Les organisations agricoles de l’UE affirment ne pouvoir accepter l’ouverture de négociations commerciales avec le Mercosur qu’à la condition que leur résultat, qui ne peut qu’être négatif pour le secteur, soit compensé par des accords de libre-échange très positifs avec les États-Unis et aussi le Japon.
Dans un courrier adressé en décembre au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) rappellent qu’elles soutiennent le processus de pourparlers de libre-échange avec les États-Unis (1) et, dans le même temps, s’inquiètent d’une relance des négociations commerciales avec le Mercosur (2), devenue plus probable après les élections de novembre en Argentine (3).
« Des pertes significatives »
Selon la dernière étude menée par le Centre commun de recherche de la Commission, un accord de libre-échange avec le Marché commun d’Amérique du Sud se traduirait par « des pertes significatives, dépassant les 7 milliards € », souligne le Copa-Cogeca dans sa lettre à Jean-Claude Juncker, dont copie a été transmise aux commissaires au commerce, Cecilia Malmström, à l’agriculture, Phil Hogan, et à la santé et la sécurité alimentaire Vytenis Andriukaitis, ainsi qu’au président du Conseil européen, Donald Tusk. Cette étude, ajoute-il, ne prend pas en compte la volatilité des monnaies entre l’euro et le réal brésilien ou le peso argentin, qui peut « amplifier les pertes pour le secteur agricole européen ».
Les organisations professionnelles font également part de leurs doutes concernant la « réelle volonté d’ouverture du marché » des pays du Mercosur, notant que plusieurs d’entre eux ont augmenté en 2014 leurs tarifs douaniers sur les fruits et légumes et que le Brésil a reconduit pour cinq ans une mesure antidumping sur la poudre de lait de l’UE, « alors qu’aucune entreprise européenne n’en avait exporté auparavant un seul kilo ».
« Assurance sur un calendrier »
Le Copa-Copeca remarque enfin que l’agriculture européenne est engagée dans la lutte contre le changement climatique, et qu’il serait donc « tout-à-fait incompréhensible de relancer des négociations avec des pays dont le bilan carbone, notamment dans le secteur de l’élevage, serait moins positif (que le sien) ».
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« Face à cette situation », les organisations professionnelles des Vingt-huit jugent « évident qu’un accord sur le chapitre agricole devra être significativement positif pour l’UE dans les deux négociations avec les États-Unis et le Japon (4) afin de compenser les pertes qu’engendrerait un accord avec le Mercosur ».
« Sans cette assurance sur un calendrier », insistent-elles, « le secteur agricole européen ne peut pas soutenir l’ouverture de négociations commerciales avec les pays du Mercosur ».
(1) Voir même numéro
(2) Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, le Venezuela n’étant pas impliqué dans ces discussions commerciales
(3) Voir n° 3523 du 07/12/15
(4) Voir n° 3500 du 08/06/15