Abonné

UE/ Bilan de santé Les régions européennes s’invitent dans le débat sur la future Pac

- - 5 min

Intégrer les régions européennes dans les débats sur le bilan de santé de la Pac et réguler les marchés agricoles et agroalimentaires. C’est ce qu’ont demandé les Régions européennes réunies à Nantes le 23 octobre autour du thème « L’avenir de la politique agricole et alimentaire européenne : les régions proposent ». Organisé par la Conférence des régions périphériques maritimes de l’UE (CRPM) et la région des pays de la Loire, ce séminaire a réuni plus de 250 participants en présence du ministre Michel Barnier et de la commissaire européenne Mariann Fischer Boël. Le président de la région Pays de la Loire, Jacques Auxiette, est allé plus loin dans l’interview qui suit.

Même si la Pac est décidée « au nom de l’UE » elle n’en induit pas moins des conséquences importantes pour les territoires et le plaidoyer des régions d’Europe vise à obtenir que la Pac s’adosse à une gouvernance régionale. C’est le leitmotiv qui a émaillé les débats des participants au séminaire de Nantes. « Nous voulons aujourd’hui passer la vitesse supérieure car les régions aujourd’hui sont mûres pour jouer un rôle dans les questions qui affectent les territoires dont elles ont la charge : la promotion des industries de transformation au service de produits de qualité, le développement durable des exploitations agricoles dans leur diversité, le maintien des emplois dans les régions rurales et la préservation de l’environnement et du paysage ». Pour Claudio Martini, le président de la CRPM Conférence des régions périphériques maritimes., les choses sont évidentes : si les régions européennes se saisissent du dossier de la Pac c’est qu’elles se considèrent comme « le niveau pertinent pour assurer une véritable politique de développement territorial y compris pour l’agriculture et l’agroalimentaire ». Il a assuré que les régions d’Europe restent attachées à la Pac et qu’elles sont prêtes à appuyer sa sauvegarde « pour autant qu’elles y jouent un rôle correspondant à leurs responsabilités ».

La nécessaire régulation des marchés

Les régions entendent également peser sur les principes politiques et les orientations de la politique agricole et alimentaire européenne. La plupart des participants se sont en effet déclarés en faveur d’outils de régulation des marchés pour éviter la valse des prix alimentaires. Plusieurs ont évoqué la possibilité d’avoir recours à des droits de douane proportionnés, des mécanismes d’intervention publique et de stockage ou encore à des mesures de maîtrise de la production comme les quotas. Jacques Auxiette, le président de la région des pays de la Loire, a affirmé que « les régions européennes sont pour le maintien de la politique alimentaire commune européenne et pour que la dimension “régulation des marchés” y soit essentielle ». Jean Yves Le Drian, président de la région de Bretagne, a tenu à rappeler que « la régulation des marchés n’est pas un gros mot et qu’elle n’a jamais signifié économie agricole administrée ». Il se dit convaincu que dans le contexte de la crise alimentaire mondiale, la régulation des marchés reviendra au devant de la scène « même s’il faut en refonder les principes ». Selon lui, « les interventions sur les marchés restent une composante importante de la souveraineté alimentaire ». Pour Stéphane Le Foll, député européen, membre de la commission agriculture du Parlement européen, « on est à la croisée des chemins, on arrive au bout des capacités du système et il est nécessaire de réguler les marchés ». Même le ministre Michel Barnier s’est joint au plaidoyer des régions en indiquant que s’il y a une leçon à tirer du tsunami financier international, c’est qu’ « il faudrait, non pas retourner au protectionnisme, mais prévoir un certain nombre de règles sur les marchés. Je ne veux pas laisser l’agriculture aux seules mains du marché et du libre-échange international, car ce serait le moins disant alimentaire et le moins disant sanitaire qui prévaudraient alors », a-t-il souligné.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Seule la qualité…

Quant à la très libérale commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boël, si elle s’est dite disposée à écouter la voix des régions dans le débat sur le Bilan de santé, elle a tout bonnement balayé d’un revers de main toutes ces considérations sur l’idée de réguler les marchés : « Je ne suis pas en faveur d’un marché régulé avec par exemple un système de taxes douanières car les autres pays seraient incités à faire de même ». Si on prend le cas de la France, a-t-elle affirmé, « un pays qui est exportateur net de produits agricoles et agroalimentaires pour environ 7 milliards d’euros par an, si elle venait à protéger sa production comment s’y prendrait-elle pour vendre au sein de l’UE ? La France serait exclue du marché et les autres pays fermeraient aussi leurs marchés ». Aux yeux de la commissaire il n’y aurait que trois principes objectifs pour les producteurs de l’UE : « La qualité, la qualité, la qualité ».