L’Union fédérale des consommateurs (UFC) a présenté le 29 janvier une étude sur la formation des prix au détail des viandes de bœuf, porc et volailles, se basant sur les indices des prix agricoles, industriels et au détail. Elle arrive à la conclusion que les marges des distributeurs peuvent seules expliquer les écarts entre prix agricoles et prix au détail.
Alors que l’inflation des produits alimentaires (+3,6% en 2008) dépasse celle des autres produits, l’UFC a voulu vérifier comment chaque acteur professionnel contribue à la formation du prix final, a expliqué Alain Bazot, président de l’union. Pour cela, elle a mené une étude sur 18 ans (1990/2008) en comparant les indices de prix agricoles, industriels et au détail de trois produits phares de la consommation des français : les viandes de bœuf, porc et volaille. Ces produits pèsent lourd : respectivement 8 Md€, 6 Md€ et 2,5 Md€ soit un total de 16,5 Md€ par an d’achats au détail.
Viande de bœuf : un écart de 65% sur 18 ans
L’étude montre que les prix agricoles du bœuf ont baissé nettement en 1996 (1 re crise de la vache folle), remonté puis rechuté en 2000 (2 e crise) avant une lente remontée jusqu’en 2006 et une nouvelle dégringolade depuis pour s’établir fin 2008 à -15% par rapport à 1990. Pendant ce temps là, les prix au détail n’ont pas cessé de grimper, gagnant 50% par rapport à 1990. Les différents surcoût liés à la maladie de la vache folle (traçabilité, tests, taxe d’équarrissage…) ou à d’autres facteurs, ne permettent d’expliquer qu’une part de la hausse des prix (environ 30%), selon l’UFC.
Les marges des distributeurs en question
L’histoire de la viande de porc est un peu différente. En période de prix haut (2001), les prix de vente au détail sont restés inférieurs à ceux de la production mais lorsque les prix agricoles ont chuté en 2002, les prix au détail n’ont pas suivi et restent depuis à un niveau beaucoup plus élevé. Depuis 2005, l’écart se creuse même de plus en plus entre prix agricoles et prix au détail. « Depuis 2005, il n’y a plus de lien entre les prix agricoles et les prix à la consommation », conclut Martial Vershaeve, administrateur national de l’UFC. La différence ne vient pas des industriels dont la courbe de prix suit de près celle des prix agricoles. Selon l’UFC, ces hausses s’expliqueraient surtout par les marges des distributeurs.
Volailles : les baisses des prix agricoles ne sont pas répercutées
Le prix au détail de la viande de volaille a augmenté de 40% entre 1990 et fin 2008. Or les prix agricoles n’ont gagné que 4% en 18 ans, après deux hausses successives liées aux crises de la vache folle en 1996 et 2000 (report de consommation), une autre suite à la sécheresse de 2003 et une légère baisse en 2005 due à la grippe aviaire. Cette baisse n’a pas été répercutée sur les prix au détail. A chaque crise, l’écart s’est creusé entre prix agricoles et prix au détail. « Les baisses des prix agricoles ne sont pas répercutées mais les hausses le sont intégralement. On observe une formation opportuniste des prix au détail à la faveur des crises et de la montée des prix agricoles », poursuit Martial Vershaeve.
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Pour une publication des marges brutes et nettes
L’UFC demande la création d’un outil performant de diagnostic sur l’évolution des prix alimentaires « qui ne surveillent pas l’évolution des marges mais leur niveau ».
« Nous demandons la publication des marges brutes et nettes sur chaque grande famille de produits dans les différents circuits de consommation », a précisé Alain Bazot, président de l’UFC. La Fédération nationale porcine, réagissant peu après, a demandé que « l’observatoire des prix et des marges annoncé par le ministère de l’Agriculture joue son rôle dans les meilleurs délais » et exige « une réelle transparence ». La FNP estime qu’elle doit être « associée à ce comité ».
Deuxième demande : garantir la concurrence entre les secteurs d’activité (le secteur de la volaille est trop concentré selon l’UFC) et les enseignes de la grande distribution sur tout le territoire, certaines zones en France connaissant une concurrence insuffisante.
Alain Bazot et Jean-Michel Lemetayer doivent se rencontrer prochainement sur ce sujet car, cette fois, les intérêts des consommateurs et des producteurs se rejoignent.