Dans un article paru fin juin dans la revue Journal of Environmental Management, des chercheurs du Cirad et de l’université nationale d’Irlande se sont penchés sur les effets de quotas mondiaux de méthane de source biologique (biogénique) selon différents critères de répartition. D’après ces scénarios, si l’exigence de zéro émissions nettes aura des effets limités sur les pays orientés vers la production de monogastriques comme la France, elle pourrait remettre en cause l’autonomie alimentaire de l’Inde.
« Nous voulions comprendre quelles étaient les conséquences de cibles d’émissions de méthane biogénique par pays sur le climat et la production alimentaire dans le cadre d’un objectif mondial de zéro émission nette », résume le chercheur du Cirad Rémi Prudhomme, principal auteur de l’article paru début juin dans la revue Journal of Environmental Management.
Pour permettre aux décideurs de répartir équitablement l’effort mondial de réduction des émissions de méthane biogénique, il s’est penché en compagnie d’autres scientifiques sur plus d’une centaine de scénarios issus du rapport spécial 1.5 du GIEC. Tous ces scénarios permettent de respecter une augmentation des températures de 1,5°C au maximum, tout en explorant plusieurs voies technologiques dans l’agriculture, plusieurs méthodes d’équivalence d’émissions, et en appliquant quatre différentes méthodes d’allocations des quotas d’émissions de méthane biogénique.
Réduction mondiale unique des émissions de méthane biogénique de 30 %, ou quotas nationaux proportionnels au PIB, au nombre d’habitants ou à la production de protéines actuelle : « Pour certains pays ces efforts sont très peu ambitieux, mais pour d’autres, ils remettraient gravement en cause leur sécurité alimentaire », souligne Rémi Prudhomme. Quel que soit le scénario, souligne-t-il, la neutralité climatique empêcherait l’Inde de nourrir elle-même sa population, en raison de sa grande dépendance à la production de riz. À l’inverse, le Brésil et l’Irlande parviendraient à répondre à leurs besoins dans près des trois quarts des scénarios.
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La neutralité, atteignable pour la France
« Dans la mesure où la France produit beaucoup de monogastriques, un objectif de zéro émission nette pour le secteur de l’agriculture et la forêt ne serait pas si ambitieux que ça par rapport à l’effort de réduction d’émission nécessaire pour être sur une trajectoire +1.5° en 2100 », poursuit Rémi Prudhomme. Cet objectif de zéro émission, détaille l’article, permettrait à la France d’assurer les besoins journaliers en protéines (50g/jour) d’environ 45 millions de personnes. « Les besoins journaliers utilisés dans l’article sont issus de la littérature, et on peut imaginer qu’un changement de régime alimentaire avec plus de protéines végétales permettrait de baisser la demande de produits animaux par habitant et donc d’augmenter le nombre de personnes nourries avec ces quotas de méthane », prévoit le chercheur.
Comme le détaille l’article, une répartition de l’effort mondial de réduction de méthane biogénique proportionnelle à la production actuelle de protéines imposerait à la France la plus faible diminution de méthane biogénique, de l’ordre de de 30 %). Bien plus défavorable, un scénario basé sur le PIB exigerait en revanche une coupe de près de 80 % des émissions de méthane et nécessiterait une réduction du cheptel.
Les chercheurs ne défendent pas un système d’allocation de l’effort de réduction des émissions de méthane biogénique plutôt qu’un autre, mais espèrent encourager un nouveau regard sur le méthane et les conséquences de sa régulation. « Il faut fournir une cible de méthane explicite, en la séparant du dioxyde de carbone. D’une part parce que les émissions de méthane sont très liées à la production alimentaire, mais aussi parce qu’elles sont associées à des produits utilisant beaucoup de terres, alors que ces terres pourraient être utilisées pour stocker du carbone », estime Rémi Prudhomme. Le prochain rapport du Haut Conseil sur le Climat, prévoit-il, pourrait pour la première fois tenter de mener cet exercice à l’échelle française.