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Les retombées agricoles de la bascule verte des métropoles

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Les mairies de Lyon, Strasbourg et Bordeaux ont été remportées, ce 28 juin, par des candidats écologistes, avec des conséquences attendues assez diverses sur les agricultures liées à ces municipalités. La nouvelle maire de Strasbourg se distingue notamment en souhaitant sortir des pesticides. La comparaison entre ces trois métropoles permet de relativiser le tournant vert, car elle montre que, replacés dans les contextes locaux, les programmes EELV ont bien souvent été nuancés ou imités par leurs concurrents directs. Décryptage.

Strasbourg vise la fin des pesticides

Quel changement à Strasbourg, après que l’écologiste d’EELV Jeanne Barseghian s’est imposée sans alliance devant un ticket LR/LREM et une liste PS ? Pour le savoir, il faut choisir à quel programme le comparer. Or à Strasbourg, il est difficile d'identifier était la candidature sortante, puisque l’ancien maire Roland Ries ne s’est pas représenté et naviguait entre le PS, dont il fut exclu en 2019 et le mouvement LREM, qu’il n’a officiellement jamais rejoint. Deux listes distinctes se sont présentées au premier tour, l’une PS, l’autre LREM.

Si on compare EELV au candidat LREM, un vrai fossé se creuse. Alain Fontanel (LREM) s’est peu intéressé aux filières agricoles, à l’exception d’un projet de grand marché couvert. Pas plus au premier tour qu’après son rapprochement avec LR au second, où apparaît alors un autre projet : un « haut lieu de la gastronomie alsacienne ». En revanche, la socialiste Catherine Trautmann a fait des propositions très proches du programme d’EELV : soutien à la conversion en bio, compensation des terres agricoles supprimées, « ville zéro pesticides », objectif 100 % de bio dans les cantines scolaires ».

Si l’on s’en tient aux principales mesures (zéro pesticides et bio dans les cantines), le programme PS est même un copier-coller du programme EELV. Mais les écologistes vont un peu plus loin ; ils y ajoutent deux repas végétariens par semaine dans les cantines, la « mise en place de points de vente directe », le « développement de l’agriculture urbaine », et la construction en matériaux bio-sourcés. Surprise, la nouvelle édile est une inconnue pour les syndicats agricoles locaux, même la Conf', qui « se réjouit » toutefois de son arrivée. À la FDSEA du Bas-Rhin, on est « inquiet mais pas encore vent debout », rapporte son président Franck Sander. Car la FDSEA « avait su trouver des partenariats » avec la précédente majorité, qui incluait déjà EELV.

Le syndicat attend surtout les résultats incertains des élections à la communauté d’agglomération. Si l’Eurométropole venait à passer à EELV, ce qui serait envisageable après la bascule écolo de Schiltigheim, les surfaces agricoles concernées par l’arrêt des pesticides deviendraient substantielles. La métropole s’étend sur 33 700 hectares, dont beaucoup de communes rurales et de terres agricoles, notamment depuis l’absorption en 2017 de la communauté de commune des Châteaux, qui compte parmi les meilleures terres du département.

Bordeaux, la question foncière

À Bordeaux, le nouveau maire, malgré son étiquette écologiste, est fait dans le moule conservateur qui a fait la réputation de la ville. Avocat, père de deux enfants, habitant des beaux quartiers : sur le papier, Pierre Hurmic n’a pas le profil d’un révolutionnaire.

Ses propositions durant la campagne, sur le volet agricole, sont d’ailleurs demeurées proches de celles de son concurrent LR, Nicolas Florian, le dauphin d’Alain Juppé. Moyens supplémentaires pour la solidarité alimentaire, chèques "bien manger", bio et local dans les cantines, objectif zéro déchet, développement des potagers urbains : les programmes de deux hommes, sur tous ces points, étaient difficiles à distinguer. Ces similitudes s’expliquent sans doute plutôt par des évolutions récentes du côté républicain, mais au total, les deux programmes peinent à se démarquer.

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Une seule exception notable apparaît à la lecture du programme des deux hommes : le foncier. Pierre Hurmic (EELV), de son côté, se déclare franchement pour le zéro artificialisation. Au niveau métropolitain, le nouveau maire écolo indique notamment dans son programme vouloir « sauvegarder les terres agricoles et encourager l’agriculture biologique pour la préservation des nappes phréatiques ». Du côté de Nicolas Florian, en revanche, le foncier n’était considéré que du point de vue des centres urbains, en misant sur la maîtrise des prix d’achat, sans contrôle de la surface.

Du côté de la FDSEA de la Gironde, pas de procès d’intention : « On jugera sur pièce », résume le président, Jean-Samuel Eynard, viticulteur en Côte-de-Bourg. Concernant les engagements en matière de circuit court et d’approvisionnement des cantines, « tout dépend si ça s’inscrit de manière pérenne, ou si c’est un affichage le temps d’un mandat », philosophe le président. Réagissant à une interview de Pierre Hurmic dans La Tribune, qui estimait que les vins de Bordeaux étaient en retard en matière de bio, Jean-Samuel Eynard souligne cependant que « le bio peut être une réponse dans certaines zones mais que la viticulture bordelaise ne se résume pas qu’à des terrains plats ».

À Lyon, un débat centré autour des produits locaux

À Lyon, les écologistes, qui ont raflé la mairie (Grégory Doucet) et la métropole (Bruno Bernard) avec leurs alliés de gauche, visent la « relocalisation industrielle et agricole ». « Les produits agricoles issus d’un périmètre de 50 km autour de Lyon ne représentent que 4,6 % de la valeur des produits agricoles de l’assiette alimentaire des habitants », peut-on lire dans leur programme. En toute logique, la nouvelle équipe municipale entend surtout utiliser le levier de la restauration locale, avec des « repas 100 % bio et 50 % des aliments d’origine locale (50 km) pour les écoles, crèches et collèges ». Une transition vers le bio que les Verts comptent financer par les économies générées par la diminution des produits carnés (« deux repas exclusivement végétariens chaque semaine et une alternative végétarienne quotidienne »).

« Dans la nouvelle version de leur programme, [les écologistes] sont passés de 100 % de local à 50 %. Je pense qu’on peut être à 80 % sur ce mandat », avait taclé le 17 juin David Kimefeld, président LREM de la métropole lyonnaise et candidat malheureux à sa réélection. Créée en 2015 par la fusion de la Communauté urbaine de Lyon et du Conseil général du Rhône sur les 59 communes du Grand Lyon, la métropole a hérité de la compétence agricole. Outre la création de « Halles de l’alimentation durable », David Kimefeld, l’ancien dauphin de Gérard Collomb, militait pour un label distinguant les produits locaux, couplé à un « chèque alimentation pour tous » pour les bénéficiaires des minimas sociaux (50 € par mois pour acheter ces produits labellisés).

Au niveau de la mairie, Gérard Collomb (LREM) n’a pas échappé à cette surenchère autour du « manger local ». En matière alimentaire, le maire de la capitale des Gaules depuis 19 ans proposait de « mieux organiser les liens entre la métropole et les territoires agricoles qui l’environnent ». Un objectif qui passait, d’après son programme, par « une filière d’approvisionnement avec les agriculteurs locaux », des « contrats de réciprocité avec les bassins agricoles voisins » et un doublement des points de vente de produits bio ou locaux d’ici 2025. L’ancien ministre de l’Intérieur – qui avait rallié François-Noël Buffet (LR) au second tour pour la métropole – proposait aussi de planter 60 000 arbres, dont certains intégrés dans des vergers urbains. Une expérimentation baptisée « rue comestible ».

À Strasbourg, propositions similaires au PS, mais éloignées de LREM

À Bordeaux, un projet proche de celui du concurrent LR