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Bananes Les planteurs antillais achètent le premier réseau français de mûrisseries

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Les planteurs de bananes antillais viennent d’acheter à la centrale d’achat Pomona la société Fruidor, le premier réseau français de mûrisseries de bananes. Ils espèrent ainsi mieux valoriser et différencier la banane antillaise, face à une rude concurrrence de la banane latino-américaine à bas prix.

Les responsables de Fruidor et de l’Union des groupements de planteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPBAN) ont annoncé le 15 décembre le rachat à 100% de Fruidor à Pomona par l’UGPBAN. « Nous, producteurs de bananes de Martinique et de Guadeloupe, nous contrôlons enfin notre propre réseau de mûrisseries, passage obligé » de la commercialisation des bananes, a déclaré Éric de Lucy, président de l’UGPBAN, union qu’il a fondée en 2003, mettant fin à des rivalités entre les planteurs des deux îles. Le meilleur moyen de valoriser et de différencier la banane antillaise, c’est de contrôler tous les maillons de la filière, a-t-il développé.

Faire de la banane antillaise un produit haut-de-gamme

Par ce rachat du premier réseau français de mûrisseries, le nouveau patron de Fruidor entend faire en sorte que la banane de Guadeloupe et de Martinique soit perçue comme « différente de la banane qui vient d’ailleurs ». Le défi n’est pas insurmontable : les planteurs des Canaries ont pris le contrôle du réseau des mûrisseries espagnoles en 1991, puis ont développé une politique de communication et de marketing sur le thème de la banane produite en conditions artisanales, misant sur la qualité. Elle est vendue au détail 2,20 euros le kilo, contre 1,20 chez Chiquita (firme américaine basée à Cincinnati dans l’Ohio aux États-Unis et surtout connue pour la production de banane). « Le résultat aujourd’hui est que la banane des Canaries est la favorite des consommateurs espagnols », a témoigné Éric de Lucy.

Le président de l’UGPBAN, et désormais de Fruidor, a exposé deux erreurs que Fruidor ne veut pas commettre.

« Nous n’allons pas décréter, face à nos concurrents, que la banane antillaise vaut 50% plus cher, mais nous allons mener une politique pour mettre en avant ses valeurs ». Le positionnement sera la banane de Guadeloupe et de Martinique artisanale, goûteuse, produite sur des petites exploitations. « Beaucoup d’exploitants ont entre trois et dix hectares. Les plus grandes exploitations antillaises font 50 hectares, des nains par rapport aux exploitations de Colombie ».

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Fruidor ne sera pas dédié qu’à la banane antillaise. « Ce ne serait bon ni pour Fruidor ni pour la banane antillaise ». L’exemple de l’ouragan Dean est encore présent dans les esprits : du jour au lendemain, les arrivages de banane des Antilles ont été stoppés, et cela pour plus de six mois.

Fruidor compte augmenter ses ventes de banane antillaise

Fruidor commercialise 150 000 tonnes de bananes par an, dont environ 80 000 tonnes des Antilles françaises, soit près de 60%. Le reste provient d’Afrique et d’Amérique latine. Son objectif est d’augmenter ses ventes de banane antillaise, mais sans en augmenter le pourcentage… ce qui signifie que Fruidor envisage une expansion de ses ventes totales. Les planteurs de bananes de Martinique et de Guadeloupe représentent une production de 250 000 tonnes par an.

La société commercialise par ailleurs 107 000 tonnes de fruits et légumes autres que la banane, essentiellement en provenance française. Elle exporte des pommes de terre, notamment vers la Russie. Cette partie non bananière est divisée en « terroirs de production » : Nord (pommes de terre, endives, pissenlits), Val de Loire, Aquitaine (kiwis, carottes des Landes, fraises du Périgord), Provence et Rhône-Alpes.