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Les syndicats agricoles manquent d’arguments sur la grande distribution

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Les premières auditions dédiées au monde agricole de la commission d’enquête sur la grande distribution n’ont apporté que peu d’éléments. Les agriculteurs n’étant guère en contact direct avec les enseignes. Un seul constat : ils sont mal payés. Pourquoi ? Les prochains auditionnés tâcheront d’y répondre avant la publication du rapport fin septembre.

Méthode de récolte des oranges en Espagne, peste porcine africaine (PPA) en Chine, séparation des activités de vente et de conseil des produits phytosanitaires, pénalités lors des conversions en bio, conditions hygrométriques en magasin, l’ensemble des sujets abordés lors des premières auditions par la commission d’enquête sur la grande distribution et leurs relations avec leurs fournisseurs a été vaste.

Le président, Thierry Benoit, député UDI, et le rapporteur, Grégory Besson Moreau, député LREM, ont bien tenté de recadrer le débat. Ils ont cherché des exemples concrets, rappelé que les auditionnés avaient prêté serment. « Je vais reposer ma question car ce n’est pas assez précis », s'est agacé le rapporteur envers Marie‑Thérèse Bonneau, vice‑présidente de la FNPL (producteurs de lait). « Pouvez-vous répondre de manière plus précise et plus concise ? », a renchéri le président. Et la situation s’est répétée pour quasiment chaque audition. « Vous n’avez pas répondu à cette question tout à l’heure... » s’impatiente Grégory Besson-Moreau face à Nicolas Girod de la Confédération paysanne.

Peu d’éléments factuels

Mais les députés ont souvent dû se contenter de propos vagues, peu concrets, voire anecdotiques. Les syndicats agricoles ont botté en touche, arguant ne pas être présents dans les box de négociations et n’être que très marginalement en contact direct avec les distributeurs. Le plus souvent, les industriels en sont les intermédiaires. « Vous me demandez ce qui se passe dans les box. En tant que producteurs, nous ne pouvons que constater l’opacité », s’irrite Patrick Bénézit, vice-président de la FNSEA.

Quelques pistes, la plupart déjà connues, ont émergé, notamment en fruits et légumes frais, secteur où les agriculteurs sont les plus susceptibles de vendre directement à la grande distribution. Raymond Girardi, vice-président du Modef, a fait état de chantage aux importations. Daniel Sauvaitre, secrétaire général de l’interprofession des fruits et légumes frais, a expliqué que l’augmentation du seuil de revente à perte (SRP) avait eu pour effet pervers de faire baisser les prix payés aux producteurs pour certaines productions. « Il y a, pour les fruits et légumes, de nombreux produits dont les prix psychologiques sont à 0,99 euro. Et bien, quand vous gardez ce 0,99 d’avant, cela amène le distributeur à appeler son producteur pour lui dire : ‘il faut que tu me fasses moins cher, puisque je dois respecter le coefficient et je veux toujours afficher 0,99’», a-t-il déploré lors de son audition.

Un ruissèlement qui ne fonctionne pas

« S’il faut retenir une chose c’est que la loi Egalim a porté ses fruits mais que, sur les prix, le compte n’y est pas », résume Grégory Besson Moreau, interrogé par Agra Presse. « Les agriculteurs nous rapportent que les industriels leur disent : ‘nous n’avons pas d’argent pour vous payer plus car nous-mêmes on ne nous paye pas plus et même moins’. Ils subissent un vrai manque de transparence ». Celui qui fut également rapporteur de la commission d’enquête de l’affaire Lactalis rappelle qu’il ne s’agit pas d’une évaluation de la loi Egalim – une mission d’information s’en charge- mais bien de « recréer du lien entre les trois maillons de la filière alimentaire ». Et, si besoin, « d’injecter une petite dose de contrainte législative » là où la loi Egalim a « privilégié la carotte ».

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« Quand on voit que le chiffre d’affaires de Coca-Cola monde est plus petit que celui de Leclerc France, on imagine que la puissance de frappe de la grande distribution est colossale », observe le rapporteur. « Mais ce n’est en aucun cas une enquête à charge contre la grande distribution », nuance-t-il, assurant croire dans les trois modèles : agricole, agroalimentaire et de la grande distribution.

« Vous me demandez ce qui se passe dans les box. En tant que producteurs, nous ne pouvons que constater l’opacité »

« Ce n’est en aucun cas, une enquête à charge contre la grande distribution »

La grande distribution ferait du chantage aux MDD

La fabrication de produits sous marque de distributeur, « c’est vraiment subi », a lâché Jean-Marc Lévêque, président de Synabio (entreprises bio) mais également directeur développement durable chez Triballat Noyal (marque Vrai) face la commission d’enquête parlementaire sur les pratiques de la grande distribution, le 2 mai. Il évoque des menaces de déréférencement sur les marques nationales si un industriel refuse de fournir une enseigne en MDD. Lors de l’écriture de la réglementation bio comme signe officiel de qualité, il avait été envisagé d’interdire, comme en label rouge, l’utilisation du label AB sur les MDD. « Mais à l’époque nous ne pensions pas que la bio pouvait un jour entrer dans les supermarchés, déplore-t-il. Nous n’avons pas fait ce choix, on le regrette un peu aujourd’hui ».

Pour l’Inaporc, l’OFPM est sans d’intérêt dans les relations commerciales

« L’Observatoire [de la formation des prix et des marges] donne la température de l’année passée. De mon point de vue, il n’a aucun intérêt sinon de montrer et de faire constater », commente Guillaume Roué, président de l’interprofession porcine. À rebours d’une grande partie du monde agricole, il estime que la prise en compte, dans le calcul du prix, des indicateurs fournis par l’OFPM n’a que peu d’intérêt. « C’est la température de l’année à venir qui nous intéresse, justifie-t-il. C’est pourquoi nous [l’Inaporc] avons décidé de nous rapprocher de la réalité du marché et de publier nos indicateurs avec un mois de décalage ».