En la substituant à des forêts ou en la gérant de manière trop intensive, nous transformons peu à peu la prairie en une source de réchauffement à l’échelle mondiale, indiquent des chercheurs dans une étude parue début en décembre.
L’activité humaine « a fait évoluer les prairies d’un puits de carbone vers une source de gaz à effet de serre », écrit une équipe internationale de chercheurs dans un article paru début décembre dans Nature Communications. L’étude remet en cause une idée centrale : à l’échelle mondiale, les prairies ne seraient pas un bienfait pour le climat, mais seraient au contraire devenues – faiblement – émettrices.
Depuis les années soixante-dix, le forçage radiatif, c’est-à-dire l’effet réchauffant de l’ensemble des prairies augmenterait lentement. Il serait même devenu faiblement positif depuis les années deux mille. Pis, nous apprennent les chercheurs, ce fragile équilibre ne tient plus que grâce aux prairies les plus sauvages. Car « les prairies gérées par l’homme dans toutes les régions, sauf en Russie, ont un effet de réchauffement net sur le climat ».
Les émissions compensent l’augmentation du stockage
Ces conclusions sont issues d’une modélisation des flux de gaz à effet de serre et de carbone des sols sur la période 1750 à 2012, prenant en compte tant l’évolution du cheptel domestique, l’érosion hydrique, les retournements de prairie, ou les pratiques de fertilisation. Les scientifiques les ont ensuite confortés avec les bilans d’émissions de gaz à effet de serre établis à l’échelle nationale, ainsi que par les analyses de carbone des sols disponibles dans la littérature. Autant de résultats, insistent-ils, qui sont cohérents.
Le stockage de carbone par les prairies, soulignent les chercheurs, s’est bien accru depuis le début du siècle, « principalement tiré par l’Amérique du Nord, l’Europe et la Russie ». Dans ces régions, la déprise agricole et la diminution du cheptel ajoutées à l’effet de fertilisation du CO2 sur l’herbe, ont contribué à multiplier par deux le carbone séquestré dans les sols des prairies destinées aux animaux.
« Aujourd’hui, les prairies pâturées de manière très extensive ou les prairies naturelles représentent 80 % du puits de carbone mondial », précisent toutefois les chercheurs. Une autre source de refroidissement, jusque-là peu considérée, proviendrait selon l’article de la diminution des populations d’herbivores sauvages, qui compense à elle seule un tiers du réchauffement lié à l’augmentation du cheptel domestique entre 1860 et 2012.
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Ce puits accru s’est toutefois vu compensé par un doublement des émissions liées à la gestion des prairies tout au long du siècle passé, qui sont passées de 1,5 GT de CO2e/an en 1920, à près de 3 GT dans les années 1990. En Amérique Latine et en Asie du Sud-Est, l’accélération de la déforestation depuis les années soixante-dix est un facteur tristement célèbre d’émission. En Amérique du Nord, en Europe et en Russie, ce sont en revanche les conversions des prairies en culture qui dominent le CO2 imputé aux changements d’utilisation des sols.
Le stockage des prairies françaises en question
Cependant, et sans même prendre en compte la conversion des terres, des chargements plus élevés, des animaux plus gros, et de nouvelles pratiques de fertilisation, ont transformé partout dans le monde les prairies dédiées à l’élevage en source net de gaz à effet de serre au cours des dix dernières années, alertent les chercheurs. Elles émettraient ainsi au niveau mondial aujourd’hui 2 Gt d’équivalent CO2 par an, un chiffre équivalent à celui des cultures.
La carte publiée par les chercheurs surprendra de nombreux observateurs français : à l’échelle régionale, les prairies de la Bretagne, du Massif central, ou même du nord-est du pays sont considérées comme émettrices nettes de CO2 sur la période 1981 à 2002. La tendance générale serait cependant à la baisse. L’Angleterre, l’Allemagne, le Benelux seraient également des mauvais élèves de la gestion herbagère, alors que l’Espagne, l’Italie, ou la Grèce conservent des prairies et milieux ouverts stockants.
Au-delà d’une distribution de bons ou de mauvais points, les chercheurs attirent l’attention sur la nécessité d’interroger les pratiques de comptabilité de gaz à effet de serre. « Les pays devraient évaluer non seulement les émissions de leurs prairies dédiées à l’élevage, mais également les puits et sources de leurs surfaces d’herbe peu pâturées, des steppes, toundra et autres systèmes prairiaux naturels. » Parmi les pratiques qui permettront de redresser le potentiel de stockage des prairies, ils citent enfin la restauration des zones dégradées, la sélection de races, les additifs dans les rations, ainsi qu’une meilleure gestion de la fertilisation.
Les prairies destinées aux animaux émettent autant que les cultures