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Réforme territoriale Les régions « verront l'agriculture de plus haut »

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Elargies dans leur périmètre par la réforme territoriale, les régions auront une vision plus large sur les problématiques agricoles, se sont accordés à dire professionnels et fonctionnaires d'Etat présents lors d'une conférence de Saf agr'iDées, le 10 juin. Certains y voient l'opportunité de « traiter les problématiques de l'agriculture moderne ».

Les 13 nouvelles régions métropolitaines qui apparaîtront au 1er janvier 2016 auront à gérer des territoires agricoles plus vastes, plus divers et porteront un regard plus large sur l'agriculture. C'est le constat commun qu'ont établi fonctionnaires d'Etat, hommes politiques et professionnels présents lors de l'assemblée générale de Saf agr'iDées, le 10 juin. Il s'agit pour certains d'une opportunité. « Une région qui voit les choses de manière plus grande, c'est positif, estime par exemple le directeur marchés, études et prospectives de FranceAgriMer, André Bar-lier. Elle ne voit plus les problématiques du petit bout de la lorgnette, elle peut prendre du recul, sortir des stratégies de niche ». « C'est une vraie opportunité d'appréhender les problématiques d'infrastructure, de recherche, étaye Marion Zalay, directrice de la Draaf Île de France. On pourra leur adresser les problématiques modernes de l'agriculture françaises ». Evoquant l'agriculture comme un des rares secteurs en France qui produit des commodities, mais aussi comme un secteur qui gère des appellations d'origine contrôlées « qui ont parfois 1 000 ans », elle estime que l'agrandissement des régions posera peu de problèmes au secteur agricole : « Dans son histoire moderne », soutient-elle, l'agriculture ne s'est jamais « embarrassée des frontières administratives ». Et de conclure que « les enjeux des filières agricoles sont à chercher autre part » que dans la réforme territoriale.

Les régions déstabilisées

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Couplée au renforcement de leurs prérogatives sur la Pac, l'augmentation de la taille des régions comporte des risques, relèvent toutefois les intervenants. « Il y a sans doute un risque d'augmenter les inégalités de traitement entre agriculteurs, mais est-ce que c'est grave ? Si la Bretagne renforce plus que la Normandie ses aides à la rénovation de la production de cidre, est-ce que cela met en péril la filière cidricole française ? », s'interroge André Barlier de FranceAgriMer. Les régions se mettent « à la maille des standards européens et mondiaux », suivent l'agrandissement « homothétique » qui s'opère autour d'eux, répond Marion Zalay. Et de conclure : « Est-il raisonnable dans un monde où les entités deviennent de plus en plus grandes de rester avec deux Normandie ? ». Pour l'ancienne directrice de l'Institut national de l'origine (INAO), ce sont les régions qui seront les plus déstabilisées par ce changement d'échelle : « Les régions que l'on connaît actuellement ont tellement investi, capitalisé sur ces produits-là (les produits de terroir, NDLR). Elles vont avoir des questions d'image à se poser », avance-t-elle. Le nom Champagne restera-t-il dans le nom de la future région ? Quel sera le produit phare de la région Auvergne-Rhône Alpes ? Autant de questions épineuses, estime-t-elle.

AOP et fusion des régions : pas de problème

L'agrandissement des régions va « poser des problèmes techniques pour le zonage des AOP. Certains à Bruxelles nous attendent au tournant ! », a lancé Alain Marleix, député du Cantal, lors de l'assemblée générale de Saf agr'Idées, le 10 juin. « Je ne comprend pas ses craintes », a répondu François Guhl, responsable développement rural à la DGPE (ministère de l'Agriculture), en marge de l'assemblée. « Je ne vois pas le problème, elles transcendent les entités administratives. C'est avant tout le produit qui est mis en avant », a également répondu l'ancien conseiller du commissaire européen à l'agriculture Dacian Ciolos, Yves Madre. « Beaucoup d'appellations ont plus de 1 000 ans, elles sont robustes », a par ailleurs rappelé Marion Zalay, directrice de la Draaf Île de France.