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Les riverains opposés à la méthanisation « agricole » se structurent

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Anne Danjou (CNVM): Localement, «les services de l'Etat ne se sentent pas concernés»

À quelques jours du début de l’examen du projet de loi Climat Énergie, le 26 juin, l’Assemblée nationale avait auditionné deux collectifs nationaux de riverains opposés à la méthanisation « agricole », telle que définie par le code rural. Ces associations qui se sont constituées il y a moins d’un an, lui préfèrent la méthanisation « à la ferme » ou réalisée par des industriels ou spécialistes des déchets.

Comme les incinérateurs avant eux, la méthanisation a désormais ses riverains détracteurs. Ils sont structurés depuis moins d’un an au niveau national, au travers de deux comités : le premier est composé de riverains citoyens (CNVM), l’autre de riverains scientifiques (CSNM), et leurs représentants appartiennent parfois aux deux organisations. Cette structuration leur a permis de se placer parmi les interlocuteurs des institutions nationales en charge de ces questions. En janvier, ils ont été reçus par le ministère de la Transition écologique. Et le 20 juin, ce sont les députés d’une commission parlementaire dédiée à « l’impact des énergies renouvelables » qui les ont auditionnés. Cinq de leurs représentants, des professeurs, médecins ou enseignants, ont pu présenter leur réquisitoire contre la « méthanisation agricole » : un concept qu’ils situent comme un entre-deux non souhaitable entre la méthanisation « à la ferme » et la méthanisation réalisée par des industriels.

Renforcer les contrôles et les sanctions

Leur critique se divise en deux étages : une critique de dimension locale et une autre nationale. Au niveau local, ils estiment que ces installations et les risques de mauvais fonctionnements/nuisances ne sont pas suffisamment contrôlées : « Les unités de méthanisation sont en autosurveillance », estime une représentante du CNVM, Anne Danjou. Selon elle, la réglementation ne serait pas seule en cause, mais également « les services de l’État » qui, localement, « ne se sentent pas concernés ». Les associations demandent un renforcement des sanctions et des contrôles. Plus attendu, elles estiment que les nuisances (odeurs, salissures, transports, risques sanitaires…) sont mal évaluées dans les procédures publiques, et qu’une plus grande distance minimale des habitations est nécessaire. « Treize camions par jour, ce n’est pas la petite maison dans la prairie », grince Sébastien Almagro. Si bien que les méthaniseurs sont, selon eux « un nouveau type de preneur d’otages », à cause desquels « les riverains ne sont plus libres de partir vivre ailleurs, simplement parce qu’ils ne peuvent plus vendre ». Enfin, ils estiment ne pas être suffisamment associés aux concertations locales : « Les projets sont de plus en plus cachés et imposés aux populations, et parfois même aux maires », estime Freddy Garcia, membre du CNVM.

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« Nous ne sommes pas contre la méthanisation »

La seconde dimension de leur critique, développée par le CSNM, est d’ordre national, voire d’intérêt général, et s’appuie sur des connaissances académiques existantes qui pointaient déjà certaines limites de la méthanisation (à moduler selon les projets) comparativement à d’autres énergies vertes (coût, bilan carbone, réduction de la pollution azotée). « Nous ne sommes pas contre la méthanisation, elle a sa place, mais seulement sa place », explique un des représentants. Sur le plan des gaz à effets de serre, « la méthanisation n’est pas neutre, tout comme l’éolien ou le solaire, confirme Jean-Christophe Pouet, chef de service valorisation des déchets à l’Ademe. Mais son bilan reste toujours deux fois plus positif par rapport au gaz naturel, en tenant compte des fuites éventuelles. » Autre aspect évoqué : la protection des eaux et des milieux. Les associations redoutent que les digestats « n’augmentent ces pollutions », et s’interrogent par exemple sur l’incidence des micro-organismes relâchés dans les champs. Ces installations sont soumises au même cadre que les effluents classiques, répond-on à l’Ademe. Quant aux micro-organismes spécifiques aux digestats, « ils sont conçus pour vivre dans un méthaniseur et meurent dès qu’ils sont relâchés dans les champs », assure Jean-Christophe Pouet.

« La méthanisation à la ferme ne pose pas de problème »

La compétence des agriculteurs remise en cause

Les associations contestent la méthanisation agricole, telle que définie par le code rural (« issue pour au moins 50 % de matières provenant d’exploitations agricoles »), qu’elles opposent à deux systèmes selon eux plus vertueux : d’un côté la méthanisation à la ferme, rejoignant ainsi les positions de la Confédération paysanne, et de l’autre la méthanisation réalisée par des industriels. « La méthanisation à la ferme ne pose pas de problème, pouvoir se libérer de déchets vrais, c’est légitime, explique Daniel Chateigner. Mais concentrer des déchets de 120 agriculteurs en un point […], c’est le type d’usine qui n’est pas acceptable ». En somme, comprend-on, gérer des tels volumes et en conséquence, des risques accrus, ne serait pas à la portée des agriculteurs : « Si vous allez en station d’épuration, ou dans une usine agroalimentaire, eux ont les compétences et peuvent méthaniser, il n’y a pas d’accident », conclut Daniel Chateigner.