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Avenir de la Pac Les organisations agricoles défendent leur « vision » pour l’après-2013

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« Les réformes antérieures de la Pac ont progressivement affaibli le soutien accordé à l’agriculture pour son rôle de production (…) en pensant que l’on n’en aurait probablement plus besoin », ont regretté le Copa et la Cogeca, dans une déclaration faite, le 30 septembre, à Bruxelles, à l’occasion de leur 50 Congrès annuel. A l’approche d’une nouvelle réforme d’ores et déjà annoncée comme radicale à l’horizon 2013, les organisations professionnelles agricoles ont présenté leur « vision pour une nouvelle politique agricole commune ».

Les organisations professionnelles agricoles européennes (Copa et Cogeca) ont affiché, à Bruxelles le 30 septembre, à l’occasion de leur 50 e congrès annuel, leur « vision » de la politique agricole après 2013. Dans une longue déclaration, elles laissent entrevoir leurs inquiétudes face aux « turbulences », à la « spéculation », à la « volatilité » et aux « incertitudes » auxquelles les agriculteurs seront confrontés « plus que jamais » dans les prochaines années ; et dévoilent les grandes lignes d’une « nouvelle Pac », « remodelée et adaptée au XXI e siècle », « stable », qui, outre quelques rares innovations, semble devoir puiser l’essentiel de ses ressorts dans les instruments bien connus de soutiens et de gestion des marchés.

« Il est extrêmement important que la future Pac fournisse un cadre stable permettant de développer le plein potentiel de production de l’agriculture de l’UE au travers de mesures visant à encourager l’augmentation de la productivité et de la compétitivité, ainsi que de mesures ayant pour but d’assurer le bon fonctionnement du marché », écrivent le Copa et la Cogeca. En tout état de cause, « faire de la Pac une politique de développement rural » n’est « tout simplement pas envisageable », préviennent les professionnels dans leur communiqué de presse final, une position qui n’est cependant pas suffisamment consensuelle pour apparaître dans la déclaration du Congrès négociée mot par mot par les différentes sensibilités présentes au sein de ces organisations.

Rémunérer les « services publics » rendus

Loin de combattre l’idée d’être des « jardiniers » des campagnes, qu’ils ont pourtant battue en brèche lors de la réforme de 2003, les agriculteurs se posent cette fois-ci en « gestionnaires des paysages européens ». Et ils souhaitent bien en tirer des contreparties financières : « les services publics (…) doivent être rémunérés de manière appropriée ». Le Copa et la Cogeca insistent sur les « effets secondaires positifs de l’agriculture » qui rend les « paysages attrayant et bien entretenus » et contribue au développement du tourisme.

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Au plan commercial, les organisations agricoles demandent une clarification des règles d’étiquetage pour que les produits soient « clairement identifiés et promus quant à leur origine et aux méthodes de production utilisées ». De plus, les importations devraient respecter « des normes environnementales et de bien-être animal équivalentes » à celles imposées aux producteurs de la Communauté. Ce qui est à ce jour « loin d’être le cas ». Pour cela aussi, le Copa et la Cogeca demandent des compensations : pour que les agriculteurs de la Communauté « puissent continuer à respecter ces normes strictes mais coûteuses et jouer leur rôle multifonctionnel dans les régions rurales, ils devront être rémunérés soit par le marché, soit par le budget ».

Mariann Fischer Boel appelle au « réalisme »

Si le ministre français de l’agriculture, Michel Barnier, s’est dit en phase « sur l’essentiel des points », avec les deux organisations agricoles, la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a, de son côté, mis plusieurs bémols. « Nous sommes d’accord pour (…) que la Pac ne soit pas conduite par des questions purement budgétaires », a-t-elle indiqué. Mais, « le budget de la Pac va être sous pression. Il faut être réaliste », a mis en garde la commissaire. Pour cette raison, elle a, une nouvelle fois, défendu le principe d’un transfert accru des fonds provenant des aides directes vers la politique de développement rural (modulation). Grâce au cofinancement par les budgets nationaux des projets de développement rural, les agriculteurs auront « plus d’argent pour faire face aux nouveaux défis ». Toutefois, « je vois encore le système de paiement unique comme faisant partie de notre future politique, mais certainement ciblé d’une façon différente qu’aujourd’hui », a-t-elle nuancé. De même sur la question du découplage entre les subventions européennes versées aux agriculteurs et les volumes de production, Mme Fischer Boel a estimé qu’il allait « dans la bonne direction » même si, pour elle, « ce n’est pas un article de foi ».

Pour sa part, le Français Michel Barnier s’est voulu rassurant. « On ne réformera pas une politique communautaire majeure sans les agriculteurs et encore moins contre eux », a-t-il lancé, indiquant que « l’agriculture a besoin d’une politique qui ait un budget et une boîte à outils ». Le secteur est un « actif stratégique » de l’Union européenne, a fait valoir le ministre français. Il faut garantir un « approvisionnement stable et fiable » de la Communauté en produits agricoles, a-t-plaidé.