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Réactions Les producteurs d’endives en appellent au président de la République

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« Après Lejaby, Florange, pourquoi pas nous ? J’en appelle au président de la République », a déclaré mardi 6 mars Daniel Bouquillon, président de l’Union des endiviers de France (ex-FNPE) suite à la décision de l’Autorité de la Concurrence de condamner les endiviers pour entente caractérisée sur les prix.

«Nous sommes KO debout », « c’est un coup de grâce ». Interrogé quelques heures après l’annonce de la décision de l’Autorité de la concurrence, Daniel Bouquillon, le président de l’Union des endiviers de France (ex-FNPE) a du mal à croire à la nouvelle. « Je ne m’attendais pas à ça ». D’autant moins qu’ « après mon audition le 15 novembre par l’Autorité de la concurrence, je pensais qu’ils avaient compris notre démarche. Je pensais qu’ils allaient nous prévenir, une mise en garde... Mais pas çà ». La décision est « disproportionnée », selon le leader des producteurs d’endives au regard de l’impact sur les consommateurs que « même l’Autorité, dans son rapport, a jugé faible ». Alors « pourquoi ce boulet au pied ? Parce que 3,6 millions d’euros d’amende, c’est un boulet au pied. Comment voulez-vous que nos partenaires financiers nous soutiennent encore ? Ils vont sûrement craindre de le faire désormais ». Pour Daniel Bouquillon, « la filière est moribonde, elle ne pourra pas survivre ».
Une colère partagée, à quelques minutes d’intervalle, par la présidente de Légumes de France, Angélique Delahaye, interrogée le 6 mars : « Nous sommes outrés. Cela mériterait que l’on retourne tout ! C’est toute l’organisation des producteurs de légumes qui est mise en cause puisque nous sommes tous organisés à peu près sur ce schéma ». La décision a d’autant plus étonné la présidente des maraîchers qu’elle a pu interpeller, samedi 25 février, le président de la République, sur le sujet, lors de sa visite au SIA : « Je lui ai dit : vous nous dites de nous organiser et dès que l’on s’organise l’Autorité de la concurrence nous tombe dessus. Que faire alors ? Nicolas Sarkozy m’a répondu que quelque chose devrait bientôt changer. Je ne comprends pas ? Ça n’a pas de sens », a-t-elle poursuivi avant de rappeler l’hécatombe enregistrée au sein des producteurs d’endives qui sont passés d’un effectif de 5 000 en 1992 à aujourd’hui 350. « Encore douze producteurs ont fermé boutique la semaine dernière ».

« Et maintenant on fait quoi monsieur le ministre ? ».
Dans un communiqué commun paru jeudi 8 mars, Légumes de France, la Fédération nationale des producteurs de fruits et la Gouvernance économique des fruits et légumes se sont cette fois-ci tournés vers Bruno Le Maire : « Et maintenant on fait quoi monsieur le ministre ? ». Cette décision vient surtout, selon eux, « sanctionner l’absence de cohérence des pouvoirs publics qui, au-delà des appels incantatoires à l’organisation des producteurs, n’ont jamais voulu préciser ce qu’il était possible de faire dans le cadre du droit de la concurrence pour organiser les marchés ».
« À ne rien décider, les pouvoirs publics français et européens font le choix de renoncer aux objectifs de la Pac et d’abandonner les producteurs à leur sort ». Et d’indiquer que les textes européens et français prévoient pourtant la possibilité d’aménager le droit de la concurrence « si cela s’avérait nécessaire pour satisfaire aux objectifs du traité de Rome et de la Pac à savoir d’accroître la productivité de l’agriculture, d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, de stabiliser les marchés, de garantir la sécurité des approvisionnements et d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs ». Autre réaction au sein de la profession : le 7 mars, dans un communiqué, Interfel « constate un écart impossible à interpréter entre les multiples appels des pouvoirs publics pour fédérer et coordonner les acteurs de manière à prévenir des crises récurrentes, et le cadre juridique tel que le révèle l’analyse de l’Autorité de la concurrence » et ne peut que « regretter » des situations pouvant conduire à fragiliser certains acteurs de la filière.
Du côté de syndicats, les Jeunes agriculteurs ont estimé le 7 mars, par communiqué toujours, que le signal envoyé par les pouvoirs publics était « décourageant ». Le lendemain, la Coordination rurale condamnait aussi la décision de l’autorité. « Une récidive », selon le syndicat puisque « l’Association nationale pommes-poires avait été jugée en position dominante sur le marché pour regrouper la majorité de la production – alors même que son objet était de regrouper les producteurs ».

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