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Sival d’Angers (fruits et légumes) Les producteurs veulent de « vraies » solutions à leur crise

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Dès l’ouverture du Sival, salon des fruits et légumes d’Angers le 18 janvier, son président Bruno Dupont a attiré l’attention des pouvoirs publics et de la profession agricole sur l’urgence de trouver de vraies solutions à leur crise. Une crise de fond, liée au différentiel croissant de compétitivité entre la France et ses compétiteurs dans le secteur des fruits et légumes. 

« Nous n’avons jamais connu de crise aussi profonde», a déclaré Bruno Dupont, le 18 janvier, à l’ouverture du 20e Sival. Jusque-là, c’était surtout un problème d’offre et de demande. Pour régler les crises, on tentait d’assainir le marché en réduisant les volumes. « Maintenant qu’on l’a fait, nous perdons des parts de marché tous les jours parce que nous sommes confrontés de plein fouet à la concurrence internationale», a-t-il expliqué, faisant notamment allusion à l’effondrement des cours de la pomme.

Le problème n’est plus une question d’offre et de demande, mais de prix. « Or on ne sera jamais compétitif » face à des pays comme la Chine, les salariés pouvant être payés deux euros par jour. La Chine est devenue en 2004 premier exportateur de pommes, détrônant la France, qui occupait cette place depuis trente ans. Les professionnels parlent de la fin des Trente glorieuses. La France est depuis depuis lors reléguée au 3e rang des exportateurs, derrière la Chine et le Chili.

Après la crise de commercialisation de 2004, qui leur avait fait perdre 100 000 euros à l’hectare, les serristes doivent faire face à une augmentation des coûts énergétiques de 40% en un an. Jugeant insuffisantes les réponses du gouvernement, a ajouté le président du Sival, par ailleurs vice-président de la Fédération nationale des producteurs de fruits, a amèrement fait remarquer que « le ministre de l’Agriculture a des problèmes avec les zéros ».

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Trouver d’autres solutions que les soutiens classiques

Si toutes les solutions visant à replâtrer l’édifice échouent, c’est parce que « les pouvoirs publics comme les professionnels doivent se remettre en cause ». « Nous sommes en train de chercher d’autres solutions que les soutiens » utilisés jusque-là, a assuré M. Dupont, mentionnant, comme nouvelle possibilité la TVA sociale. Dans ce système, une partie de la TVA couvrirait les charges sociales des entreprises, afin que celles-ci soient davantage en phase avec la concurrence internationale. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, devait évoquer cette question au Sival le 20 janvier. À court terme pourtant une prise en charge des intérêts des producteurs par l’État et un report des annuités par les banques serait nécessaire, pour « arrêter d’urgence l’hémorragie » (les cessations d’activité et les candidatures au plan d’arrachage d’arbres fruitiers).

Le syndicat des producteurs de fruits du Maine-et-Loire a commandé un audit à un inspecteur de l’Agriculture, qui devra déterminer les forces, les faiblesses et les solutions du secteur des fruits et légumes dans ce département-phare du domaine arboricole.

S’en sortir par l’innovation

Le pôle de compétitivité du végétal d’Angers peut donner des idées de solutions. « Ce pôle m’a beaucoup appris », a confié M. Dupont. Il faut « éviter de disperser les moyens investis» et les focaliser sur « quelques actions qui permettent d’innover, d’être réactifs et efficaces». Bruno Dupont a dénoncé certains efforts non indispensables, que l’on demande à toute la filière, comme l’hyper-sophistication des critères de commercialisation. « Les Espagnols ne font pas tant d’histoires quand ils achètent des pommes déformées ». Par ailleurs, leur gouvernement « met des moyens importants pour l’arboriculture». Olivier Auguin, chargé de la mission de développer le pôle végétal d’Angers, a reconnu lors d’une présentation du fonctionnement du pôle, qu’il « ne vaut pas la peine de se battre sur des produits à faible ajoutée », mais inventer de nouveaux produits, comme les alicaments à base de phénols des plantes et la cosmétique à partir de végétaux, et de nouvelles techniques, comme des méthodes de diagnostic, des logiciels informatiques, des idées dans le domaine de la logistique. Il faudra être « capable de vendre cher des produits qu’on ne trouve pas ailleurs », a résumé M. Auguin. Le pôle de compétitivité d’Angers, qui a été labellisé « à vocation mondiale » par le gouvernement en juillet 2005, compte 34 projets, confidentiels pour l’instant. Jacques Auxiette, président du conseil régional d’Anjou, a indiqué lors de l’inauguration du Sival que la région a prévu de verser pour le pôle 6 millions d’euros au titre de 2005 puis 12 au titre de 2006, mais que « nous attendons de voir ce que l’État apportera de son côté ».