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Revenu Les prix agricoles chutent, la FNSEA appelle à manifester

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Quasiment tous les prix agricoles sont en baisse profonde depuis un an. La rentrée se présente avec des marchés qui laissent craindre une nouvelle année de revenus en chute. « C’est la crise la plus grave depuis 30 ans », affirme le ministre de l’Agriculture lui-même, stigmatisant les charges de production, notamment liées à l’emploi agricole. « Nous sommes mobilisés pour obtenir que le gouvernement soutienne le revenu », répond le président de la FNSEA. Jean-Michel Lemétayer a annoncé « une journée nationale de mobilisation fin octobre ». Objectif : obtenir une conférence annuelle sur le revenu qui débouche sur des mesures de correction.

«C’est la crise économique la plus grave qu’ait connue le secteur agricole depuis trente ans » : le diagnostic n’est pas d’un responsable syndical désireux de montrer la dureté de la situation agricole mais il est du ministre de l’Agriculture lui-même, Bruno Le Maire. En s’exprimant ainsi le 31 août lors de la foire de Châlons-en-Champagne, Bruno Le Maire pouvait se douter qu’il allait susciter aussitôt des demandes légitimes pour réguler les marchés. Cela n’a pas tardé. Le lendemain matin, au micro d’Europe 1, le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer affirmait : « Nous allons nous mobiliser pour que le gouvernement soutienne le revenu des producteurs dans notre pays ».
Rassemblement fin octobre
Le surlendemain, 2 septembre, Jean-Michel Lemétayer annonçait une « grande mobilisation syndicale ». La date précise n’est pas encore arrêtée mais ce sera fin octobre. Cela devrait conduire à des rassemblements régionaux dans chaque capitale de région administrative. Objectif de cette action : obtenir, auprès du gouvernement, la tenue d’une conférence sur le revenu des agriculteurs d’ici la fin d’année, avec des soutiens au revenu à la clé. Pour appuyer cette demande, Jean-Michel Lemétayer doit rencontrer le président de la république le mercredi 9 septembre.
« Il est indispensable que l’État soutienne la profession agricole », plaide le président de la FNSEA. Le gouvernement, selon lui, pourrait décider d’une « année blanche » en matière de remboursement des emprunts et des charges sociales. En outre, des mesures pour alléger le coût du travail sont indispensables à ses yeux, de manière à relancer la compétitivité des exploitants agricoles. « Nous payons 13 à 15 euros de l’heure tandis que d’autres pays paient 6 à 7 euros seulement », explique le leader syndical. Des chiffres proches de ceux qu’avait cités le ministre de l’Agriculture lui-même à Châlons-en-Champagne. Par ailleurs, la FNSEA va demander rendez-vous à la commission Juppé-Rocard chargée de travailler sur le projet d’emprunt pour financer les grands investissements du pays. « Une part de l’emprunt doit être consacrée à soutenir les investissements du monde agricole qui est un des piliers de l’économie française », assure Jean-Michel Lemétayer. Enfin, le syndicaliste a aussi demandé à ce que les activités agricoles soient exonérées de la taxe carbone prévue pour 2010.
L’effet dérégulation
Le leader du syndicat agricole majoritaire expliquait, à propos du lait notamment, que « on est victimes de la dérégulation et on est victimes d’un manque d’harmonisation des conditions de production, même au sein de l’Europe, auxquelles il faut ajouter des importations ». Et de remarquer qu’il n’y a pas que le lait qui subit des prix en baisse, mais aussi les fruits et légumes, le porc, etc.
De fait, les statistiques de l’Insee sont venues montrer à quel point les marchés agricoles français sont en berne. Pour juillet, l’indice général des produits agricoles est à la baisse, sur un an, de 15,6 %. Presque tous les produits sont touchés. Les prix du lait de vache s’affichent en baisse de 24,4 %, ceux des oléagineux sont à -38 %, le blé tendre à -31,8 %, le maïs -35 %, les volailles -11 %, le porc -8 % et les gros bovins-5,5 %, sans oublier les fruits (-34 %) et les légumes (-19 %). Des réductions qui ont eu tendance à s’amplifier puisque la variation, sur un mois, des prix agricoles, est de -3,3 %, soit un chiffre considérable pour un seul mois.
Problèmes sectoriels
Une à une, les fédérations sectorielles réagissent à la situation. Pour les producteurs de lait, la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) demande « solennellement aux pouvoirs publics de prendre les mesures fiscales, sociales et d’allégement de l’endettement face à l’ampleur de la crise laitière et surtout sa durée », souligne un communiqué du 29 août. Pour le syndicat, « le plan d’accompagnement de 30 millions d’euros obtenu lors des négociations du printemps n’est actuellement engagé qu’à 70 %, le solde doit être immédiatement débloqué et adapté en fonction de la situation. » Ce à quoi s’est engagé le ministre le 31 août à Châlons-en-Champagne.
Pronostics erronés
Autre réaction, celle des producteurs de grande culture, par la voix d’Orama. L’organisation estime que « l’évolution des marchés contredit complètement le pronostic de prix durablement élevés mis en avant à l’occasion du Bilan de santé de la Pac pour décider de démanteler les soutiens aux producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux, notamment en France. » Orama demande en conséquence une réunion « dès cet automne du Comité de suivi des marchés des céréales et des oléoprotéagineux dont la création a été décidée par le président de la République après l’adoption du Bilan de santé. » Pour la plupart des syndicalistes, en tout cas, un bilan global sur l’agriculture devra être fait cet automne. Avec des mesures à l’appui.
Contexte syndical
L’appel à la manifestation de fin octobre doit être également situé dans un contexte syndical. La dernière grande action syndicale de la FNSEA et des JA avait été menée contre les grandes surfaces et pour la transparence des prix. Une opération bien suivie mais moyennement comprise au moment où le problème posé était surtout celui du prix du lait payé par les industriels. Depuis, les syndicats non FNSEA ont mobilisé pour une grève du lait, apparemment avec un certain succès notamment auprès des jeunes. Rien ne dit que cette grève, envisagée autour du 10 septembre, sera un succès ni même qu’elle aura lieu (lire encadré ci-dessous). Mais le syndicat majoritaire, en cas de succès de sa mobilisation, pourrait démontrer que c’est lui qui mène la danse dans le paysage syndical.

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