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Enquête Les salariés agricoles rechignent à se former par manque d’information

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Trop peu de salariés des secteurs de la production agricole continuent à se former au cours de leur vie professionnelle, regrette l’Association de salariés de l’agriculture pour la vulgarisation du progrès agricole (Asavpa) de Midi-Pyrénées qui a mené une étude afin de comprendre le phénomène. Résultat : le manque d’information est le premier frein pour par les salariés.

Quelque 60% des salariés agricoles interrogés estiment « ne pas se sentir bien informés » en matière de formation professionnelle. L’étude menée par l’Association de salariés de l’agriculture pour la vulgarisation du progrès agricole (Asavpa) de Midi-Pyrénées en 2011 auprès de quarante salariés agricoles, puis auprès d’un échantillon représentatif de 2000 salariés agricoles des huit départements de Midi-Pyrénées, et complétée par un questionnaire par internet, est sans appel : l’association qui cherche à « créer le déclic formation » en particulier auprès des salariés de petites exploitations ou entreprises agricoles devra miser sur une meilleure information. Et se rapprocher du Fonds national d’assurance formation des salariés des exploitations et entreprises agricoles (Fafsea) qui est tout simplement ignorée par un peu plus de la moitié des personnes soumises à l’enquête. Le fait est reconnu par l’organisme lui-même : « Plus les entreprises sont de petite taille, plus elles rencontrent de freins à la formation : contrainte de temps, coût, manque d’intérêt des salariés pour la formation, crainte des salariés de se retrouver sur les bancs de l’école, absence de formations correspondant aux besoins, distance des lieux de formation… Résultat : les très petites entreprises (TPE) sont beaucoup moins nombreuses que les autres à s’engager dans le développement de la formation », note un rapport d’activité 2010 du Fafsea.

Favoriser les formations au plus près

« La formation n’est pas dans la culture de notre milieu agricole. C’est toujours difficile de faire le premier pas. On se demande ce qui va en sortir », témoigne Odile Dejean, présidente de la Maison familiale rurale (MFR) d’Escatalens (Tarn-et-Garonne), par ailleurs agricultrice et employeuse. Pourtant, deux tiers des salariés agricoles interrogés ont moins de dix ans dans leur entreprise et se trouvent donc dans une période tout à fait favorable à l’acquisition de nouvelles compétences. Et ce d’autant plus dans la région Midi-Pyrénées où le secteur agricole est le premier secteur employeur. Mais les freins persistent, et au-delà du manque d’information, les salariés les attribuent autant à eux (53%) qu’à leur employeur (55%), sans négliger les contraintes du « cadre » ( 37%) dans lequel est organisée cette formation (lieux, dates, thèmes abordés etc.). L’étude fait notamment état d’une participation plus grande lorsque les formations sont délocalisées au plus près des personnes à former. D’où cette proposition de l’Asavpa-Midi-Pyrénées de développer la formation à distance, notamment par internet.

Lutter contre la culpabilité à se former

Constat plus inquiétant : parmi les témoignages recueillis, certains salariés ont indiqué ressentir de la culpabilité à l’idée de quitter leur travail le temps d’une formation. « Je ne pourrais pas me libérer », ont indiqué plusieurs d’entre eux. Ce qui fait s’interroger l’Asavpa : le salarié aurait-il intégré la vision de son employeur (ou celle qu’il lui attribue) au point de ne même plus imaginer la possibilité de s’absenter pour se former ? Débordé par le travail, pris dans une routine, le départ du salarié semble toujours « l’obstacle de trop ». « Occupé à essayer de préserver ses temps libres ou ses congés, alors que la pression au travail est forte, le salarié n’ose souvent même pas poser la question à son employeur ». La surcharge de travail pressentie pour le reste de l’équipe en cas de formation de l’un d’eux serait aussi vécue comme source de culpabilité et donc un frein pour le futur postulant. L’Asavpa-Midi-Pyrénées propose pour y pallier la mise en place d’une réflexion ou d’une formation des employeurs sur l’organisation du travail et le remplacement du salarié. Une initiative à appuyer, selon elle, dans le secteur de l’élevage soumis aux plus grandes contraintes au quotidien.

Une affaire de motivation

La formation bénéficie ainsi d’une mauvaise image dans le milieu agricole. L’idée même de se former tout au long de la vie ne fait pas partie des automatismes, constate l’étude : « Alors que de plus en plus de jeunes démarrent dans le salariat agricole avec une solide formation agricole (Bac pro voire parfois BTS), il paraît regrettable de les voir ensuite “vivre sur leurs acquis” et parfois “s’enfermer” dans la vision d’un seul employeur, si bon soit-il techniquement ». Il faut « lever ces peurs et ces préjugés », conclut l’enquête. Même si in fine, rappelle Eric Pelrat, président de la Fédération régionale des Asavpa de Midi-Pyrénées, « la formation continue est avant tout une histoire de motivation ».

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