Les produits français sont sous le coup d’appels au boycott lancés sur les réseaux sociaux dans certains pays du Moyen-Orient, après les propos d’Emmanuel Macron lors de l’hommage à Samuel Paty il y a une semaine. Mobilisée auprès du gouvernement pour apporter son soutien aux entreprises, l’Ania rappelle quelques chiffres sur l’export dans cette zone.
Les appels au boycott de produits français, relayés par les réseaux sociaux, se sont multipliés dans plusieurs pays du Moyen-Orient, (notamment le Qatar, le Koweït, la Turquie, l’Iran, la Jordanie le Pakistan…) après qu’Emmanuel Macron a défendu le droit à la caricature, lors de l’hommage rendu à Samuel Paty le 21 octobre. « Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent », a lancé le chef de l’État à cette occasion. Quelques jours plus tard, au Qatar, les chaînes de distribution Al-Meera et Souq al-Baladi ont annoncé qu’elles « retireraient » les produits français des magasins jusqu’à nouvel ordre. Au Koweït, la fédération des coopératives de distribution a indiqué à l’AFP avoir « retiré tous les produits français, à savoir les fromages, crèmes et cosmétiques ». Des images montrant les fromages Kiri et Babybel retirés des rayons y ont été relayées sur les réseaux sociaux.
« Les appels au boycott sont sans aucun objet et doivent cesser immédiatement, de même que toutes les attaques dirigées contre notre pays, instrumentalisées par une minorité radicale », a indiqué le Quai d’Orsay dans un communiqué le 25 octobre. Ces appels au boycott « dénaturent les positions défendues par la France en faveur de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de la liberté de religion et du refus de tout appel à la haine », peut-on encore lire dans le communiqué du ministère.
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Solidaire des déclarations du gouvernement, l’Ania indique être « entièrement mobilisée auprès des entreprises alimentaires dans le cadre d’une cellule de crise mise en place par Franck Riester, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur ». Si l’association de l’industrie alimentaire estime qu’« il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences économiques », elle rappelle quelques chiffres pour le marché du Proche-Moyen Orient (zone qui inclut l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis qui ne sont, à ce stade, pas concernés par le boycott) qui représente 3 % de l’ensemble des exportations du secteur (sources douanes 2019). Ainsi, « la France exporte, tous produits industriels confondus, 11,516 milliards d’euros vers la zone dont 1,3 milliard d’euros de produits alimentaires ». Dans les détails, les produits exportés au Moyen-Orient concernent essentiellement des produits laitiers et fromages (248,6 M€), des vins de raisin (137 M€), des aliments homogénéisés et diététiques (121,2 M€), de la viande de volailles (112,9 M€) et des boissons alcoolisées distillées (107,8 M€). Et globalement, sur le secteur alimentaire à l’export au premier semestre 2020, le solde commercial des produits agroalimentaires est en repli de 1 milliard d’euros (par rapport à la même période de 2019), à 1,5 milliard.
Interrogé par FranceInfo, le politologue Hasni Abidi estime que ce mouvement ne reflète pas « une position officielle partagée par toute la population », mais plutôt une « tentative de récupération, souvent politique et idéologique ». « L’État lui-même est dépassé » par ces appels au boycott, qui ont émergé « grâce aux réseaux sociaux ».