Les responsables de l’AGPM, Association générale des producteurs de maïs, veulent répondre point par point aux attaques qui sont faites aux maïs irrigué. Pour l’AGPM, l’irrigation est indispensable à la filière maïs, qui assure le maintien d’un tissu rural dans le Sud de la France. Les irrigants ont déjà fait des efforts d’économie d’eau et il est indispensable de relancer la construction de retenues d’eau de substitution, qui sera utile à l’ensemble de la collectivité.
Les maïsiculteurs irrigants se sont sentis attaqués de toute part, cet été, alors que sévissaient la sécheresse et les restrictions d’eau. L’AGPM, Association générale des producteurs de maïs, qui tient son congrès à Bordeaux les 13 et 14 septembre 2005, tient à développer ses propres arguments et à rappeler l’importance de l’irrigation pour la filière maïs. « L’irrigation nous a permis de sauver les rendements cet année, qui devraient se situer en moyenne à 81 q/ha, alors que les maïs secs ont perdu 60 % de rendement», souligne Christophe Terrain, président de l’AGPM. Ce dernier rappelle que « seul un hectare de maïs sur quatre est irrigué» et que les surfaces de maïs irriguées sont stables depuis plus de dix ans, avec 880 000 hectares (820 000 ha pour 2005) pour un total de surfaces irriguées estimé à 1,9 million d’hectares. « L’irrigation permet une stabilité des rendements, poursuit-il. Elle permet surtout de maintenir en activité un grand nombre d’exploitations de taille moyenne. Ainsi sur le bassin Adour-Garonne, on compte 33 000 irrigants sur des exploitations de 49 hectares en moyenne, dont 24 ha de maïs irrigué. Je prends l’exemple de ma propre exploitation : nous sommes deux exploitants sur seulement 80 ha, dont 40 ha de maïs irrigué ». Pour lui, maintenir le maïs irrigué, c’est maintenir un tissu rural et des emplois en milieu rural.
Baisse de 20 % des prélevements d’eau en 20 ans
Il est vrai que si le maïs irrigué est tant contesté, c’est parce qu’il représente tout de même 39 % de la totalité des cultures irriguées et que les rampes d’arrosages sont bien visibles en été. « Mais nous n’avons pas attendu 2003 et 2005 pour travailler sur les baisses de la consommation en eau, insiste Daniel Martin, président de la section irrigant de l’AGPM. Nous avons créé des outils de gestion de l’eau et amélioré la performance du matériel d’irrigation. Nous avons ainsi réduit de 20 % les prélèvements d’eau par rapport à il y a vingt ans». La sélection variétale s’est aussi orientée vers des maïs plus résistants à la sécheresse.
Quant à la polémique autour du prix de l’eau pour les irrigants, le président de l’AGPM rappelle que les agriculteurs utilisent une eau brute, et non pas une eau potable. Le prix de cette eau intègre seulement le stockage, alors que les frais d’approche sont à la charge des irrigants.
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Retenues de substitutions
« Nous pensons qu’il y a des solutions en matière de gestion de l’eau : celui du stockage de l’eau sous forme de retenues de substitution », insiste Christophe Terrain. De nombreux projets avaient été mis en sommeil depuis sept ou huit ans. Les producteurs de maïs espèrent que les sécheresses récurrentes les relanceront. « La France ne manque pas d’eau, rappelle-t-il. Seulement 1 % de l’eau de pluie est utilisée en France par l’agriculture. » L’idée est plutôt de construire des structures modestes, autour desquelles les collectivités territoriales et les autres usagers peuvent s’impliquer. Mais viendra bien vite la question du financement de ces projets. Il faut en effet prévoir un coût moyen de 3 euros par mètre cube stocké. Pour le président de l’AGPM, la filière maïs est dans l’incapacité de les financer seuls. « Il faudra prévoir un cofinancement entre les agences de l’eau, les collectivités territoriales et les agriculteurs », considère-t-il.
Par quoi le maïs pourrait-il être remplacé ?
Et s’il fallait réduire les surfaces de maïs, comme le suggérait Nelly Olin, ministre de l’Environnement, par quoi serait-elles remplacées ? Le premier réflexe est de se tourner vers le blé. « Mais avec un écart de rendement de 30 à 40 q/ha par rapport au maïs, la chute de revenu est considérable », déplore Christophe Terrain, président de l’AGPM. Le pois protéagineux donne des résultats catastrophiques depuis deux ans. Les rendements en tournesol plafonnent et vont sûrement être très médiocres cette année. Quant au sorgho, culture susceptible de remplacer le maïs sec grâce à sa résistance à la sécheresse, ses résultats sont limités et le marché est inexistant. Il y a bien le colza qui va sans doute progresser, mais la culture doit respecter une rotation d’au moins trois ans. « Bref, les cultures de remplacement ne sont pas au rendez-vous », conclut-il. Pour autant, la mise en place de la réforme de la Pac, et ses aides découplées à 75 %, peuvent changer la donne et réduire les écarts entre le maïs et la autres cultures.