Après leur rencontre avec Michel Barnier le 3 juillet, et peu avant la présentation officielle de la réforme de l’OCM le 4 juillet, les principales organisations de la filière viticole ont rappelé leurs points de divergence avec la proposition de Mariann Fischer Boël. Elles refusent le déclin annoncé et veulent au contraire reprendre les parts de marché perdues. Michel Cadot, directeur du cabinet de Michel Barnier, a fait part des intentions du ministre lors du congrès de la CCVF qui avait lieu le 5 juillet près d’Avignon.
La profession viticole a fait bloc pour défendre sa conception de la réforme de l’OCM, à travers ses organisations de producteurs : Confédération des caves coopératives, Confédération des vins de pays, Vignerons indépendants, producteurs d’AOC, Jeunes agriculteurs et FNSEA.
Contre l’arrachage massif
Premier point abordé : l’arrachage. « Pour prendre sa décision, la commissaire européenne se base sur les excédents sans tenir compte de la croissance du marché mondial. La consommation mondiale s’accroît de 1,5 Mhl par an. Mais ce n’est pas l’UE qui prend ces parts de marché », a expliqué Jérôme Despey, président du comité vin de Viniflhor. « En décidant d’arracher massivement (NDLR : 200 000 hectares), l’Union européenne donne des signes d’abandon de la viticulture, des viticulteurs et des territoires. Nous voulons aller vers une reconquête, nous voulons relancer les exportations vers les pays tiers. Les fonds destinés à la promotion par la proposition d’OCM sont insuffisants, il faut une politique plus ambitieuse », a poursuivi Jérôme Despey.
Arrachage mieux organisé
« Nous voulons un bilan des actions de promotion menées jusqu’à présent. Les lignes budgétaires de la commission n’ont pas été utilisées en totalité en raison d’un carcan administratif qui en freine l’accès », a surenchéri DenisVerdier, président des caves coopératives de France (CCVF). Et il a reconnu : « La filière doit s’organiser pour favoriser l’émergence de leaders à l’exportation ». Pour autant, les professionnels ne s’opposent pas à l’arrachage mais ils demandent qu’il se fasse sur une base volontaire, dans tous les pays d’Europe et qu’il soit encadré, afin que le vignoble déjà restructuré soit épargné. En Languedoc-Roussillon, des échanges sont organisés avant arrachage entre parcelles restructurées et non restructurées avec l’aide des Safer et des collectivités territoriales, a expliqué Jérôme Despey.
Aider les départs par des préretraites
Autre condition a laquelle la profession se dit très attachée : un accompagnement des départs des viticulteurs les plus âgés. Il a été question des préretraites lors de l’entretien des viticulteurs avec Michel Barnier. Michel Cadot a été plus précise sur cette mesure prévue par la nouvelle OCM qui pourra s’appliquer en co-financement (à 50%) avec des fonds européens (voir encadré). Selon les professionnels, 20% à 25% des viticulteurs du grand Sud (plus de 9 000 exploitations pour le seul Languedoc-Roussillon) pourraient être concernés par les départs. Mais des départs sont prévisibles dans toute la France.
« La situation sociale est difficile pour de nombreux vignerons dans toutes les régions viticoles », a précisé Denis Verdier. Ces difficultés s’expliquent par des prix du vin très bas depuis plusieurs années. Bien des viticulteurs vendent à perte. Les Centres d’économie rurale du Languedoc-Roussillon ont estimé cette perte de 1 000 euros/ha en moyenne. Les prix à la production ne remontent pas malgré une augmentation de la demande. Les cuves seront vidées avant la vendange, a précisé Jérôme Despey. Et selon des informations convergentes, BSN, principal fournisseur de bouteilles pour la profession, a du mal à honorer les commandes. La profession a annoncé une rencontre avec les négociants pour comprendre pourquoi les cours restent aussi bas, alors que les prix sont fermes en grande distribution.
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Maintenir une régulation de la production
La profession s’oppose à une dérégulation de la production prévue par la proposition d’OCM et veut maintenir des mécanismes de gestion.
« Nous voulons maintenir un mécanisme de distillation et de gestion de crise pour tous les Etats membres. La distillation doit être obligatoire et non aidée », a affirmé Jérôme Despey.
Pour ce qui est de la libéralisation des droits de plantation, elle risque de déstabiliser des produits et des régions qui « marchent bien ». Le ministre a lui-même reconnu un risque de « dépaysement » des productions, pour ne pas parler de délocalisation, selon les viticulteurs.
Les professionnels vont accélérer les échanges avec les autres pays producteurs d’Europe (Italie, Espagne, Portugal et Slovénie) au sein du Copa-Cogeca pour peser sur les négociations du conseil. Michel Barnier s’est engagé à les tenir informés de l’avancée des négociations. Le temps est maintenant compté : la nouvelle OCM devrait être adoptée sous la présidence slovène de l’Europe qui interviendra après celle du Portugal, ont estimé les syndicats.