité « que le monde agricole l’accepte », Valérie Pécresse a envisagé un financement public à hauteur de 50 % de l’enveloppe sans préciser l’origine des fonds. Éric Zemmour souhaiterait de son côté plafonner les indemnisations, quand Fabien Roussel propose d’intégrer les pertes dans la gestion des risques.

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Autre point sur lequel les chasseurs avaient interpellé les candidats : la pétition pour « la refonte du régime des dons et des donations » à destination des associations utilisant « des moyens illégaux contre des activités légales ». Un dossier sur lequel Valérie Pécresse n’a pas hésité à proposer que les activistes « soient déchus de la reconnaissance d’utilité publique ». De même, Éric Zemmour a promis d’appliquer « fermement » le délit d’entrave.

Mais tous ces soutiens, comme les nombreuses critiques adressées par les candidats à Emmanuel Macron, ne sont pas parvenus à faire oublier le bilan d’un quinquennat jugé plutôt favorablement par les chasseurs. « Avec Emmanuel Macron, les échanges ont été plus réguliers et constructifs qu’avec ses prédécesseurs », a ainsi salué Willy Schraen dès l’ouverture du congrès.

Car le président sortant, lui aussi, a entendu les préoccupations de la FNC. Et ce, même, depuis le début de son mandat comme l’a rappelé Marc Fesneau, ministre des relations avec le Parlement, dépêché par Emmanuel Macron devant les chasseurs. Plan biodiversité, réforme de la chasse, arrêtés sur les chasses traditionnelles : « Le président a fait en sorte qu’il y ait une attitude nouvelle vis-à-vis de la chasse », a insisté Marc Fesneau.

Le ministre a aussi esquissé des propositions pour un éventuel second quinquennat : réformer le dispositif des dégâts de gibier (voir notre article), « ouvrir le dossier d’un accès plus rapide au permis de chasse », créer des permis « différenciés », ou encore valoriser « les heures de bénévolat des chasseurs pour les territoires et la biodiversité ». Seule ombre au tableau du côté de la FNC : la rapidité de débit de parole du ministre devant l’auditoire. « Va doucement, parce que là c’est une cata », a soufflé Willy Schraen dans son micro, coupant la parole au ministre. Un éloge de la lenteur aussitôt entendu par Marc Fesneau.

Les candidats présents étaient chasseurs, fils de chasseurs ou amis des chasseurs