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Réglementation/oléagineux Les restaurateurs européens pour un vrai débat sur la qualité de l’huile d’olive

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En proie à des critiques et même à des railleries, la Commission européenne a renoncé le 23 mai dernier à son projet d'interdire aux restaurateurs l'emploi de bouteilles d'huile d'olive réutilisables pour des raisons de salubrité et de protection des droits des consommateurs à une information correcte sur ce qu'ils consomment. Contrairement au secteur de l'Horeca (Hôtels-restaurants-cafés) qui a applaudi au retrait du projet, les producteurs d'huile d'olive, adhérents des syndicats et des coopératives agricoles Copa-Cogeca, ont dénoncé cette reculade et l'ont considérée comme une défaite pour les consommateurs. Sollicité par Agra Alimentation Roger Waite, porte-parole du Commissaire à l’agriculture, confirme le retrait mais sans écarter d’autres ajustements. Il dit « espérer y voir plus clair dans les prochaines semaines ».

Sur ce dossier éminemment politique, Agra Alimentation s'est entretenu avec Alexis Waravka, porte-parole d'Hotrec, qui regroupe 43 associations ou syndicats présents dans 26 pays européens représentant les hôtels, restaurants, cafés et établissements similaires à travers l’Europe.

Agra : Avez-vous des nouvelles sur les suites du projet avorté de la Commission européenne visant à réglementer les normes de commercialisation de l'huile d'olive servie dans les restaurants et auquel s'oppose votre secteur ?
Alexis Waravka : Nous avons très peu d'informations, d'ailleurs ce problème nous l'avons découvert à travers des articles de presse, nous n'étions pas du tout au courant, cela a été une surprise totale pour nous. Comme il l'avait indiqué en mai dernier après avoir retiré son projet, le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, nous a reçus le 12 juillet 2013, en même temps que les représentants des producteurs d'huile d'olive et des associations de consommateurs de l'UE. Chacun des camps a exposé son point de vue à tour de rôle et le commissaire nous a dit que, sur base de ces différentes positions, il allait éventuellement réfléchir à une autre proposition qui tenterait de concilier les intérêts des uns et des autres mais depuis cette date, c'est silence radio, nous n'avons pas d'autres informations...

Le principal objectif affiché par ce projet de règlement de la Commission européenne était de protéger le droit des consommateurs à être correctement informés de la qualité de l'huile d'olive qu'ils consomment et de lutter contre la fraude imputée à certains restaurateurs indélicats. Que pensez-vous de ces arguments ?
Selon nous, la vraie fraude se situe bien en amont de la chaîne d'approvisionnement alimentaire ; c'est au niveau de la production que cela se passe. L'huile d'olive dans les restaurant n'arrive qu'en bout de chaîne...Nous avons même des exemples précis en Espagne et en Italie notamment où des mélanges d'huile d'olive avec d'autres huiles végétales ont été détectés... Toute mesure visant à protéger les consommateurs contre la fraude doit donc être entreprise au niveau de la production où a lieu principalement ce type de mélanges et non pas au niveau de la table de restaurant lors de la mise en bouteilles de l'huile d'olive servie aux clients... Si l'UE veut protéger les droits des consommateurs, il existe sa « proposition de révision du règlement sur les contrôles officiels tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire » ; celle-ci prévoit justement des dispositions relatives à la lutte contre la fraude ainsi que des instruments adéquats pour atteindre l'objectif d'une meilleure protection et des consommateurs et des entreprises contre de telles fraudes.

Vous reconnaîtrez quand même que certains restaurateurs ne respectent pas les droits des consommateurs en mentionnant un peu à la légère « huile d'olive extra vierge » sur les étiquettes tant que cette façon de faire n'est pas encadrée par une réglementation officielle ?
Pour dire les choses clairement, il y a en gros deux types de restaurateurs dans le secteur de l'Horeca : il y a d'un côté ceux qui font de la cuisine de qualité, qui tiennent à la réputation de leurs établissements et qui font très attention à la qualité de l'huile d'olive qu'ils utilisent et qu'ils proposent aux consommateurs. Et de l'autre, ceux qui font une autre cuisine, disons moins élaborée, et dans laquelle ils procèdent à des mélanges de différentes huiles qu'ils achètent en gros pour des raisons de rapport qualité/prix...

Les producteurs d'huile d'olive, en particulier, soutiennent qu'une réglementation sur l'huile d'olive servie dans les restaurants est non seulement nécessaire pour garantir l'authenticité de l'huile d'olive proposée mais qu'elle n'aurait entraîné qu'un coût négligeable pour sa mise en application.. Que pensez-vous de ces affirmations ?
Nous n'avons pas fait à ce stade de calcul précis des coûts que de telles mesures pourraient engendrer pour notre secteur car cela est très compliqué du fait que les restaurateurs achètent de l'huile d'olive en différentes quantités – en gros, par bouteilles de 75 cl ou de 25 cl- mais il est sûr que l'obligation d'acheter des petites bouteilles d'huile d'olive non réutilisables aura un gros impact non seulement sur les coûts de production, notamment pour les PME qui représentent l'essentiel du secteur de l'Horeca, mais également sur le coût de l'offre d'huile d'olive pour les consommateurs. Une telle mesure pourrait aussi limiter le choix des restaurateurs à acheter de l'huile d'olive chez les producteurs artisanaux incapables de fournir des petites bouteilles non réutilisables, ce qui obligerait par conséquent de nombreux restaurants à proposer de l'huile d'origine industrielle de qualité forcément inférieure...Il y a également le problème des déchets d'huile d'olive et de ces petites bouteilles non réutilisables dans les restaurants ; c'est un point important qui ne semble pas avoir été pris en compte par le projet de règlement de la Commission européenne. Cela va à l'encontre des efforts des différents gouvernements de l'UE visant à réduire l'impact des déchets sur l'environnement...

Après avoir subi un tir de barrage de la part du secteur de l'Horeca sur ce dossier, le commissaire Dacian Ciolos a dit qu'il reviendrait éventuellement avec d'autres propositions. Vous attendez-vous à ce que celles-ci soient un peu plus conciliantes, moins rigoureuses que le projet de règlement précédent ?
Si le commissaire européen souhaite revenir sur le sujet j'espère qu'il prendra la peine d'en discuter avec notre secteur plus en amont ! Il doit organiser un dialogue avec nous et ne pas nous mettre devant le fait accompli comme cela a été le cas précédemment. Ce projet n'a vraiment pas tenu compte du côté pratique qu'aurait entraîné la mise en œuvre des dispositions qui étaient prévues dans le règlement sur les normes de commercialisation de l'huile d'olive dans les restaurants. C'était vraiment une mesure mal calibrée. Il faut davantage parler avec le secteur de la restauration et s'assurer que les problèmes qui ont été soulevés soient évités à l'avenir. Le projet de la Commission a été retiré parce qu'à mon avis il n'était basé que sur un seul son de cloche ! Nous sommes demandeurs d'un débat sur des mesures qui auront un impact sur notre secteur et il est tout à fait normal que nous soyons consultés....

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