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Bois Les professionnels demandent l’aide de l’Etat pour relancer le reboisement des forêts

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Semenciers, pépiniéristes, entrepreneurs forestiers et industriels s’inquiètent du manque de reboisement de résineux en France depuis quelques années. Selon eux, la France manque de résineux pour la construction et si les forestiers n’investissent pas, la situation va empirer. Ils demandent donc aux pouvoirs publics de mettre en place des dispositions fiscales pour relancer le reboisement.

L’aval (semenciers pépiniéristes et entrepreneurs) et l’amont (industriels) de la filière bois se sont alarmés du manque de d’investissement en forêt, lors d’une conférence de presse organisée jeudi 10 juin. « Nous manquons de résineux en France », a indiqué le président de la Fédération nationale du bois (représentant les industriels de la filière), Laurent Denormandie. Selon les professionnels, la demande en bois d’œuvre pour la construction n’a jamais était aussi importante. Et seuls les résineux peuvent répondre aux cahiers des charges fixés par les professionnels du bâtiment.
La forêt française est la troisième d’Europe en superficie (avec plus de 15 millions d’ha) mais les investissements qui lui sont consacrés sont parmi les plus faibles. 57 millions de plants y sont vendus par an, contre 300 millions en Allemagne, 350 en Suède et 1 milliard en Pologne. Or, pour les résineux, la régénération naturelle des forêts est peu efficace. Résultat : « Le bois que l’on trouve dans nos forêts françaises (aux deux tiers des feuillus) est en inadéquation avec le marché, résume Laurent Denormandie. Nos marchés traditionnels en bois feuillus, comme l’ameublement ou les traverses sur les voies ferrées, disparaissent ». « Il y a un besoin de remettre les résineux à l’honneur en France car c’est le produit de demain pour la construction », confirme Bernard Gamblin, directeur technique et commercial du bois à l’Office national des forêts (ONF).

Le reboisement coûte trop cher aux propriétaires
En 2008, la France a importé pour 514 millions d’euros de bois d’œuvre. « Si la production française est insuffisante, ce n’est pas à cause d’un manque d’outils industriels. Nos scieries ne tournent pas à plein faute de matière première, explique Laurent Denormandie. Aujourd’hui les chefs d’entreprise ont peur d’investir malgré la forte demande car ils craignent un manque d’approvisionnement ». Un constat appuyé par Jean-Claude Monin, la président de la Fédération nationale des communes forestières : « L’amont ne peut pas tirer toute la filière. Ça ne suffit pas d’aider l’industrie car le prix du bois ne paye plus le reboisement. Il faut agir aux deux bouts de la filière ». Car le reboisement coûte cher. Entre l’achat de plants sélectionnés (afin d’améliorer la qualité génétique des boisements) et les travaux de reboisement à proprement parler, il faut compter au moins 2 000 euros d’investissement pour un hectare de résineux. A cela s’ajoute le risque de dégâts causés par le gibier : s’il faut ajouter des protections aux plants, le reboisement peut atteindre 4000 euros/ha. Et comme en témoigne la présidente de l’UCFF (Union des coopératives forestières française), Marie de l’Estoile, « souvent la recette espérée à la vente du bois ne couvre pas le coût de l’investissement pour reboiser ».

Objectif : 50 000 ha plantés par an
Les professionnels réclament donc aux pouvoirs publics les moyens pour reboiser. Pour cela, ils appellent à un « effort de la collectivité » et proposent que le Défi travaux (une exonération fiscale pour la réalisation de travaux forestiers) passe de 25 à 50%, devienne un crédit d’impôt et que son champ soit élargi aux personnes morales. L’objectif affiché est de passer de 15 000 ha replantés par an actuellement à 50 000 demain (soit à son niveau d’il y a une trentaine d’années). « Il faut que les pouvoirs publics comprennent que tout ne dépend pas de nous », demande Laurent Denormandie.

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