Depuis décembre dernier, le ministre de l'Agriculture enchaîne les tables rondes dans les filières viande bovine, porc et lait, et les mesures d'urgence à destination des éleveurs. Cette série d'interventions devait trouver sa conclusion avec le « plan de soutien de l'agriculture », le 22 juillet dernier. Il sera finalement renforcé suite aux mobilisations de la FNSEA et des JA, par un autre plan, le 3 septembre, annoncé par le Premier ministre en personne.
La réponse du gouvernement à la crise que connaissent les productions laitière, bovine, et porcine, a connu une lente montée en puissance tout au long de l'année 2015. Dès le 5 décembre 2014, le ministre de l'Agriculture annonçait, la mise en place de « cellules d'urgence départementales » à destination des éleveurs de bovins viande en difficulté. Des reports de cotisations sociales MSA et des prises en charge pour les plus touchés sont alors annoncés, à hauteur de 3,5 millions d'euros.
Le 17 février, c'est au tour des producteurs de porcs de bénéficier de ces cellules d'urgence. Les plus touchés bénéficieront également de reports ou prises en charge de cotisations MSA (4 millions d'euros), et accès au Fonds d'allègement des charges financières (5 millions d'euros). Cinq mois plus tard, le ministère obtient des deux enseignes de grande distribution E. Leclerc et Intermarché, qu'ils soutiennent, au travers de leurs outils industriels, les prix payés aux producteurs de porc (et de bovins viande dans le cas des Mousquetaires). Celles-ci ne seront pas toujours respectées par E. Leclerc.
Le 12 juin, Stéphane Le Foll annonce, en plus de l'encadrement des promotions dans la filière porcine, une allocation de 5 millions d'euros supplémentaires à l'allègement des cotisations MSA des producteurs de porcs en difficulté. L'objectif sera bien, désormais, de supprimer et non plus de reporter le paiement des cotisations MSA.
Le 17 juin, à l'issue d'une table ronde organisée au ministère de l'Agriculture, les producteurs de bovins viande obtiennent de l'aval des engagements d'augmentation des prix. Ceux-ci seront diversement respectés par les industriels. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll annonce, le même jour, le doublement de l'enveloppe de crédits pour la prise en charge des cotisations sociales MSA en bovins viande, la portant ainsi à 7 millions d'euros. Comme en porc, l'objectif est désormais d'effacer les cotisations.
Le 22 juillet, le ministre de l'Agriculture annonce à l'Elysée un « plan de soutien à l'élevage » de 600 millions d'euros, dont 115 M€ d'exonérations de charges (taxe foncière, cotisations MSA, fonds d'allègement des charges) et 500 millions de reports (impôts sur le revenu et les sociétés, mensualisation de l'encaissement de la TVA, et reports de cotisations MSA).
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Le 24 juillet, Stéphane Le Foll, à l'issue d'une table ronde sur la filière laitière, annonce qu'une hausse des prix des produits laitiers serait répercutée « en entier » sur les producteurs. Ainsi, jusqu'à la fin de l'année 2015, les prix devraient remonter et être maintenus à hauteur de ceux de la fin de l'année 2014 (340€/t), selon le ministère.
Le 3 septembre, le Premier ministre renforce le plan de soutien annoncé en juillet. Il porte les prises en charge d'intérêts d'emprunt à 100 M€, les prises en charge de cotisations sociales à 50 M€, annonce une « année blanche » pour 2015, c'est-à-dire un report des annuités de l'année. Il annonce un alignement de la cotisation minimum maladie sur les régimes des indépendants permettant une baisse d'environ 50 M€ des cotisations sociales. Une dotation supplémentaire viendra abonder le Fonds d'allègement des charges. Les moyens publics de soutien à l'investissement seront portés à 350 M€ par an durant trois ans (200 M€ jusqu'ici). Quant aux outils d'abattage et de découpe, les subventions de l'Etat seront portées de 20 à 50 M€ en 2015.
Coop de France a regretté le 3 septembre que les mesures gouvernementales en faveur de l'élevage « ne tiennent pas compte de la réalité des marchés ». « La fixation artificielle des prix au sein des filières met en grave danger les industriels qui sont exposés aux marchés européen et international », souligne un communiqué. Et d'ajouter : « Comment peut-on proposer de sauver la production agricole en sacrifiant les outils de transformation ? Aucune mesure n'a été annoncée quant à l'analyse des distorsions de concurrence qui existent à l'échelle européenne en matière sociale et fiscale. » Coop de France déplore aussi l'absence d'an-nonce sur l'étiquetage de la viande française. Tout en saluant les mesures permettant de soulager les trésoreries des éleveurs les plus en difficulté, les engagements en termes d'investissement et de normalisation, le syndicat dit maintenir son combat par rapport à la compétitivité. « L'enjeu du conseil des ministres de l'Agriculture du 7 septembre à Bruxelles devient plus crucial encore : faire sortir la France de la situation de décrochage qui est la sienne par rapport à ses compétiteurs européens », déclare le président Philippe Mangin, cité dans le communiqué.
Réagissant aux annonces de Manuel Valls en faveur de l'agriculture, Orama s'est déclarée le 3 septembre « très vigilante » sur le passage de la parole aux actes. L'union des syndicats de grandes cultures prend note des « engagements de principe » du Premier ministre en matière de « simplification et de pause des normes, traitement fiscal de la volatilité des prix, modernisation des outils de production, amélioration de la performance des exploitations, innovation en agricul-ture, énergies renouvelables », selon un communiqué. Orama dit maintenir ses revendications sur la liberté d'entreprendre et la fin des distorsions de concurrence. « La participation de nombreux producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux à la grande manifestation des agriculteurs aujourd'hui à Paris a illustré leur exaspération face aux orientations qui impriment la politique agricole menée en France depuis des années », souligne-telle.