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Les start-up de la viande végétale veulent contester le décret interdisant les dénominations animales pour leurs produits

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Les substitus végétaux sont concernés par le décret publié le 27 février 2024. Crédits : © Pixabay/kmw737

Les producteurs français de viandes et charcuteries végétales dénoncent la contradiction de l’Etat qui appuie le développement des substituts végétaux et prend des mesures pour freiner les ventes de ces produits. Un recours en Justice est planifié.

C’est une liste très longue que contient le décret paru au Journal officiel le 27 février 2024 : celle de toutes les dénominations qui sont désormais réservées à des produits carnés, qu’ils soient composés exclusivement de viande ou bien qu’ils contiennent un petit pourcentage (au maximum 6% pour certains produits) de protéines végétales.

Il s’agit bien sûr des steaks, mais aussi des saucisses, filets, jambon, lardons, bacon, etc. La liste est très complète (cliquez ici pour accéder au texte du décret) et ne laisse aucune possibilité d’afficher sur un emballage qu’il s’agit d’un steak ou d’un jambon même si l’adjectif végétal est clairement indiqué. 

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« On prend les consommateurs pour des idiots, car un steak s’il est végétal, c’est clairement marqué dessus », s’étonne Martin Habfast, cofondateur de la strat-up Umiami, qui a mis au point un filet de poulet végétal, prochainement produit à grande échelle à partir d’un site industriel en Alsace. Or tout l’intérêt de son produit réside dans sa texture qui imite celle du filet de poulet. Les clients industriels ne se sont pas manifestés auprès d’Umiami, mais ces derniers devront trouver de nouvelles dénominations pour informer les consommateurs finaux.

Même incompréhension du côté de La Vie, marque de charcuterie végétale qui présente ses produits comme des imitations pures et simples du jambon, du bacon et les lardons. Et n’hésite pas à utiliser les termes traditionnels charcutiers sur ses emballages et sa communication. « On tient aux dénominations jambon, lardon et bacon tout simplement car c’est le plus explicite pour les consommateurs, qui d’ailleurs ne confondent jamais nos produits avec les produits animaux », constate Nicolas Schweitzer, fondateur et PDG de La Vie.

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« C’est complètement contradictoire avec la politique de l’État consistant à appuyer la végétalisation de l’alimentation et la réindustrialisation », souligne encore Martin Habfast. Umiami est bien placé pour le savoir puisque le outil industriel a bénéficié du soutien de l’État par l’intermédiaire de Bpifrance, actionnaire de la société, et grâce à des prêts et des subventions étatiques. « Sous couvert de transparence pour les consommateurs, cette décision freine la transition écologique et met en péril une industrie locale en plein essor », souligne également La Vie, qui dénonce « l’absurdité d’un décret soutenu par les lobbies de l’élevage intensif et de la viande industrielle ».

Distorsion de concurrence

Les acteurs français de la viande végétale sont d’autant plus inquiets que le décret s’applique seulement à ceux fabriquant leurs produits en France, favorisant ainsi « les filières étrangères qui produisent en dehors de l’Europe et pourront donc continuer à commercialiser des "steaks végétaux" en France », selon La Vie. « En ne ciblant uniquement que les entreprises produisant en France, ce décret va à l'encontre de l'agriculture française qui vend aux industriels français leurs récoltes. Au contraire, ce sont les industriels européens qui sont ensuite favorisés sur le marché français. Cela désavantage les acteurs locaux et freine leur capacité à innover pour répondre à la volonté croissante d’une alimentation plus végétale » s’inquiètent Guillaume Dubois et Cédric Meston, cofondateurs de Happyvore, cités dans un communiqué.

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Les sociétés françaises concernées – La Vie, Happyvore, Umiami, Accro, Olga et Nutrition & Santé - sont en train de se regrouper pour créer un collectif en vue de saisir le Conseil d’État. Et obtenir un sursis pour éviter d’avoir à revoir leurs emballages et leur communication.

En 2022, un premier décret anti viande végétale avait été retoqué par le Conseil d’État, avant que l’affaire ne soit portée devant le Cour de Justice de l’UE, qui ne s’est pas encore prononcée.