Abonné

Allégations Les profils nutritionnels verront-ils le jour ?

- - 4 min

Malgré la poursuite des procédures en cours pour les demandeurs d’allégations nutritionnelles et de santé (1), le dispositif européen est politiquement en panne : il lui manque son « pendant » prévu par le Règlement européen d’origine, la définition par l’AESA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) des fameux « profils » destinés à déterminer quels produits pourront demander à alléguer et quels produits ne le pourront pas. En attendant – et l’attente n’aurait pas dû déborder la date de … janvier 2009 – le régime est aujourd’hui bancal. Et comme les difficultés d’application du Règlement remontent au plus haut niveau de la Commission, tout le monde est suspendu à présent à l’installation des nouveaux commissaires ! Le calendrier n’en finit donc pas de déraper, comme le déplorent aussi bien les industriels que les consommateurs.

Lors d’une table ronde organisée à Paris par l’agence Protéines, ce constat désabusé a été partagé par les responsables scientifiques et industriels comme par les représentants des consommateurs. Le professeur Ambroise Martin s’est inquiété de cette situation qui entretient chez certains l’idée que l’on pourrait remettre en cause cette nécessité du « profilage » : pour l’expert français, qui siège à l’AESA, « peu importe à la limite quels profils on adopte, à mailles serrées ou larges, pourvu qu’il y ait bien des profils nutritionnels ».
Même position soutenue par Charles Pernin (CLCV) car les consommateurs ne comprendraient pas qu’une partie de la législation prévue soit mise de côté « au risque que l’ensemble ne s’effondre ». Les hésitations sur la définition des profils sont dues, à ses yeux, aux très importants efforts de lobbying déployés par certains industriels. C’est à craindre que l’on finisse par « arbitrer entre des intérêts et que l’on perde de vue les objectifs de santé publique ».

Où placer le curseur ?
Le but initial de la réglementation européenne est bien de « faire le ménage » dans une foison, actuellement, d’allégations plus ou moins fondées, a rappelé Ambroise Martin, et l’on devrait, grâce aux profils, déboucher sur un système plus aisé à appliquer et à contrôler. Les industriels, Kraft ou Pepsico par exemple qui se sont exprimés, ne contestent pas ce but, ils craignent simplement des freins supplémentaires à l’innovation et demandent la liberté de s’expliquer devant leurs consommateurs.
Une question reste ouverte, elle concerne l’extension souhaitable du champ des produits alimentaires qui doivent faire l’objet d’allégations : sera-ce 20 % de l’offre, ou plus ? De la façon dont vont être définis les profils dépendra l’endroit où va se placer le curseur. D’aucuns ne voudraient exclure que peu de produits, ceux qui sont de faible intérêt nutritionnel ou fort peu favorables à la santé ; d’autres ne voudraient retenir que la petite minorité d’aliments qui sont jugés excellents (à condition bien sûr d’en apporter la preuve), ces catégories ne devant en aucun cas laisser à penser qu’il y aurait des « bons » et des « mauvais » aliments alors que c’est le régime alimentaire d’ensemble qui concourt à la santé. L’enjeu est tout relatif en France, rassure Ambroise Martin, « car l’enquête INCA 2 montre qu’il n’y a que 13 % des consommateurs qui choisissent un produit parce qu’il est assorti d’une allégation ». Il y aurait même, selon Claude Fischler citant une étude à laquelle il participe, un nombre non négligeable de consommateurs pour qui l’allégation est au contraire un frein à l’achat dans certaines catégories de produits.
L’introduction des profils sera-t-elle enfin un prétexte à désigner par déduction les produits à interdire de publicité TV ou à taxer plus que les autres ? Cette crainte reste présente dans les esprits des industriels. S’ils aident en revanche à mesurer, par exemple dans le cadre d’Oqali (l’observatoire de la qualité alimentaire) l’amélioration dans le temps de la qualité nutritionnelle de l’offre, on ne pourra que s’en féliciter.
Un consensus autour du modèle alimentaire français serait en tout cas nécessaire, en évitant de trop parler au consommateur de nutriments au lieu de promouvoir le plaisir des aliments…

(1) Cf plus haut dans ce numéro, même rubrique

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

règlement européen
Suivi
Suivre