Le 19 juin, le syndicat des trieurs à façon de France (Staff) a martelé son souhait d’intégrer l’interprofession des semences. Il regrette l’absence autour de la table du Gnis des trieurs, des Cuma et des agriculteurs qui, avec la semence fermière, représentent 60 % de la production totale de semence en France.
« Comment se fait-il qu’une profession qui fait six millions de quintaux de semences de céréales à la ferme, pendant que l’industrie en produit quatre millions, ne soit pas représentée dans l’interprofession ? lance Sylvain Ducroquet, président du syndicat des trieurs à façon (Staff), lors d’une conférence à Paris le 19 juin. Comment peut-on prendre des décisions sur les questions sanitaires, les royalties, les homologations, les mélanges de variétés… sans tenir compte de la majeure partie de la production française ? » La question a été posée aux ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture en début d’année, mais pour l’heure, pas de réponse. Toutefois, le Staff n’en démord pas et promet de revenir à la charge dès la fin juin.
Encore un peu de patience
Voilà des années que le Staff frappe à la porte du Gnis, sans qu’elle ne s’ouvre. En 2011, alors que la loi relative aux certificats d’obtention végétale venait apaiser les relations dans la filière, l’éventualité d’intégrer les semences de ferme à l’interprofession avait été abordée, sans toutefois déboucher sur le moindre accord. « Ça prend du temps, mais ça va se faire », souffle Sylvain Ducroquet. Pour l’heure, le Gnis regroupe les sélectionneurs, les producteurs de semences certifiées, et leurs distributeurs. Le Staff mise aujourd’hui sur l’ambiance des États généraux de l’alimentation (Egalim) pour forcer encore les verrous. Dans ce cadre, le ministère avait sommé le Gnis de lui remettre une feuille de route sur l’avenir de l’ensemble des semences et des plants. Ainsi le plan filière a-t-il été remis au ministre de l’Agriculture le 15 décembre 2017, soumettant notamment l’hypothèse d’intégrer aux travaux de l’interprofession les associations de consommateurs et les ONG. Pourquoi pas aux semences de ferme ? Le Staff compte bien glisser un pied dans cette porte entrouverte. « Pour ouvrir l’interprofession, la fenêtre de tir est bien plus forte qu’avant », estime Sylvain Ducroquet.
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« Comment se fait-il qu’une profession qui fait six millions de quintaux de semences de céréales à la ferme ne soit pas représentée dans l’interprofession ? »
Le Staff veut tirer profit des évolutions réglementaires sur les pratiques agricoles
Pour Sylvain Ducroquet, les pratiques agricoles changent, et cela pourrait jouer en faveur des semences de ferme. Il fait notamment référence au plan Ecophyto et aux certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP) qui selon lui sont une véritable aubaine. Le Staff a d’ailleurs déposé deux dossiers : l’un pour demander que l’usage des trieurs mobiles soit reconnu comme une pratique économe en intrants ; l’autre sur l’intérêt des mélanges de variétés, dont l’Inra a déjà souligné l’intérêt agroécologique. « Le premier plan Ecophyto n’a pas permis de réduire la consommation de produits phyto, alors qu’il était question d’en consommer deux fois moins, rappelle Sylvain Ducroquet. Pour le second plan de 2015 à 2025, avec les CEPP, les semences de ferme ont une carte à jouer. Si demain elles sont référencées comme étant une pratique économe en produits phyto, un distributeur pourra justifier d’avoir réduit ses intrants en faisant appel à un trieur pour ses agriculteurs. »