Abonné

Congrès Légumes de France « Les producteurs ne vont pas mourir sans rien faire ! »

- - 5 min

Le congrès de Légumes de France, l'association spécialisée de la FNSEA, se déroulera à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) les 20 et 21 novembre. Soumis à des cours en berne, les légumiers, qui ont fait beaucoup parler d'eux ces derniers mois, restent insatisfaits. Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France, revient sur les raisons de cette colère.

Malgré les reports de cotisations de la Mutualité sociale agricole (MSA) proposés par Stéphane Le Foll en septembre dernier, les légumiers sont toujours en colère, pourquoi ?

Jacques Rouchaussé : Nous sommes dans l'attente de décisions réelles. A ma connaissance, l'enveloppe dédiée à la prise en charge des cotisations sociales de 23 millions d'euros n'a pas encore été dispatchée entre les MSA. Pis, nous devons toujours faire face à l'embargo russe. Nous n'avons jamais été satisfaits des mesures européennes ; le prix proposé pour le retrait des produits est bien inférieur à notre prix de production. On ne pourra pas compenser les pertes subies. Légumes de France demandait une révision du prix de retrait, variable en fonction des pays selon le coût de la main-d'œuvre. Au final, le prix est uniforme pour toute l'Europe. Par exemple, le coût de retrait de la tomate est de 28 centimes alors que le prix de revient français est de 1,02 euro.

Cette année a été chaotique pour les légumiers ; les endiviers sont en procès, la carotte est en crise, les fraises ont été concurrencées par l'Espagne … A l'approche du congrès de Légumes de France, où en est-on ?

La production est au bord du désespoir suite à la non-prise en compte par notre ministre de l'importance des dégâts de l'embargo et de la situation générale depuis le début de l'année. Nos producteurs ne croient plus en rien, ils sont désabusés mais, par contre, il faut faire attention : quand le peuple a faim, cela mène à une révolution ; quand les producteurs n'ont plus d'argent, ça peut aussi mener à une révolution ! Ils ne vont pas mourir sans rien faire !

« On est en braderie permanente pour compenser la perte du pouvoir d'achat »

Toutes les productions sont impactées par la guerre des prix de la grande distribution, la baisse de consommation et l'embargo russe. Pas un territoire qui s'en sort mieux qu'un autre, pas une production qui n'est passée à la moulinette : la crise de 2014 est sans pareil. On est en braderie permanente pour compenser la baisse de pouvoir d'achat.

La solution réside dans un partenariat gagnant-gagnant avec la grande distribution pour remettre de la valeur sur nos produits. Cela ne veut pas dire qu'il faut augmenter le prix à la consommation mais plutôt instaurer une réelle contractualisation sur un volume et un prix à tous les échelons.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Vous demandez également plus de flexibilité sur l'embauche …

Laissons-nous le droit de pouvoir embaucher et débaucher quand on veut ! Ainsi, on introduira de la main-d'œuvre supplémentaire sur nos exploitations. Nous n'avons que des CDD car nous avons peur de signer des CDI à cause d'une loi trop contraignante. Il faut libéraliser les contrats de travail. Ces propos peuvent paraître durs quand on est salarié mais s'il fait l'affaire, je ne vois pas pourquoi on le débaucherait. Et même, si l'exploitant le débauche à un moment où il n'y a pas d'activité pour l'entreprise, il pourra être employé de nouveau car la trésorerie sera mieux gérée.

Le compte pénibilité, qui sera mis en place au 1er janvier 2015, ne satisfait pas les exploitants agricoles. Pourquoi ?

Concrètement, le compte pénibilité fonctionne ainsi : plus le travail des salariés est pénible, plus l'exploitant cotise et le salarié cumule des points pour anticiper sa retraite. Aujourd'hui, nous sommes 33 000 entreprises légumières avec 20 000 emplois directs : dire que notre métier est pénible rendra difficile la valorisation de l'embauche.

Pour les producteurs de légumes, la principale disposition concerne les gestes répétitifs, cela va forcément introduire des conflits entre les salariés et les employeurs car la définition est floue. C'est comme la pénibilité appliquée aux températures extrêmes (au-dessous de 5°C et au-dessus de 30°C), un salarié qui travaille dans les serres de tomates passe souvent de 30°C sous serres à moins de 5°C dans les frigos. Comment doit-on calculer ?

Qu'allez-vous demander à Stéphane Le Foll lors du congrès ?

On veut lui dire qu'on a besoin d'un ministre de l'Agriculture pour redonner de l'économie au niveau de notre filière, pour conforter et augmenter l'emploi, pour augmenter la production, pour satisfaire le consommateur sur l'origine France et pour récréer de la dynamique dans la filière. Ce n'est quand même pas bien compliqué ! On a des projets d'installation pour les jeunes, on a des projets pour moderniser, on a planché sur un plan stratégique à 2025 et aujourd'hui, on nous bloque tout !