Les prix élevés des matières premières sont appelés à durer, parce que la Chine commence à avoir un niveau de consommation ressemblant à celui des Occidentaux, a indiqué Philippe Chalmin, présentant le 12 mai , ouvrage de référence sur les matières premières.
La quasi-totalité des matières premières sont sujettes à la flambée des prix, à l’exception des produits tropicaux et, pour l’instant, du sucre.
Relance de l’investissement et de la recherche
Ce choc des prix des matières premières, comparable à celui de 1974 par son ampleur, a un effet positif pour l’économie, en relançant l’investissement et la recherche. Dans le monde agricole, cela signifie mise en valeur de nouvelles terres ou de nouvelles technologies. Ce genre de choc des matières premières a lieu tous les 20 à 25 ans. Mais celui que nous vivons est durable, parce qu’il traduit l’accession d’1,3 milliard d’hommes à un niveau de consommation qui commence à ressembler à celui des Européens, des Américains et des Japonais. Cyclope 2004 a été placé sous le signe de la Chine, car la plupart des matières premières sont sous son influence, notamment le soja, dont les cours sont de l’ordre de 10 dollars le boisseau, contre 5 au début de la décennie. Philippe Chalmin, coordonnateur des auteurs du rapport Cyclope, croit peu aux accidents de parcours de la croissance chinoise, comme par exemple la «surchauffe» de son économie, dont parlent beaucoup d’économistes ou de commentateurs. Il pense possible au contraire que la croissance chinoise se propagera à l’Inde et que d’ici la fin de la décennie, une des éditions de Cyclope aura pour thème l’Inde.
Quant aux matières premières fossiles, leur cherté devrait également avoir des conséquences sur les produits agricoles. « Payer le pétrole 40 dollars le baril ne fait que nous montrer le coût de la pollution et que nous sommes dans un monde fini. Le monde doit s’habituer à vivre avec des matières premières non renouvelables chères», a souligné Philippe Chalmin. Le pétrole bon marché n’a fait qu’entretenir de « mauvaises habitudes» et « éviter de chercher à mettre au point des matériaux renouvelables».
La demande chinoise en matières premières de toutes sortes est telle que le coût des frets est supérieur au prix des marchandises transportées, dans un certain nombre de cas. Il est remarquable de noter que les sidérurgistes américains, qui demandaient des taxes anti-dumping pour l’acier importé, réclament aujourd’hui des taxes à l’exportation pour la ferraille, la Chine opérant une véritable «razzia» sur les sous-produits. Cette recherche de matières premières n’empêche pas la Chine d’effrayer les autres pays, en devenant exportateur majeur de certains produits, comme les concentrés de jus de pommes, un marché émergent que traite désormais le rapport.
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Le sucre et les viandes échappent à la fièvre
Le sucre échappe pour le moment à la flambée des cours, les Chinois étant peu amateurs d’alimentation sucrée. Élizabeth Lacoste, auteur du chapitre sur le sucre, s’interroge sur la réforme prévue du régime sucrier européen, et sur les raisons avancées par l’Australie, le Brésil et la Thaïlande pour attaquer ce régime de quotas à l’OMC. Elle réfute les arguments selon lesquels le sucre est facteur de développement et constate que l’histoire du sucre est très marquée par l’esclavage. Philippe Chalmin renchérit : « Quand l’ONG Oxfam oppose les méchants betteraviers aux gentils planteurs de canne, elle masque la réalité, qui est plutôt en vérité l’exploitation familiale betteravière du Nord de la France face à l’agriculture latifundiaire et aux complexes sucriers brésiliens». Il défend les accords préférentiels entre l’UE et les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), unis par des liens historiques qu’il ne faut pas négliger. Quant à la soi-disant baisse des prix pour le consommateur qu’entraînerait le démantèlement du régime des quotas communautaires, il n’est pas convaincu, et estime plutôt qu’elle profitera aux industriels des soft drinks comme Coca-Cola.
Les viandes échappent elles aussi à la fièvre des marchés mondiaux, mais pour d’autres raisons. Les marchés de viande sont régionaux et régulièrement perturbés par les crises sanitaires, dont Jean-Paul Simier, chef du service économique de la chambre d’agriculture de Bretagne, dresse la liste. Il considère qu’avec son savoir-faire dans le dépistage, l’enlèvement des tissus à risques chez les bovins, l’épidémiologie, l’Europe se donne des atouts non négligeables sur les marché des viandes.
Cyclope, ouvrage collectif de 541 pages, traite de marchés aussi différents que le blé ou l’acier, la pomme de terre ou le pétrole, en passant par le zirconium et les marchés d’émissions de CO2. On le trouve aux Éditions Economica, au prix de 100 euros.