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Congrès FNPL Les producteurs de lait font le procès de la nouvelle Pac

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À l’occasion du congrès annuel de la FNPL, les présidents de syndicats ont dénoncé la réforme de la Pac. La convergence des aides créerait de nouvelles distorsions de concurrence et le verdissement ne ferait que pénaliser les exploitations laitières françaises. Bruno Le Maire a tenu à rassurer les producteurs présents, tout en se déclarant à l’unisson avec les revendications de la FNPL et de la FNSEA.

«Nous devons maintenir et augmenter les capacités de production laitière, car tout ce que nous ne réaliserons pas en France, ce seront les Allemands qui le produiront », a prévenu Bruno Le Maire lors du congrès annuel de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 15 mars à Verdun. Et ce sont justement les questions de concurrence qui ont occupé les débats durant le congrès, qui a réuni plus de 500 producteurs. En ce sens, l’évolution de la Pac inquiète les producteurs et les représentants syndicaux. « Aujourd’hui, on compte 75 000 exploitations laitières sur 70 hectares en moyenne avec un revenu de moins de 18 000 euros environ, qui dépend pour beaucoup des aides européennes », s’est inquiété Henri Brichart, président de la FNPL. Et pour cause, « nous pensons que la convergence est une arme de destruction massive d’éleveurs », a-t-il fustigé. L’aide à l’hectare ici dénoncée présenterait un risque pour les élevages en zone montagneuse par exemple, qui, sans aide, ne serait plus suffisamment compétitifs pour survivre. « Nous combattons suffisamment la distorsion communautaire pour ne pas en recréer sur notre territoire », a attaqué Xavier Beulin, président de la FNSEA. Un point sur lequel Bruno Le Maire a tenté d’apaiser les producteurs présents au congrès. « Nous ne pouvons pas nous faire imposer un rythme de convergence qui mettra toutes les exploitations laitières dans une difficulté majeure en France », a-t-il rassuré. Mais sur la question des aides, la convergence nationale n’est pas le seul point qui fâche les producteurs. La même convergence, mais à l’échelle européenne, a par exemple été dénoncée par Xavier Beulin. « Avec un euro en France, on n’a pas le même pouvoir d’achat qu’en Roumanie », a-t-il rappelé.

Le verdissement en ligne de mire

Mais c’est surtout du côté du verdissement que les positions ont été les plus virulentes et les réactions des congressistes les plus marquées. « Comment accepter de retirer 7% de terres arables pour faire de l’écologie », s’est indigné Xavier Beulin. Le volet écologique de la Pac, « qui manque de bon sens », serait une vraie calamité pour les producteurs français, estime-t-il. Pour Henri Brichart, c’est l’incompréhension qui domine. « On nous demande sans cesse de nous adapter, d’être plus performants et l’on veut en même temps nous enfermer dans des carcans réglementaires, rigides et souvent inadaptés au simple bon sens agronomique », s’est-il emporté. Et ce n’est pas seulement au niveau européen, mais aussi à l’échelle nationale que les normes écologiques agacent les producteurs. « On a l’impression que dans l’esprit de certains, l’avenir c’est les prairies mais surtout des prairies sans animaux ! », a par exemple dénoncé Henri Brichart, en référence à la directive nitrate de la France. Encore une fois, le ministre de l’Agriculture a joué l’apaisement, plaidant l’échec des négociations plutôt qu’un manque de volonté. Effectivement, sur les sujets de l’environnement, le ministre « reconnaît ne pas avoir eu gain de cause sur suffisamment de sujets ». Mais face aux producteurs, Bruno Le Maire a tenu à préciser sa position. « Il n’y a pas d’opposition entre production et environnement, a-t-il assuré. Je conteste fondamentalement cette analyse. On doit augmenter les capacités de production tout en respectant plus l’environnement ». Bruno Le Maire est même allé plus loin en fustigeant à son tour la Commission européenne sous les applaudissements des congressistes. Cette Commission européenne qui «  au lieu de soutenir le maintien de l’élevage, impose le maintien des prairies », analyse le ministre de l’Agriculture.

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