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Commerce Les perspectives d’un accord commercial avec la Nouvelle-Zélande inquiètent l’industrie européenne

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Lors du Conseil des ministres de l’agriculture de l’UE, le 23 janvier à Bruxelles, le ministre polonais, Krzysztof Jurgiel, a exprimé ses inquiétudes concernant l’ouverture de négociations commerciales avec la Nouvelle-Zélande, notamment pour le secteur laitier qui risque de pâtir d’une libéralisation brutale des importations en provenance de ce pays. Inquiétudes qui sont relayées notamment par l’industrie laitière européenne qui estime que sur les marchés laitiers mondiaux, le secteur laitier de l’UE ne fait pas concurrence sur un pied d’égalité avec celui de la Nouvelle-Zélande et qu’il serait nécessaire de prévoir des garde-fous dans l’éventualité d’un futur accord de libre-échange avec Wellington.

Devant le Conseil des ministres de l’agriculture de l’UE, le 23 janvier à Bruxelles, le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a passé en revue rapidement une série d’informations sur les négociations commerciales de l’UE avec des pays tiers et qui présentent un intérêt pour l’agriculture. Les ministres ont eu l’occasion d’échanger leurs points de vue également sur l’étude de la Commission européenne relative à l’effet cumulé des accords de libre-échange (ALE) sur le secteur agricole de l’UE.

Les ministres ont notamment invité à répondre à la question suivante :

- Compte tenu des forces et des faiblesses mise en évidence dans l’étude relative à l’effet économique cumulé des ALE sur l’agriculture de l’UE, quelle appréciation portez-vous sur la pertinence de la stratégie actuelle envers les pays tiers ? L’étude de la Commission au sujet de l’effet cumulatif exercé sur le secteur agricole de l’UE par les concessions accordées dans le cadre des ALE porte sur douze accords commerciaux à venir dans le secteur agroalimentaire et leur impact sur les prix à la production et la production en volume d’un ensemble de produits représentant 30 % de la valeur des exportations de l’UE dans ce secteur. Les résultats de l’étude montrent que les secteurs laitier et de la viande porcine de l’UE peuvent escompter des bénéfices importants, mais font aussi apparaître des faiblesses pour les secteurs de la viande bovine et du riz en ce qui concerne à la fois les effets sur les échanges et une baisse des prix à la production. Dans son intervention devant le Conseil de l’agriculture, le 23 janvier 2017, le ministre polonais, Krzysztof Jurgiel, a indiqué que l’ouverture éventuelle de négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle-Zélande pourrait avoir des conséquences dommageables sur le secteur agricole et en particulier sur celui des produits laitiers. Il a estimé que le secteur laitier devrait être exclu de la libéralisation envisagée dans le cadre de l’accord de libre-échange prévu avec la Nouvelle-Zélande. Dans sa réponse au ministre polonais, Phil Hogan s’est voulu le plus rassurant possible en indiquant, en substance, que « le fait que la Commission européenne ait précisé aux négociateurs néo-zélandais le caractère très sensible de certaines productions agricoles européennes devrait amener les ministres du commerce de l’UE à en tenir compte quand ils accorderont un mandat de négociation pour un accord de libéralisation des importations agricoles dans le courant du 2e semestre de 2017 ». Il a précisé que la Commission « ne souhaite pas aborder des négociations d’un accord avec la Nouvelle-Zélande qui aurait un impact négatif sur les secteurs agricoles sensibles de l’UE ».

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Préoccupations aussi de l’industrie laitière

Relatant en quelque sorte les préoccupations de la Pologne, les représentants de l’industrie de la transformation laitière européenne ont également exprimé leur position sur un éventuel accord de libre-échange UE/Nouvelle-Zélande. European Dairy Association (EDA) le porte-voix de l’industrie, a rappelé ainsi que le secteur laitier est l’un des secteurs de l’économie européenne qui ont subi les réformes structurelles et politiques les plus profondes au cours des derniers mois et des dernières années. Elle considère que l’exportation de produits laitiers néo-zélandais – en raison de la concentration du secteur et des conditions commerciales favorables conclues avec la Chine – bénéficie d’un avantage concurrentiel considérable et que le secteur laitier néo-zélandais est loin d’avoir déjà exploité son plein potentiel de production. Selon EDA, les exportations laitières de la Nouvelle-Zélande se montent à 17,7 millions de tonnes d’équivalent lait (88 % de la production totale de lait) et représentent 37 % (en 2013-14) de la valeur totale que ce pays tire de ses exportations de marchandises. De leur côté, les exportations laitières de l’UE atteignent à peine 16 millions de tonnes d’équivalent lait et ne représentent que 12 % de la production laitière totale de l’UE. Par conséquent, disent les dirigeants d’EDA, « il n’est pas surprenant que la Nouvelle-Zélande ait négocié dans ses accords de libre-échange des conditions favorables d’accès au marché, en particulier pour les produits laitiers avec ses principaux partenaires commerciaux comme par exemple la Chine ». Selon eux, « sur les marchés laitiers mondiaux, le secteur laitier de l’UE ne fait donc pas le poids et ne peut pas faire concurrence sur un pied d’égalité aux exportations néo-zélandaises ». EDA rappelle aussi que dans sa stratégie « Commerce pour tous », la Commission européenne a pourtant fait part de son intention de demander un mandat pour négocier un ALE avec la Nouvelle-Zélande « en tenant compte des sensibilités agricoles de l’UE ». Elle regrette qu’alors que le paysage du commerce mondial pour les produits laitiers « a été parfaitement façonné par le gouvernement néo-zélandais pour les exportations laitières de la Nouvelle-Zélande, l’UE, dans le cadre de ses négociations, ne bénéficie pas de conditions comparables d’accès aux marchés pour les produits laitiers de l’UE dans la plupart des grands pays importateurs laitiers ». EDA rappelle enfin que le Parlement européen, lui-même, a souligné dans sa résolution de 2016 sur un futur accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande « que l’agriculture est un secteur très sensible et qu’un résultat final et équilibré dans les chapitres de l’agriculture doit prendre en considération les intérêts de tous les producteurs européens, notamment en ce qui concerne les produits laitiers, la viande, le sucre et les céréales, par exemple en introduisant des périodes transitoires ou des quotas appropriés ou en ne prenant aucun engagement dans les secteurs les plus sensibles ».