Abonné

Signes de qualité Les producteurs français de gruyère se battent pour garder leur label

- - 3 min

Les producteurs français de gruyère se battent pour garder leur label, pour qu’il cohabite avec la dénomination suisse du même nom, ont-ils indiqué lors d’une conférence de presse le 16 novembre. Complication : la dénomination n’est pas à l’abri de tentatives de pays tiers estimant que le nom du fromage serait un terme générique.

L’enjeu d’une procédure actuellement en cours à Bruxelles « est de pouvoir conserver le nom gruyère », a déclaré l’animateur du Syndicat interprofessionnel du gruyère (SIG), Bernard Cassard, lors d’une conférence de presse le 16 novembre.

Les faits
En 2007, le gruyère français a obtenu l’AOC, appellation d’origine contrôlée. Mais en 2009, la réforme des signes de qualité est entrée en vigueur pour valider ces signes au plan européen. Les AOC sont devenues des AOP (Appellations d’origine protégées). Toutes les AOC obtenues avant 2005 étaient reconnues par l’UE. Celles qui ont été obtenues après ont dû faire l’objet d’un réexamen, a rappelé Bernard Cassard.
Or, en mai 2010, le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, a informé les professionnels que leur dossier de demande d’AOP s’engageait mal, car le lien entre le produit et l’aire géographique « n’est pas démontré ». « Notre zone de production laitière est effectivement plus petite que la zone d’affinage », a expliqué Bernard Cassard. La Commission européenne recommande aux professionnels de miser sur l’IGP, Indication géographique protégée, qui « semblerait répondre davantage aux exigences » techniques, a conseillé Dacian Ciolos dans un courrier adressé le 28 mai au SIG. L’IGP, signe de qualité moins notoire que l’AOP, apporterait néanmoins, du point de vue juridique, la même protection, a affirmé le commissaire européen. En outre, l’IGP pourrait coexister « pleinement » avec l’appellation suisse « gruyère ».

Le dossier d’IGP dans sa phase internationale
Une procédure européenne d’instruction vers l’IGP est donc en cours à Bruxelles, et elle est entrée depuis le 4 novembre dans sa phase internationale (Procédure internationale d’opposition) au cours de laquelle des oppositions de certains pays fabricants peuvent s’élever. Bernard Cassard a cité la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, qui défendent l’idée d’un gruyère générique pouvant être produit partout.
Malgré le courrier rassurant de Dacian Ciolos, les professionnels de la filière « sont inquiets », comme l’a souligné Éric Chevalier, responsable des relations professionnelles à la fromagerie Juragruyère. L’hypothèse d’un refus de l’IGP par l’Europe « conduirait au monopole » de la dénomination gruyère pour la filière suisse, selon le SIG.
Le gruyère suisse est une appellation, qui porte le nom français d’AOC, et qui est reconnu par l’UE en vertu d’un accord helvético-européen de reconnaissance mutuelle d’appellations. En août 2010, la Suisse a obtenu d’être la seule à pouvoir utiliser l’appellation gruyère AOC dans l’UE.
Si les professionnels du gruyère français n’obtenaient pas l’IGP, ils seraient en concurrence avec l’AOC suisse et seraient contraints de changer de nom, selon le SIG.
« La France devra donc peser de tout son poids pour obtenir au plus vite cette reconnaissance en IGP et lever toute opposition éventuelle », conclut-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.