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Négociations Les syndicats agricoles veulent compter

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Les syndicats agricoles ont l’impression d’être les grands oubliés de la négociation des retraites qui a débuté avec des prévisions de déficit à l’horizon 2030 qui donnent le vertige. Dans ce contexte alarmiste, les syndicats agricoles veulent compter dans les négociations. D’autant plus que les retraites de leurs aînés sont dramatiquement basses, au regard des niveaux de pension du régime général et malgré les efforts de rattrapage.

«Nous allons rencontrer très vite Eric Woerth, le ministre du Travail, pour qu’il n’oublie pas nos anciens dans sa réforme des retraites ». C’est ce qu’a déclaré, le 1er avril Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA en clôture de son congrès. Sauf que depuis cette certitude, aucun rendez-vous n’a été fixé. La FNSEA a pourtant, pour l’occasion une double casquette, en tant que syndicat de défense des employeurs et des chefs d’exploitation. Le 15 avril, la FNSEA attendait toujours son rendez-vous avec le ministre, Eric Woerth, chargé de cette négociation par Nicolas Sarkozy. Le leader de la FNSEA espérait le dénouement de cette attente tout prochainement.

Grande vitesse
On sait que cette négociation à haut risque pour le gouvernement sera menée à un train accéléré. François Lucas, le président de la Coordination rurale s’est fendu, le 14 avril d’un courrier à Bruno Le Maire mettant en avant le rythme accéléré de la consultation des partenaires sociaux, pour s’étonner que la CR n’y soit pas encore conviée. Le syndicat minoritaire souhaite faire valoir son point de vue sur les retraites agricoles et demande au ministre de l’Agriculture de l’intégrer parmi les organismes qui seront consultés. Mais Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture, ne semble pas jusqu’ici vouloir s’impliquer directement dans ce dossier. Il n’a pas évoqué ce sujet des retraites agricoles en réponse à Jean-Michel Lemétayer lors du congrès de la FNSEA. Il n’a pas communiqué depuis le lancement de la négociation. Ce qui n’est pas sans étonner les syndicalistes agricoles de tout bord. « Il ne se passe rien », constatait Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. Le ministre a sans doute mieux à faire ! » « Force est de constater qu’il ne se passe pas grand-chose à ce jour », renchérissait Jean-Bernard Bayard, le secrétaire général adjoint de la FNSEA, le 13 avril, Pire, « nous avons l’impression d’être un peu orphelins », expliquait-il.

Un lieu d’expression
Dans un contexte où le régime agricole devient de moins en moins spécifique pour être progressivement fondu avec le régime général, notamment au niveau de l’assurance-maladie, la tutelle ministérielle n’est plus exclusive au ministère de l’Agriculture mais se partage. Depuis la RGPP (Révision générale des politiques publiques), le dossier des retraites agricoles est directement géré par le ministère du Travail. Ainsi, le Conseil supérieur des prestations sociales agricoles devient une sorte de commission officieuse. « J’ai fait plusieurs demandes répétées au ministre pour que cette commission redevienne ce qu’elle a été », explique le syndicaliste de la FNSEA. À savoir, un lieu d’expression de l’ensemble du monde agricole et de ses positions. D’autant que les retraites dans le secteur agricole sont un sujet qui fait l’unanimité quant à leur niveau extrêmement faible, rappelle François Lucas dans sa lettre. Ce serait presque un sujet consensuel dans le monde agricole. Ce qui est suffisamment rare pour être mentionné et porté d’un point de vue syndical et politique. « On tient à cette tutelle du ministère de l’Agriculture », assure Jean-Bernard Bayard.

Plus de régime spécifique ?
La discrétion du ministre peut alors s’expliquer, selon certains, comme un signe politique de la volonté du gouvernement d’adosser un pan du régime des retraites agricoles sur le régime général. Certaines spécificités entrant dans le calcul des retraites agricole pourraient évoluer comme la prise en compte de la carrière complète. Dans tous les cas, « on doit avoir la parole à ce sujet et explorer les possibilités », souligne Jean-Bernard Bayard. Est-il encore possible au regard de la société de défendre des régimes spécifiques ? C’est une vraie question. Reste que la situation dramatique de certains retraités de l’agriculture doit permettre de transcender les types de régimes et devenir un enjeu de solidarité nationale. « Je lance un cri d’alarme Qu’en est-il de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? », lâchait Jean-Bernard Bayard. Sera-t-il entendu par un gouvernement qui, pour l’heure se place avant tout dans une logique budgétaire face à des déficits abyssaux ? « Il y a une réelle prise de conscience de la situation dramatique des retraites agricoles par les députés et les ministres », concluait-il avec un optimisme mesuré.

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