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Elections aux chambres d’agriculture Les syndicats affichent leurs objectifs

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Le 9 janvier, à quelques jours des élections aux chambres, les responsables syndicaux nationaux se sont réunis afin de débattre des grands sujets agricoles. Respect de l’environnement, compétitivité, revenus agricoles, sont autant de sujets qui divisent les différentes obédiences syndicales. Seul point commun entre les différents candidats : la volonté d’emporter un maximum de chambres afin d’imposer sa vision de l’agriculture. Le corps professionnel agricole a jusqu’au 31 janvier, date de clôture du scrutin, pour faire son choix.

Les listes départementales pour les élections aux chambres sont déposées en préfecture depuis le 2 janvier. Et, pour la première fois, la Coordination rurale et la Confédération paysanne seront présentes dans l’ensemble des départements français. Mais cette nouveauté ne semble pas inquiéter les représentants FNSEA/JA qui projettent même de « faire mieux qu’en 2007 », a prévenu Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, lors d’un débat organisé le 9 janvier par l’Association française des journalistes agricoles (Afja). La centrale agricole a un autre objectif : mobiliser le plus de paysans possible pour réduire l’abstention. Crédité de 55,19% de vote à l’échelle nationale en 2007 pour le collège des exploitants, la FNSEA/JA avait conforté son statut de syndicat majoritaire mais échoué à conquérir quatre chambres départementales. Un échec relatif, mais que compte bien réparer la centrale agricole. « L’objectif c’est de (…) gagner les chambres d’agriculture de Mayotte, de la Réunion, du Lot et Garonne et du Calvados », a indiqué Gaël Gauthier, secrétaire général des Jeunes agriculteurs, lors de ce débat. Une position que n’a pas manqué de critiquer Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. « Je ne suis pas animé de la même volonté hégémonique que Dominique Barrau et notre ami des JA », a-t-il ironisé. L’organisation professionnelle a préféré se garder de tout pronostic. Le discours a moins de retenue à la Coordination rurale. « Quand on rentre dans le stade, ça n’est jamais pour perdre », a soutenu François Lucas, vice-président de la Coordination rurale. « Notre objectif est de garder nos deux chambres mais aussi d’en conquérir un certain nombre ». Depuis plusieurs mois, les dirigeants de la CR le martèlent dans les médias : leur syndicat sera majoritaire dans une quinzaine de chambres à l’issue des élections et veut faire plonger la FNSEA sous la barre des 50%.

Défendre le revenu agricole

L’engagement dans cette « exercice démocratique » que sont les élections aux chambres est certainement le seul point qui rassemble les trois syndicats. Lorsqu’il s’agit de proposer des solutions pour améliorer les conditions de vie des agriculteurs, les clivages apparaissent. Parmi ceux-là : le revenu agricole. Fer de lance de la campagne FNSEA/JA, la hausse du revenu des agriculteurs passera par un gain de compétitivité. « 40 ans de baisse des revenus, ça suffit ! », a martelé Dominique Barrau. Pour infléchir la tendance, il faudra diminuer le coût du travail, développer des investissements et mettre en place une politique de recherche ambitieuse, selon le secrétaire général. Il faudra que l’accord du 3 mai soit rendu « plus réactif, plus ambitieux, et mieux appliqué ». Lors de la campagne, la centrale agricole a également plaidé pour un Smic européen afin de lutter contre les distorsions sociales au sein de l’Union.

Mieux valoriser les produits et protéger les frontières

Mais « qu’est-ce que la compétitivité ? », a interrogé Philippe Collin. « Si c’est d’avoir les coûts de production les moins élevés possible, on n’y arrivera pas », a prévenu le porte-parole de la Confédération paysanne, « excédé par la recherche de modèle » et la compétition à tout va. Et pourtant, c’est bien le modèle industriel allemand qui séduit le syndicat. Le redressement des prix, et donc de l’agriculture française, passera en effet, selon lui, par une meilleure valorisation des matières premières produites en France. Et, pour cela, il faudra « casser la concentration des exploitations », soutenir les filières de qualité, mais aussi « s’inspirer de l’excellence industrielle de l’Allemagne ». La Coordination rurale, elle, propose plus simplement de « s’isoler des variations mondiales » en établissant des « protections aux frontières de l’Europe », a indiqué François Lucas, vice-président du syndicat. La CR plaide également pour la mise en place, à l’intérieur de chaque filière, d’un dispositif permettant de maintenir un équilibre entre l’offre et les besoins. Concrètement, il s’agit de tunnels de prix à imposer dans chaque filière. La règle est simple : dès que les cours sortent du tunnel, l’Etat doit intervenir. Ce système aurait la particularité de soulager le budget européen, selon la Coordination rurale.

Moins d’écologie, plus d’agronomie

Autre levier pour améliorer les revenus des agriculteurs : « Remettre les agriculteurs dans un système agronome », soutient François Lucas. Une agriculture raisonnée, bien loin des « contraintes environnementalistes » de l’Europe et de la France. Le vice-président de la CR n’hésite d’ailleurs pas à qualifier le verdissement d’ « insulte à l’humanité ». Sur le sujet de l’environnement, la Coordination rurale est habituée aux positions tranchées. L’organisation professionnelle n’a, par exemple, pas hésité à réaffirmer fin novembre, lors de son congrès national, « l’imposture » des algues vertes. « Rien ne prouve que l’activité agricole est lié à leur prolifération ». La FNSEA est, elle aussi, virulente envers la façon dont est abordée la question environnementale en France et en Europe. « Lorsque les mesures qui nous sont imposées sont incohérentes sur le plan agronomique ou économique, sont sources de complexité aberrante et parfois même se télescopent les unes avec les autres, nous saurons faire connaître les lignes rouges », avait prévenu Xavier Beulin, président de la FNSEA lors du lancement de la campagne en octobre dernier. La Confédération paysanne a défendu de son côté « l’intérêt économique qu’il y a à produire autrement ».
La campagne bat actuellement son plein sur le terrain avec des réunions qui se multiplient dans les départements. Pour trancher entre les différentes visions, le monde agricole a désormais jusqu’au 31 janvier pour voter. L’envoi du matériel de vote est programmé à partir du 21. En ligne de mire : les 4 200 sièges au conseil d’administration des 114 chambres départementales et régionales.

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