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Pommes de terre Les producteurs entrent dans le débat des DPU malgré eux

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Le congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre, le 14 février à Paris, a montré que désormais les planteurs sont entrés dans le débat des droits à paiement uniques malgré eux. Bien qu’ayant souhaité rester à l’écart du sujet complexe des DPU, ils devront se prononcer soit pour les DPU pour tous les planteurs, soit pour aucun.

Une partie du congrès de l’UNPT a tenté d’éclairer la position des planteurs dans l’épineux dossier des DPU. « Ce que nous ne pouvons pas accepter c’est de subir de plein fouet les conséquences des réformes d’autres secteurs », (en l’occurrence l’OCM des fruits et légumes, que Bruxelles veut aligner sur le régime des cultures arables, ndlr), a déclaré Patrick Trillon, président de l’UNPT, à Dominique Bussereau. Depuis quatre ans qu’existe l’organisation, c’était la première fois qu’un ministre de l’Agriculture se présentait à son congrès.

Les DPU pour personne ou pour tout le monde

Les producteurs de pommes de terre veulent avant tout éviter une concurrence déloyale, celle qu’exerceraient les nouveaux producteurs, principalement céréaliers, soutenus par des DPU, aux dépens des planteurs historiques, qui ne disposent pas de DPU.

Si ces nouveaux producteurs pouvaient activer leurs DPU sur les cultures de pomme de terre, comme l’envisage Bruxelles, ils deviendraient plus compétitifs que les planteurs historiques. L’avantage concurrentiel que retireraient les planteurs occasionnels a été chiffré par l’UNPT à 300 euros par hectare. Dès lors, petit à petit, les planteurs historiques seraient mis en marge du marché.

La position de l’UNPT a été jusque-là d’exclure l’activation des DPU pour toute culture de pommes de terre. Elle milite depuis 2003, année de l’adoption du découplage dans la réforme de la Pac, pour le maintien de l’article 51, qui exclut du bénéfice des DPU les cultures de pommes de terre. Cette position est claire : des DPU pour personne (parmi les producteurs de pommes de terre). Les dirigeants de l’UNPT l’appellent entre eux le « plan A ».

Mais certains dirigeants de l’organisation, comme Éric Béguin, vice-président, estiment que la France risque d’être trop sur la défensive et qu’il faut « imaginer un plan B », qui consisterait à étendre les DPU pour tout le monde (pour tous les planteurs).

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« On ne peut lisser toutes les productions »

Afficher trop vite un plan B pourrait priver les professionnels des cartouches que contient le plan A, lesquelles sont loin d’être négligeables, selon Éric Giry, sous-directeur à la DPEI (directeur des politiques économique, européenne et internationale) du ministère de l’Agriculture. « Nous ne sommes dans la Pac version 2003 que depuis un an et l’on parle déjà de nouvelle réforme !», s’est-il exclamé. Paris considère que l’examen de la question d’éventuels DPU pour les fruits et légumes et la pomme de terre peut avoir lieu dans le cadre du rendez-vous prévu par l’UE, pour faire un premier bilan de la réforme de 2003, c’est-à-dire en 2009.

Mais par-dessus tout, « ce qui me gêne, c’est qu’on est en train de tout lisser pour toutes les productions » : en unifiant les différents régimes sur le modèle de celui des céréales, avec des aides découplées, on ne tient plus compte des objectifs d’aménagements du territoire, ni des spécificités des produits périssables par rapport aux produits stockables, ni de celles des circuits courts par rapports aux circuits longs. « Toutes ces problématiques, on ne les aborde pas du tout », a exposé Éric Giry.

Un débat entre Paris et Bruxelles

Face à lui, Tomas Garcia Azcaraté, chargé des fruits et légumes à la DG Agri de la Commission, a répondu que l’article 51 (comme le plaide Paris) créée des distorsions de concurrence : les céréaliers allemands, qui ont partagé leurs DPU avec les autres secteurs de l’agriculture dans le cadre des régions, sont moins concurrentiels que leurs collègues français, qui sont parmi les principaux détenteurs de DPU.

M. Azcaraté a évoqué une autre solution pour la pomme de terre que les DPU, qui avait été étudiée un moment par la Commission : l’extension des programmes opérationnels au secteur de la pomme de terre, à l’instar du système qui existe pour les fruits et légumes. Rappelons que ces programmes sont financés par l’UE à hauteur de 4,1 % du chiffre d’affaires d’une organisation de producteurs. Mais « il faudrait 150 à 200 millions d’euros pour intégrer le secteur de la pommes de terre dans les programmes opérationnels à l’échelon communautaire. Nous n’avons pas l’argent pour cela », selon Tomas Garcia Azcaraté.