Le congrès de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), qui s'est tenu les 30 et 31 janvier à Lyon, s'est déroulé sur thème de refus de la résignation aux reculs de production. Après avoir montré, le 30, l'exemple de filière, qui entreprennent de relocaliser leurs productions, elle a fait venir le lendemain des témoins de secteurs économiques et syndicaux sur le thème de la compétitivité et de l'emploi.
FAUTE de compétitivité, la production phare du secteur fruitier, celle de pêches-nectarines, est passée de 400 000 tonnes annuelles il y a dix ans à moins de 200 000 tonnes. Mais les producteurs français de fruits ne veulent pas se résigner au déclin. Le 68e congrès de la FNPF a été un congrès de proposition pour relocaliser les productions, mais aussi de colère, à la clôture, le 31 janvier.
Dans cette volonté de ne pas céder à la fatalité de la déprise, la FNPFruits avait fait venir, le 30 janvier, le directeur général de Tricotage des Vosges, entreprise produisant exclusivement en France des chaussettes et des collants. Et avait donné la parole à un dirigeant de la Fédération française du bâtiment (FFB), qui a convaincu le groupe des députés PS de contraindre les entreprises étrangères, en provenance notamment d'Europe de l'Est, à respecter le droit français du travail.
L'exemple d'un fonds d'investissement dans l'agriculture
Le lendemain, nouvelle séance de benchmarking, technique de marketing s'inspirant des modes de gestion d'autres secteurs. La FNPF a convié à la tribune le président d'une société d'investissement pour le secteur agricole, Labeliance, qui a lancé le 29 janvier le fonds Labeliance Agri. Une actualité toute fraîche. Et à peine constitué, ce fonds a financé son premier projet le 30. Il s'agit en l'occurrence d'une prise de participation de 50 000 euros dans l'exploitation d'un jeune éleveur d'ovins du Morbihan, élevant 450 brebis. Le secteur ovin est analogue à celui des fruits : une production qui a chuté de moitié en une décennie, face à la concurrence des moutons importés de Nouvelle-Zélande. Le 31, dernier jour du congrès, la FNPF a signé un accord avec Labeliance, pour faciliter le même genre de prise de participation dans les exploitations arboricoles.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« On aura trompé producteurs et consommateurs »
Ces propositions et partenariats n'empêchent pas l'inquiétude. Michel Grégoire, vice-président du Conseil régional de Rhône-Alpes, délégué à l'agriculture, a déclaré le 31 janvier que « l'agriculture dévisse » économiquement. Luc Barbier, président de la FNPFruits, en a fait porter la responsabilité aux différents gouvernements, qui selon lui ont compromis la compétitivité française en voulant « laver plus blanc que blanc ». « Comment garantira-t-on la sécurité sanitaire des fruits, lorsque la production française aura disparu », avec seulement des produits importés ? « On aura trompé non seulement les producteurs, mais aussi les consommateurs ».
Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, est venue appuyer les positions de la FNPF, sur le problème de la compétitivité et de l'emploi, « alors que les carnets de commande de l'agriculture sont pleins ».
TOUTES les interventions, lors de ce 68e congrès de la FNPF, concernaient de près ou de loin une priorité, partagée autant par les professionnels que les pouvoirs publics : celle de la compétitivité et de l'emploi. Qu'il s'agisse de la table ronde organisée le premier jour du congrès sur l'innovation, ou de l'ouverture de la seconde journée par Michel Grégoire, vice-président du Conseil régional de Rhône-Alpes, délégué à l'agriculture, qui a dit qu'il faut « remettre de l'économie dans le moteur » du secteur agricole, le vocable est tout tendu vers le rattrapage des parts de marché et des emplois perdus. Christine Avelin, conseiller technique pour les productions végétales au cabinet du ministre de l'Agriculture, a pris position, dans le sens des producteurs, sur le sujet des distorsions phytosanitaires : la question des molécules interdites en France et autorisées ailleurs, « que vous soulevez, et à juste titre », est celle de distorsions de concurrence qui contribuent à éroder la compétitivité française. Christiane Lambert a insisté sur l'aspect des distorsions de concurrence : « Nous avons dit dès 1995 au CNJA (Jeunes agriculteurs) qu'il fallait mettre en place une TVA-emploi », car sinon il est « suicidaire » de maintenir les frontières ouvertes, sachant que les Français appliquent des règles sociales et environnementale que les autres pays ne s'imposent pas. Et de conclure : « Il serait temps de mettre en avant le principe d'innovation, plus que celui de précaution, qui paralyse tant le pays ».