A l'initiative des Pays-Bas et de la Suède, les ministres de l'agriculture de l'UE ont examiné, le 19 mai à Bruxelles, la question de la perte de la nourriture et du gaspillage alimentaire et ont débattu des solutions possibles au problème. Parmi les suggestions avancées, celle d'exempter un plus grand nombre de produits alimentaires de l'obligation d'afficher une date de péremption.
UNE date dépassée sur l'étiquette d'un produit alimentaire signifie-t-elle pour autant que le produit doit prendre, séance tenante, la direction du bac à ordures ? Pas nécessairement, explique la ministre néerlandaise de l'agriculture, Sharon Dijksma, qui, avec son collègue suédois Eskil Erlandsson, ont mis à l'agenda des ministres de l'agriculture de l'UE, le problème du gaspillage et des pertes alimentaires. Dans un document qu'ils ont présenté à leurs pairs, les deux ministres estiment que plusieurs produits alimentaires actuellement soumis à cet étiquetage, comme le café, les pâtes ou le riz pourraient en être dispensés sans risque sanitaire pour les consommateurs. Ils expliquent que la date limite d'utilisation traditionnellement précédée de la mention « à consommer de préférence avant le... » est une mention indiquant la date au-delà de laquelle la qualité gustative du produit se dégrade, mais reste consommable sans problème d'un point de vue sanitaire. « La confusion induite par ce type d'étiquetage doit être dissipée », estiment les deux promoteurs de l'initiative sur le gaspillage alimentaire (1). Certaines denrées alimentaires telles que le vin, le sel de cuisine, le sucre solide et certains produits de confiserie sont déjà exemptés de ces règles d'étiquetage. Les Pays-Bas et la Suède, soutenus par l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark et le Luxembourg, plaident pour que cette liste de produits exemptés soit étendue à d'autres, sans toutefois que la sécurité alimentaire ne soit compromise. « Des mesures pourraient être prises dans de nombreux domaines législatifs, mais commençons avant tout par la question des étiquettes sur les dates de péremption », proposent La Haye et Stockholm. Les deux capitales souhaitent également examiner les méthodes pour mieux informer les consommateurs sur deux aspects : la durée de vie des dates de péremption et le rôle joué par certaines réglementations européennes dans le gaspillage alimentaire, d'autre part.
« Il peut y avoir d'autres obstacles juridiques qui engendrent des déchets alimentaires inutiles et cette question mérite aussi d'être étudiée. Elle pourrait l'être par exemple par le Groupe de travail spécial sur les pertes alimentaires et le gaspillage, mis sur pied par la Commission européenne », suggèrent les Pays-Bas et la Suède. La lutte contre le gaspillage alimentaire est au centre d'un plan d'action « pour une alimentation durable » que la Commission européenne prépare actuellement, en vue de sa présentation à la mi-juin 2014.
EURODÉPUTÉS : DIVISER PAR DEUX LE GASPILLAGE ALIMENTAIRE D'ICI 2025
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En 2012, le Parlement européen s'est emparé du dossier des déchets alimentaires et a voté une résolution réclament la diminution de moitié des gaspillages d'ici à 2025. Il a demandé à la Commission européenne de prendre une série de mesures pour enrayer le phénomène, estimant que si rien n'est fait le gaspillage grimperait à 40 % en 2020 ! Il a même proposer de déclarer 2014 année européenne contre le gaspillage alimentaire en suggérant que des cours d'éducation alimentaire soient créés, en particulier dans les écoles, afin de donner des conseils pratiques sur la conservation des denrées alimentaires, leur préparation et leur élimination. Pour éviter que les denrées alimentaires ne soient proposées à la vente dans un délai trop proche de la date de péremption, ce qui augmente le risque de gaspillage, le Parlement a suggéré une double date de péremption qui pourrait être introduite pour indiquer la date limite de vente (date de commercialisation) et la date limite de consommation (date de consommation). Les députés ont par ailleurs salué les initiatives prises par certains États membres pour récupérer les aliments invendus et les distribuer aux personnes démunies et ont demandé aux distributeurs de participer à ces programmes. Pour les élus européens, la réduction du gaspillage alimentaire est non seulement une exigence « éthique » (16 millions de citoyens européens dépendant de l'aide alimentaire et près d'un milliard de personnes sont menacées par la sous-alimentation dans le monde) mais aussi un impératif économique et environnemental, car, selon le Parlement, « les montagnes de nourriture non consommée contribuent fortement au réchauffement climatique ». Ils souhaitent donc qu'une stratégie coordonnée soit mise en place de manière à diminuer les pertes à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement alimentaire.
Selon la Commission européenne quelque 90 millions de tonnes de nourriture seraient gaspillés chaque année en Europe (déchets agricoles et rejets de la pêche non inclus), soit 179 kg par habitant. Environ un tiers de la nourriture pour la consommation humaine serait gaspillée dans le monde – environ 1,3 milliard de tonnes par an, selon la FAO. Sans changement, la Commission estime qu'en 2020, le gaspillage alimentaire atteindrait 126 millions de tonnes, soit une hausse de 40 %. Les déchets alimentaires dans les pays industrialisés seraient aussi élevés que dans les pays en développement : dans les PVD, plus de 40% des pertes de produits alimentaires interviendraient après la récolte et pendant le traitement ; dans les pays industrialisés, plus de 40% se produiraient au détail et au niveau des consommateurs. La nourriture est gaspillée dans toute la chaîne d'approvisionnement alimentaire – des producteurs jusqu'aux consommateurs – et pour des raisons diverses. La Commission européenne a mis sur pied un groupe de travail dont la mission est de trouver une solution au gaspillage alimentaire à l'échelle européenne et de proposer un projet de règlement d'ici la mi-juin 2014.
(1) Une étude menée aux Pays-Bas aurait montré que près de 15 % des déchets alimentaire seraient dus aux règles sur l'étiquetage des produits. Les produits alimentaires demeurent en général comestibles bien au-delà de la date de péremption.