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Agriculture et biodiversité Les outils méthodologiques s’affinent

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On commence à en savoir un peu plus sur les relations entre agriculture et biodiversité. Si la collecte des données promet d’être encore longue, la méthodologie permettant d’évaluer les interactions entre agriculture et biodiversité s’affine. Fini le temps de la recherche agronomique « à la parcelle », estime l’Inra.

Prendre de la hauteur. Telle est l’approche privilégiée aujourd’hui par l’Inra dans ses recherches sur les relations entre l’agriculture et la biodiversité. « Avant, l’essentiel des travaux agronomiques (sur la biodiversité) s’effectuaient à la parcelle. C’est dépassé », explique Laurent Lapchin, directeur scientifique adjoint pour « l’Environnement, les écosystèmes cultivés et naturels » à l’Inra. « L’expertise montre que l’impact de l’agriculture sur la biodiversité dépend d’un équilibre entre trois éléments : le degré d’intensification agricole, le niveau d’uniformisation des cultures dans le paysage, et le pourcentage d’espaces semi-naturels, tels les bosquets, haies ou bandes enherbées. Cet équilibre a un effet primordial sur la conservation de la biodiversité », indique le directeur de recherche.

Encore beaucoup de travail

Beaucoup de travail reste toutefois à faire. Sur le plan des connaissances tout d’abord. Car toute mesure de l’évolution de la biodiversité suppose une situation de référence, souvent manquante. Les chercheurs comptent ainsi beaucoup sur le réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS) pour obtenir une photographie de la biodiversité des sols français qui fait actuellement défaut. Lancé en 2002, ce réseau repose sur le prélèvement et la description des sols de 2200 sites répartis uniformément sur tout le territoire selon une maille carrée de 16 km. A l’heure actuelle, 200 sites restent encore à analyser. Chaque site fera l’objet d’un prélèvement « tous les 10 ans », selon Samuel Dequiedt (INRA Dijon), pour une nouvelle analyse de sol. Un moyen qui permettra aux scientifiques de mesurer l’évolution des sols, mais à une échelle de temps relativement longue. Pour l’heure, les premiers résultats mettent en évidence un lien entre diversité du paysage et diversification des communautés microbiennes du sol à grande échelle.

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Le temps de l’acquisition des connaissances est aussi celui de Marie-Anne Auger-Rozenberg (INRA Orléans), qui travaille à la mise en place d’une base de données (R-Syst) permettant d’identifier les espèces animales ou végétales grâce à leur ADN. « Nous sommes en phase de validation des méthodes », explique-t-elle.

Comment compter

Quant aux aspects socio-économiques, ils nécessitent eux aussi encore beaucoup de recherches. A titre d’exemple, plusieurs critères pour mesurer la valeur de la biodiversité coexistent actuellement au plan international, sans que l’un ou l’autre de ces critères ne fasse l’unanimité, souligne Charles Figuières (INRA Montpellier). Or, selon le critère retenu, les résultats peuvent être divergents, indique le chercheur. La méthode de calcul la plus simple consiste à recenser le nombre d’espèces différentes dans un écosystème, en supposant que toutes les espèces contribuent de manière égale à la biodiversité, quel que soit leur nombre. Une approche concurrente tient compte de l’abondance relative d’une espèce et de son rôle dans l’écosystème : elle permet d’envisager pour chaque espèce un niveau de seuil en deçà duquel la santé de l’écosystème est perturbé. La troisième méthode est, elle, centrée sur les « dissimilitudes » entre espèces. Au final, explique Charles Figuières, les politiques de préservation peuvent différer selon les critères de biodiversité pris en compte. La prudence est donc de mise. Le renforcement des passerelles entre le monde de l’agro-biologie et les disciplines socio-économiques en est d’autant plus nécessaire, insiste Laurent Lapchin.