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Semences Les semenciers veulent voir la légitimité de leur métier reconnue

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Malmenés par le Grenelle de l’environnement, les semenciers avaient décidé le 24 avril de faire entendre leur voix en organisant un colloque sur le thème « semences et société ». Les intervenants se sont tous retrouvés autour d’un mot d’ordre : investir dans la recherche.

Faire passer quelques messages... et se donner du baume au cœur. Tel était l’objectif des semenciers qui avaient convié, en cette mâtinée du 24 avril, les pouvoirs publics, l’INRA, les producteurs de blé (AGPB) et quelques autres invités à exprimer leur attachement au secteur des semences. Bousculés par le Grenelle de l’environnement et régulièrement mis en accusation par les écologistes notamment sur le dossier OGM, les semenciers avaient à coeur de faire passer un message positif. « On a pu entendre beaucoup de contre-vérités » avec le Grenelle de l’environnement a souligné en introduction Robert Pellerin, président du Groupement national interprofessionnel des semences (Gnis), devant un auditoire de plusieurs centaines de personnes.

Hausse de productivité

Du soutien, les semenciers en ont reçu. « Nous avons besoin de la recherche (...) et nous devons donner toute sa place aux ressources génétiques » a affirmé Judith Jiguet, directrice-adjointe du cabinet de Michel Barnier. « Etre moins dépendant des phytosanitaires, développer les biocarburants de seconde génération, la chimie végétale... tout cela passe par la sélection des plantes » a indiqué la représentante du ministre de l’Agriculture, tout en soulignant l’importance à « rester dans la course » en matière de biotechnologies. Et d’ajouter : « aujourd’hui, c’est l’intensification écologique qu’il faut viser » dans un monde qui comptera 9 milliards d’habitants en 2050.

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Du côté des agriculteurs, le soutien est également sans équivoque. « La hausse de la productivité depuis 30 ans, on le doit à 50% au progrès génétique » explique Philippe Pinta, le président de l’AGPB (association générale des producteurs de blé). La qualité technologique de la semence est « majeure », surtout dans un objectif de régularité des rendements, souligne le reponsable professionnel. Sans régularité, certaines cultures sont progressivement abandonnées par les agriculteurs, ajoute-t-il, à l’image du pois préotéagineux dont les différences de rendement peuvent varier « de 2 à 2,5 tonnes à l’hectare ». Pour Philippe Pinta : « il faudra intensifier la recherche sur la productivité ; il faut investir dans la recherche ! ». Un credo que reprendra à son compte Luc Ferry, ancien ministre de l’Education nationale et de la recherche. « C’est par plus de science qu’on règlera les problèmes du monde et notamment les problèmes alimentaires » a martelé le philosophe, fustigeant le Grenelle de l’environnement et ces écologistes qui « valorisent la peur ». Seul semencier en tribune, Daniel Segonds - vice-président du GNIS et président du directoire de RAGT - relaie le message : il faut développer la recherche, notamment la recherche publique, et « maintenir le progrès génétique ». Interpellée par ces propos, Marion Guillou, la présidente de l’INRA, ne cacha pas que son institut - et le monde scientifique en général - rencontraient de vrais problèmes face à l’augmentation des coûts de la recherche. En outre, pas question pour l’INRA de privilégier un type d’agriculture. « La variété des approches » est une des lignes directrices de l’INRA a insisté Marion Guillou.

Seule note un peu discordante dans ce débat très consensuel, la vidéo enregistrée de Jean-Claude Bévillard, le responsable « agriculture » de France Nature Environnement (FNE). Pour le représentant écologiste, l’agriculture à bas niveau d’intrants est un impératif. Il y aura nécessité d’être « inventif », de renouer avec les variétés anciennes et de « faire sauter les blocages » dans le secteur des intrants.