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Accord de libre-échange Les syndicats agricoles craignent la concurrence du maïs ukrainien

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La Coordination rurale s'est inquiétée le 25 mars de la « concurrence déloyale » pour le maïs français de la part de l'Ukraine, alors que Bruxelles envisage de signer bientôt un accord de libre-échange avec Kiev. À l'AGPM, on craint les effets d'une moindre protection douanière en cas de rechute des prix mondiaux.

«ALORS que les producteurs français de maïs subissent depuis six mois des prix en retrait de 30 euros/tonne par rapport au prix du blé à cause notamment de la concurrence ukrainienne, l'UE s'apprête à faciliter encore cette concurrence déloyale en ouvrant davantage le marché aux produits agricoles ukrainiens », dénoncent dans un communiqué la Coordination rurale (CR) et sa branche grandes cultures, l'Organisation des producteurs de grain (OPG).

La Commission européenne s'est dite prête, début mars, à signer un accord de libre-échange avec l'Ukraine, pour aider le pays en pleine crise avec la Russie. Dans ce cadre, un quota d'importation à droit nul est prévu pour le maïs, de 400 000 t à partir de juin prochain jusqu'à 650 000 t au bout de cinq ans.

« Les droits de douane limitent l'exposition du marché européen à un effondrement des prix mondiaux, rappelle à l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs) Matthieu Çaldumbide, responsable du service économique. Sans eux, la pression sur les cours sera plus forte dès le franchissement d'un plancher. » La règle actuelle fixe des droits de douane permettant d'aligner les produits importés sur une base minimum de 155 % du prix d'intervention, soit 157 euros/t.

« Importations massives »

« En quatre ans, l'Ukraine a quadruplé ses exportations de maïs sur le marché mondial, calcule Thomas Joly, chargé de mission Economie à l'AGPM. Elles atteignent entre 18 et 19 Mt, dont 40 % vers l'UE. » Cela vient concurrencer le maïs français sur des destinations traditionnelles comme l'Espagne, l'Europe du Nord. Une incursion en Bretagne est même signalée depuis deux ans, essentiellement chez les fabricants d'aliments du bétail.

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« Les problèmes actuels de l'Ukraine ne gênent en rien ses exportations agricoles », avance la CR. « Sur cette campagne, l'Ukraine va exporter 30 Mt de céréales (...) dont 19 Mt de maïs, soit plus que la production française de 13 Mt », souligne le syndicat, pour qui « la chute du prix du maïs français au-dessous du seuil de rentabilité pour nos agriculteurs est due à l'importation massive de maïs ukrainien au sein de l'UE ». Une affirmation à nuancer, puisqu'à l'abondante récolte ukrainienne s'ajoutent des productions records dans bon nombre de pays, Etats-Unis inclus, qui pèsent sur les cours mondiaux.

Un marché « déstructuré »

« Curieusement, la filière française est silencieuse face à ces importations de maïs qui déstructurent le marché européen, affirme le communiqué de la CR. Ce mécanisme pervers permet en fait de réexporter plus de blé sur les pays tiers : plus on importe de maïs, plus on a de blé à exporter ! ». « On sacrifie le maïs, car il a un coût de revient plus important que le blé. Et le prix du blé est plus élevé », estime Jacques Commère, responsable de l'OPG qui suspecte une volonté d'avantager le blé. « Ce jeu est très dangereux, poursuit le communiqué. L'UE a déjà abandonné les protéines végétales et se trouve dépendante des importations de soja OGM pour nourrir son bétail. Si l'UE poursuit dans cette voie, dans quelques années la sole de maïs se réduira au profit de la monoculture de blé, les élevages devront avoir recours à des importations de maïs OGM. »

Des semis ukrainiens incertains

Reste des doutes sur l'évolution de la concurrence de l'Ukraine, liées aux difficultés économiques du pays. Dans sa dernière note de marché hebdomadaire, l'AGPM juge les prochains semis « incertains ». « La dévaluation de la hryvnia et l'état des trésoreries des producteurs ukrainiens confortent l'idée d'une réduction des surfaces en maïs au profit d'autres cultures moins onéreuses, explique Thomas Joly. Des conduites de culture à l'économie, avec moins d'engrais, des variétés moins performantes pourraient affaiblir les rendements. »