Les producteurs laitiers, mais aussi de porcs, ont manifesté pendant l'été dans de nombreux États membres pour demander de l'aide face aux difficultés de marché qu'ils connaissent. Les prix du lait ont reculé de 20% en un an mais restent à des niveaux « raisonnables » selon la Commission européenne.
Durant l'été, dans de nombreux pays européens (France, Royaume-Uni, Belgique, Portugal, Allemagne Espagne), les agriculteurs ont bruyamment fait part de leurs difficultés en particulier dans les secteurs du lait et du porc, notamment en bloquant des laiteries, des abattoirs ou en érigeant des barrages sur les routes. Une grande manifestation européenne est programmée le 7 septembre en marge du Conseil agricole exceptionnel qui doit traiter de cette question.
À l'échelle européenne, ce sont surtout les producteurs laitiers qui souffrent d'une chute des prix. Lors d'une conférence de presse sur la situation des marchés agricoles, le 26 août à Bruxelles, le commissaire européen Phil Hogan a estimé que le secteur européen n'était pas dans une situation de crise « mais qu'il avait des défis à relever » (1). Le cours moyen du lait dans l'UE se situait au 5 août à 30,03 centimes/l contre 36,9 cts un an auparavant, soit une baisse moyenne de 20%. Pour Bruxelles, il s'agit d'une volatilité normale au regard de la situation du marché qui appelle un ajustement de la production. « 30 cts/l est un prix raisonnable, même si dans certains États les prix sont inférieurs à ce niveau », a admis le commissaire européen. Selon lui, les problèmes sont surtout structurels. La contractualisation, notamment en France et au Royaume-Uni, fonctionne mal, a-t-il souligné.
Les quantités de poudre de lait et surtout de beurre stockées dans le cadre du programme d'aide au stockage privé européen ont fortement augmenté ces dernières semaines avec respectivement 43 637 t et 138 510 t stockées.
Hausse de la production européenne malgré tout
En effet, la crise chinoise, l'embargo russe, la hausse des coûts de l'alimentation animale et la surproduction internationale (en particulier en Océanie et aux Etats-Unis) pèsent sur les cours. Le premier exportateur mondial de lait, la coopérative néo-zélandaise Fonterra, a annoncé début août une nouvelle baisse du prix d'achat à ses producteurs (à 2,3 euros par kilo de matière sèche pour la saison se terminant le 31 mai 2016), à cause d'une faible demande et des stocks excédentaires. Les prix fixés par la coopérative influencent les cours du lait au niveau mondial.
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Dans l'UE, en 2014, la production de lait avait augmenté de 4,5% en prévision de la fin des quotas laitiers. Et malgré la baisse des prix, les livraisons de lait en 2015 sont attendues près de 1% au-dessus de 2014. Le recul de 1,2% de la collecte observé au cours des trois premiers mois de l'année pourrait être compensé par une augmentation de 1,6% par rapport à l'année dernière, dans les derniers mois de l'exercice.
La filière porcine française en difficulté
Le secteur européen du porc subit lui aussi l'embargo à la fois politique et sanitaire imposé par la Russie. Mais les situations sont très variables selon les États membres. C'est dans les États baltes, dont la production était expédiée en grande partie vers la Russie, que la situation est la plus problématique. En France, les éleveurs se sont mobilisés tout l'été. Des camions transportant du porc venant d'Espagne ont subi des agressions en France, et des barrages filtrants ont été installés à la frontière allemande. Mais la situation y est davantage le fruit de problèmes structurels, à la fois de compétitivité et de répartition des marges au sein de la filière.
(1) Voir même numéro