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Marché Les pays émergents devraient continuer de tirer les prix

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En cette période d’incertitude, les prix des matières premières progressent un peu plus chaque jour. Quand s’arrêtera l’ascension ? Pas tout de suite, probablement. A moyen terme, la demande des pays émergents devrait continuer à pousser le marché des céréales et les biocarburants celui du colza.

200 euros/t pour du blé acheminé en portuaire ? 300 voire 310 euros/t pour du colza ? Personne ne sait dire aujourd’hui jusqu’où grimperont les prix des matières premières végétales. Ni jusqu’à quand. Mais une chose est sûre : la dynamique est haussière, ne serait-ce qu’en raison du retard de cette récolte si attendue. « Je suis persuadé que les prix resteront élevés sur la campagne,parie Philippe Milochau, responsable collecte chez Agralys. Ils seront très supérieurs aux mauvaises années, et même probablement au-dessus de la dernière campagne ».

Moins d’engagement

Cette année, acheteurs et vendeurs se sont moins engagés que d’habitude. Davantage de marchandises sont donc disponibles sur le marché. Ce qui n’empêche pourtant pas les prix de monter : « Le marché est tendu car la demande est supérieure à l’offre», remarque Philippe Milochau. Même analyse chez ce courtier spécialisé en blé : « Aujourd’hui, nous n’avons aucun problème pour trouver des acheteurs. C’est le changement fondamental de ces 3 dernières années ». Dans un tel contexte, un éventuel manque de qualité ne devrait pas poser problème. « Faute de grives, on mange des merles, résume un courtier. Même un blé présentant un mauvais temps de chute de Hagberg trouvera preneur ».

Des facteurs fondamentaux connus et absorbés par le marché

Les facteurs fondamentaux de cette hausse des cours, qui affectent tant l’Europe que le monde, sont désormais bien connus : les stocks sont tombés à de très bas niveaux, la demande en éthanol tire le marché du maïs américain qui emmène dans son sillage les céréales mondiales, et les besoins des pays émergents deviennent de plus en plus pressants. Présidente de Tallage Stratégie grains, Andrée Defois estime pour sa part que le marché a désormais intégré ces facteurs : « Les prix ont fait leur travail ». En face, les acheteurs ont parfois du mal à supporter la hausse. « Ces prix élevés impliquent que certains pays retardent leurs achats », souligne Andrée Defois. Il existe déjà un certain rationnement de la demande : si l’Egypte continue à importer, certains pays d’Afrique du Nord ralentissent leurs achats.

Beaucoup d’incertitudes

Autrement dit, la hausse, si elle doit se poursuivre à court terme, aura probablement besoin de se nourrir de nouveaux éléments. En l’absence de données claires sur les récoltes mondiales, les spéculations de toutes sortes vont bon train. Début juillet, la hausse des emblavements de maïs aux Etats-Unis a ainsi fait soudainement baisser les cours. Pourtant, un problème de sécheresse peut aussi vite remodeler la donne. Et une bonne récolte de maïs aux Etats-Unis peut avoir un effet à double tranchant : faire baisser les cours, mais aussi encourager le développement des innombrables usines d’éthanol qui se sont créées dans le pays... Qu’un marché très élevé peu handicaper. Autre inconnue très spéculative : la récolte de blé en Australie. Elle s’annonce bonne, mais le pays sort de plusieurs années de sécheresse. Ce qui laisse planer un doute.

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Au plan européen, une bonne récolte de maïs dans l’Hexagone redonnerait de l’air au marché communautaire et réduirait la pression sur le blé en alimentation animale. Car une chose est à peu près sûre pour l’instant : l’orge est trop chère pour les fabricants d’aliments du bétail. « Les pays de la mer Noire sont peu présents, l’Australie et le Canada seront là plus tard, explique un courtier. Le marché est très serré. Les niveaux d’incorporation pourraient remonter, mais en deuxième partie de campagne seulement ». L’avenir est donc émaillé de « si » et de conditionnels.

Consensus sur les pays émergents

Les tendances du marché à moyen terme ne sont pas plus faciles à déceler. Un consensus existe autour des besoins des pays émergents : la demande devrait progresser, portée par le niveau de vie en hausse. « Dans les dix ans à venir, nous estimons que la consommation de blé devrait augmenter de 100 Mt », confirme Philippe Pinta, président de l’AGPB (Association générale des producteurs de blé). Mais l’effet du développement des biocarburants est davantage controversé : les usines américaines tiendront-elles le choc ? La progression des biocarburants en Europe aura-t-elle un impact déterminant sur les céréales ? Difficile à dire. « Cela fait cinq ans que les courbes mondiales d’offre et de demande s’entrecroisent, observe en tout cas Christophe Terrain, président de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs). L’équilibre est fragile. Les marchés vont rester à un niveau haut durablement ».

Les biocarburants porteront le colza

Incertitudes et questionnements sont les mêmes en colza, qui reste un oléagineux très européen. La production communautaire doit exploser, c’est à peu près sûr... Mais les besoins également. La campagne 2007/2008 s’annonce donc plutôt tendue. Qu’en sera-t-il ensuite ? Le marché du colza des Vingt-sept repose essentiellement sur les biocarburants, dont le développement est étroitement lié aux choix politiques. En Allemagne, par exemple, l’abandon de la défiscalisation totale a mis en danger des usines. « Certains projets se sont lancés un peu n’importe comment, chacun voulant lancer son usine, temporise un spécialiste. La situation va se normaliser. Il y a en tout cas trop d’enjeux aujourd’hui en Europe pour que la filière régresse ». L’avenir dira ce que le marché est capable d’absorber comme prix.