Profession et start-up sont encore en discussion pour savoir comment les crédits générés seront commercialisés. L’une des pistes pourrait consister à valoriser les compétences de France Carbon Agri et son partenaire Terraterre, mais de nouveaux acteurs privés pourraient eux aussi se positionner, d’autant que les pouvoirs publics chercheraient à diversifier le type d’opérations autorisées sur le marché volontaire.
« Il ne servirait à rien de réinventer ce qui a déjà été fait avec France Carbon Agri » en élevage bovin, estime Philippe Heusèle, secrétaire général de l’AGPB. Alors que les premiers crédits carbone issus des grandes cultures sont attendus pour le début de l’année 2022, des discussions seraient donc en cours l’association présidée par Marie-Thérèse Bonneau, par ailleurs secrétaire générale de la FNPL (éleveurs laitiers).
« L’idée serait que France Carbon Agri devienne une plateforme agricole globale pour offrir aux entreprises et collectivités un marché le plus simple et le plus direct possible », confie Olivier Dauger, président de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France et élu de la FNSEA en charge du dossier climatique. Miser sur une structure existante aurait un autre atout : faciliter un déploiement rapide du label Bas carbone sur de nouvelles filières.
D’autres initiatives pourraient arriver du côté des structures qui ont développé les outils permettant de réaliser les diagnostics. « Au niveau d’In Vivo, nous réfléchissons à structurer une plateforme pour agréger les crédits des coopératives sur un territoire donné », confie Morgane Hénaff, cheffe de projet Agriculture, Climat, Territoires chez Agrosolutions. Tout comme MyEasyFarm, qui serait en discussion avec Terraterre, l’une des structures qui appuient déjà France Carbon Agri dans la vente de ses crédits.
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Vers un encadrement du rôle des intermédiaires
« Les entreprises recherchent de la traçabilité, de la transparence, et les outils digitaux sont importants », confie Mathieu Toulemonde, fondateur de Terraterre. Sa start-up propose aujourd’hui une plateforme permettant aux entreprises de suivre l’activité des agriculteurs soutenus par l’achat de crédit carbone, ainsi que l’ensemble des bénéfices générés en matière de qualité de l’eau, ou de biodiversité. Principales promesses de Terraterre : fournir aux entreprises des crédits issus de projets à moins de 100 km de leurs sièges ou de leurs usines, et ne faire aucun pré-financement, en ne vendant que les crédits de projets déjà lancés.
Selon son fondateur, la start-up aurait déjà commercialisé « plusieurs milliers de tonnes de crédit » issues des appels à projet de France Carbon Agri. Alors que l’association propose des crédits à 38 €/t, dont 30 € reviennent à l’agriculteur, « il est surtout important de partir du coût du projet de l’agriculteur », défend Mathieu Toulemonde, estimant que « le crédit carbone ne doit pas financer l’intégralité de la transition ».
Le rôle des intermédiaires comme Terraterre ou Sami, l’autre partenaire de France Carbone Agri, demeure limité, dans la mesure où les crédits carbone du marché volontaire ne peuvent être revendus. « Cette notion d’incessibilité a des vertus, puisqu’elle évite les déboires du marché international du carbone. Mais il faudrait mettre en place un registre national des crédits carbone, qui faciliterait les transactions », propose Mathieu Toulemonde. Ce registre pourrait faire partie des prochaines décisions de Barbara Pompili, dont l’entourage, lors d’un échange avec la presse le 25 août, a indiqué sa volonté « d’encadrer le passage par les intermédiaires, notamment pour les PME qui ne peuvent pas acheter les crédits en propre ».