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Les problèmes internes à la CR s’exacerbent

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Les salariés du siège de la Coordination rurale ont créé un collectif pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail. Quelques jours plus tard, un élu chambre du syndicat a été soupçonné d’agression sexuelle. La direction assure de son côté être à l’écoute des salariés.

Les problèmes internes au sein de la Coordination rurale (CR) ne semblent pas, pour le moment, se résorber, bien au contraire. La première étincelle est venue des salariés du siège. Ces derniers se sont réunis en collectif fin février pour dénoncer « l’incertitude quant à la sécurisation et au maintien des emplois, générant un risque psychosocial avéré ».

Un des principaux sujets d’inquiétude des salariés du syndicat est le projet de déménagement de son siège social actuellement basé à Gimont (Gers), à Agen, dans les locaux de la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne. Les salariés du collectif y voient un plan social déguisé. Contacté par Agra Presse, le collectif déclare « qu’on voit rarement des salariés se déplacer pour aller travailler dans les locaux du nouveau directeur général ». La nouvelle directrice générale de la CR travaillait en effet pour la fédération départementale du Lot-et-Garonne.

Il ajoute à cela la surcharge de travail permanente, ainsi qu’une ambiance de « terreur. Nous souffrons d’intimidations, de harcèlement moral […] Des salariés sont partis, et n’ont pas été remplacés. Le rythme de travail est infernal ».

De mauvais traitements déjà entrevus lors de la précédente mandature

Les soucis de management internes ne sont malheureusement pas nouveaux au sein de la CR. Une enquête de Médiapart publié en janvier 2025 relatait de mauvais traitements des employés dès le début de la présidence de Véronique Le Floc’h en 2022. Son arrivée après les douze ans de présidence de Bernard Lannes avait provoqué de gros chamboulements : départs de salariés, de directeurs etc. À cela s’est superposée une volonté de la part d’élus de la CR d’imposer d’importantes cadences de travail. Mais selon le collectif, la situation sous l’actuelle présidence de Bertrand Venteau « s’est largement dégradée, ce n’est pas comparable ».

L’équipe dirigeante nie tout plan social déguisé. La nouvelle directrice générale Aurélie Armand (arrivée le 1er février) a précisé que « tous les postes seront maintenus » et que le déménagement se déroule dans le cadre de « clauses de mobilité », de manière « légale ». De son côté, François Walraet, secrétaire général de la CR, indique « comprendre que le déménagement puisse engendrer des craintes », et assure lui aussi qu’il n’y a aucune volonté de se séparer de salariés. Quant à la surcharge de travail, le représentant de l’organisation la relie au contexte particulièrement dense. Il rappelle que sont survenues en décembre-janvier, « les manifestations agricoles. Puis, il y a eu le changement de directeur général, le déménagement… Nous n’avons peut-être pas apporté de réponses suffisamment vite. Nous comprenons la situation et nous tenterons de répondre aux inquiétudes ».

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Démission d’un élu chambre de la CR

S’en est suivi, en plein Salon de l’agriculture, une affaire de soupçon d’agression sexuelle par un élu CR de la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire. Ici Touraine (ex-France bleu) affirme que les faits se seraient déroulés le 22 février sur le stand de la CR. Le média évoque « de nombreux SMS à caractère sexuel » envoyés à « une jeune salariée » de la CR du Centre-Val de Loire, ainsi que des « mains aux fesses ». Conséquence, la jeune femme a été « prise d’un malaise » et évacuée par les pompiers. L’auteur présumé est Jérôme Lespagnol, 3e vice-président de la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire et membre de la CR 37. Ici Touraine indique qu’il nie les faits au SIA, mais admet un échange « un peu déplacé ». Il a démissionné de ses fonctions de la chambre le 4 mars, officiellement pour raisons médicales.

Pour le moment, la victime n’a pas porté plainte. Le collectif de salariés indique qu’elle ne l’a pas fait par peur de représailles, et accuse des membres de la direction d’avoir effacé les preuves (SMS à caractère sexuels). De son côté, la direction nie toute volonté de dissimulation, et assure avoir agi afin de protéger la victime. François Walraet ajoute que si elle souhaite porter plainte, « la CR la soutiendra dans sa démarche ».

Le président Bertrand Venteau a annoncé le 6 mars à nos confrères de France 3 Nouvelle-Aquitaine qu’une « enquête interne pour voir s’il n’y a pas des faits qui existaient depuis plusieurs années ou des choses qui ont pu se passer ». Par ailleurs, le responsable syndical a indiqué qu’un « audit […] va être fait avec un cabinet extérieur, pour voir le ressenti des salariés de la structure nationale, sur ce volet-là, et puis la restructuration qu’il va y avoir, qui peut inquiéter les salariés ».

Dans un communiqué du 6 mars, le collectif annonce avoir entamé des procédures auprès des « instances compétentes », incluant l’affaire d’abus sexuelle présumée. Il réclame « la démission du comité directeur » (constitué des élus nationaux) et de « la direction générale », qui ont « démontré leur incapacité à assurer la sécurité, le bon fonctionnement de l’organisation ».

« De nombreux SMS à caractère sexuel et des mains aux fesses »