Outre les commentaires officieux de responsables communautaires (voir plus haut), les conclusions des arbitres de l’OMC ont suscité de nombreuses réactions en Europe et ailleurs.
* Aux Etats-Unis, le représentant pour le commerce Rob Portman a affirmé dans un communiqué que le rapport de l’OMC indique que « l’UE a bien un moratoire de facto sur les biotechnologies agricoles qui est contraire aux règles de l’OMC » et qu’il est désormais prouvé que les OGM sont « une technologie sûre et bénéfique qui améliore la sécurité alimentaire et aide à réduire la pauvreté dans le monde ».
Le secrétaire à l’agriculture Mike Johanns a de son côté rappelé dans un communiqué que « plus de 8,5 millions d’agriculteurs dans 21 pays, y compris cinq pays de l’UE, réduisent l’utilisation de pesticides, obtiennent des récoltes plus abondantes et peuvent prévenir l’érosion en semant des variétés génétiquement modifiées ». Selon lui, 95 % des agriculteurs qui ont opté pour les OGM vivent dans les pays en développement « où ils contribuent aux revenus des zones rurales, à la promotion du développement et la préservation de l’environnement ». « Le règlement de cette affaire est important pour les agriculteurs sur toute la planète », a estimé pour sa part Sean Darrah, vice-président de la fédération de l’industrie biotechnologique américaine (BIO). « L’inaction de l’Union européenne a bloqué jusqu’à 300 millions de dollars d’exportations agricoles américaines par an au détriment des agriculteurs américains », a-t-il déploré.
Le président de l’Association nationale des producteurs de maïs (NCGA), Leon Corzine, a indiqué quant à lui que le rapport du panel est « certainement un message pour le commerce mondial et les pays en développement que nous avons des règles de l’OMC auxquelles chacun doit se conformer, et que le moratoire européen était illégal ». Lui-même grand producteur de l’Illinois (centre), il a estimé que la mise en place d’un cadre juridique pour le commerce mondial est vitale pour les producteurs de maïs américains qui exportent 17 % de leurs récoltes. « Le commerce est très important, nous voulons avoir accès aux marchés dans le monde entier », a-t-il ajouté en se réjouissant de la « levée d’une barrière » par l’OMC.
Enfin, le président de la fondation AgBioWorld qui réunit près de 3 400 scientifiques favorables aux OGM, C.S. Prakash, a jugé que « ce jugement permet aux nations en développement d’être rassurées sur le fait qu’elles peuvent adopter les technologies de culture modernes dont elles ont besoin pour nourrir leur peuple tout en conservant un accès aux marchés européens ».
* Au Canada, autre partie prenante au dossier, un porte-parole du ministère du commerce s’est borné à commenter que le rapport de l’OMC donnait à son pays des « raisons de se réjouir ».
* Au Brésil, le vice-président de la Confédération nationale de l’Agriculture (CNA), Carlos Speretto a considéré que cette décision va inciter les producteurs brésiliens à accroître leur production d’OGM parce que «l’Europe a voulu importer des produits non transgéniques mais n’a pas payé davantage pour ces produits ».
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* Du côté des ONG, Greenpeace a « condamné » le jugement préliminaire de l’OMC estimant qu’il « encourage les Etats-Unis, le Canada et l’Argentine dans leurs efforts pour forcer l’Europe à accepter » les OGM. Soulignant que « de nombreux gouvernements s’opposent fermement aux importations d’OGM », Greenpeace estime que « l’OMC ne doit pas pouvoir passer outre ces décisions prises démocratiquement » et que « la Commission européenne doit respecter et soutenir les Etats-membres plutôt que de les forcer à lever leurs interdictions nationales ». Pour Adrian Bebb de l’organisation Les Amis de la Terre Europe (FoEE), « l’OMC a jugé que les clauses européennes de sauvegarde devaient être sacrifiées aux bénéfices des géants des biotechnologies. Cela ne fera qu’augmenter l’opposition aux aliments et cultures transgéniques » chez les consommateurs ».
– En Argentine, troisième pays plaignant dans l’affaire, le directeur général du Centre argentin des exportateurs de céréales, Alberto Rodriguez s’est dit satisfait. « Cela nous paraît bien que soit renforcée l’idée qu’il est nécessaire que ces décisions (moratoires ou embargos sur les OGM) se basent sur des fondements scientifiques », a-t-il déclaré.
L’Argentine est un des premiers exportateurs mondiaux de maïs, dont une grande quantité est à base d’OGM.
* EuropaBio, l’organisation représentant l’industrie européenne des biotechnologies a rappelé pour sa part que la plainte contre l’UE à l’OMC « a été soutenue par de nombreux pays dont l’Australie, le Brésil, le Chili, la Chine, Taipei, la Colombie, le Salvador, le Honduras, le Mexique, la Nouvelle Zélande, la Norvège, le Paraguay, le Pérou, la Thaïlande et l’Uruguauy ». « Des scientifiques à travers le monde ont démontré que les cultures OGM sont sûres, les agriculteurs du monde entier choisissent de plus en plus de les cultiver, l’industrie alimentaire les soutient de plus en plus et le public et les consommateurs y sont de plus en plus ouverts », a déclaré Simon Barber, directeur de l’unité biotechnologies végétales d’EuropaBio.
* Au Parlement européen, le groupe des Verts a estimé que la décision de l’OMC « ignore la volonté du peuple européen d’un avenir sans OGM » et « donne la priorité au libre-échange sur le principe de précaution et sur le droit démocratique de légiférer pour la protection de la santé et de l’environnement ». « Si, de manière confidentielle, des groupes d’arbitrage de l’OMC peuvent imposer la présence d’aliments génétiquement modifiés dans les rayons de nos supermarchés, alors il faut repenser le système faire en sorte que les conflits qui opposent le commerce international et la protection environnementale soient réglés en dehors de l’OMC », a notamment estimé l’ euro-députée française Marie-Anne Isler-Béguin.
* En Autriche, pays résolument hostile aux OGM et qui occupe actuellement la présidence de l’UE, la ministre de la santé, Maria Rauch-Kallat, a indiqué que « la protection des personnes et de l’environnement sont la priorité absolue et les recherches scientifiques les plus récentes confirment notre approche prudente en la matière». « Nous utiliserons toutes les possibilités pour garder l’agriculture autrichienne et assurer la sécurité des consommateurs », a-t-elle ajouté.