Le symposium international sur la biosécurité des OGM a dressé un bilan plutôt rassurant sur la biosécurité des OGM. Pour la première fois, les scientifiques ont aussi étudié la manière de communiquer avec le grand public, surtout lorsqu’il est composé largement de militants anti-OGM. Des principes d’ouverture qui ont ensuite trouvé leur application dans une séance ouverte au public. Les scientifiques ont mesuré le chemin qui reste à parcourir pour convaincre le grand public du bien-fondé de leurs recherches.
Jusqu’ici, tout va bien, ou presque. C’est en ces termes qu’on pourrait résumer le 8e symposium international sur la biosécurité des organismes génétiquement modifiés, qui s’est achevé le 30 septembre à Montpellier. Rassemblant 250 scientifiques de 45 pays, dont 27 pays en développement, il était cette année organisé par « l’International Society for Biosafety Research » en partenariat avec l’Inra et le Cirad. Organisé tous les deux ans, le symposium de cinq jours a consacré cette fois une demi-journée aux questions de communication entre les scientifiques et le grand public. En guise de travaux pratiques, il s’est achevé par une séance publique où les scientifiques ont résumé le colloque, donnant une vision plutot rassurante des OGM.
Marc Giband, du Cirad, a annoncé que « jusqu’à présent, les OGM n’ont pas provoqué de grandes modifications dans les systèmes dans lesquels ils ont été implantés». Marc Tepfer, de l’Inra, spécialiste des maladies virales chez les plantes, a certifié que « dans tout ce qu’on a vu, il n’y a rien qui permette de croire à l’apparition d’une maladie nouvelle liée aux OGM ». Quant à l’impact des OGM sur la flore microbienne du sol, Francine Casse, de l’Université Montpellier 2 s’est, elle aussi, voulue rassurante. A ce jour, aucun transfert de gène des plantes vers les bactéries du sol n’a pu être mis à jour, malgré des conditions expérimentales optimales pour un tel transfert. On a pu, en revanche, montrer une forte modification de la flore microbienne du sol, mais qui serait du même ordre que celle qui apparaît lors de n’importe quel changement de culture. Un tableau presque idyllique s’il n’y avait la question de la communication.
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Un débat houleux
Car les questions et commentaires qui ont ensuite fusé de la salle ont révélé l’océan d’incompréhension qui sépare encore les scientifiques de ce qu’il est convenu d’appeler « la société civile ». Il faut dire que les organisateurs avaient commis la maladresse, devant une assemblée composée en grande partie de militants anti-OGM, de faire figurer Monsanto et Limagrain parmi les sponsors. Marc Tepfer a eu bien du mal ensuite à convaincre l’assemblée que les résultats présentés venaient de recherches réalisées dans la plus parfaite indépendance. Parmi les remarques plus ou moins agressives venant de la salle, l’une des plus pertinentes interrogeait les chercheurs sur l’intéret pour les consommateurs de prendre un risque, même minime, sans contrepartie en matière de goût ou de santé. A quoi Klaus Amman, directeur du jardin botanique de l’Université de Bern, en Suisse, a répondu que les maïs Bt avaient des teneurs en mycotoxines nettement moins élevées que les maïs conventionnels. Reste que pour paraître crédible, les scientifiques ont dû concéder quelques ombres au tableau. On a ainsi appris que Bernard Valverde, chercheur au Costa Rica, avait fait un exposé très critique à l’égard du riz résistant au glyphosate, qui pourrait bien se croiser avec les variétés de riz sauvage et provoquer de sérieux problèmes de désherbage aux riziculteurs sud-américains. Le genre d’exposé qui, paraît-il, déplait fortement au sponsor Monsanto. Ces concessions n’auront pas suffi à calmer la salle, qui a entamé un concert d’invectives rythmé par des applaudissements. « Ce que vous avancez n’est absolument pas scientifique», s’est agacée l’universitaire (Montpellier 2) Francine Casse. Une fois de plus, la passion et la raison ne se sont pas comprises.