Les premiers résultats de l’influence du changement climatique sur les systèmes d’élevage ont été dévoilés le 3 décembre lors des 15es rencontres autour des recherches sur les ruminants. Première surprise, le rendement du maïs progresserait avec le réchauffement alors que les prairies en souffriraient. Ce sont donc les élevages les plus dépendants du pâturage qui devront s’adapter.
Les systèmes d’élevage devront s’adapter au réchauffement climatique, a annoncé Jean-Christophe Moreau, ingénieur à l’Institut de l’élevage, mercredi 3 décembre, lors des Rencontres autour des recherches sur les ruminants (3R) organisées par l’Institut de l’élevage et l’Inra. Les premiers résultats de l’étude prospective des conséquences du changement climatique sur les systèmes d’élevage, montrent que le rendement des prairies devrait fortement diminuer et que les éleveurs devront mettre au point de nouveaux itinéraires techniques. Ces recherches coordonnées par l’ACTA (Association de coordination des instituts techniques agricoles) associent Arvalis, l’Inra, l’Institut de l’élevage et Météo France. Les conclusions définitives seront rendues en mai 2009 au ministère de l’Agriculture.
Prévoir les conséquences sur les plantes fourragères
Les chercheurs ont d’abord simulé les évolutions du climat (températures, pluviométrie…) et la teneur en CO 2 de l’atmosphère dans les différentes régions françaises en se basant sur les conclusions du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans un futur proche (2020-2049) et lointain (2070-2099). Ces données ont ensuite été utilisées pour alimenter le logiciel STICS (simulateur multidisciplinaire pour les cultures standards) qui a permis de modéliser l’influence de ces changements climatiques sur la production de biomasse de trois plantes utilisées dans les systèmes fourragers : la luzerne, le maïs et les prairies à base de graminées.
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Le réchauffement profiterait au maïs
Résultats : c’est la prairie qui souffrirait le plus. Dans un premier temps, la production progresserait (dans certaines zones jusqu’à +15%) avant de s’écrouler jusqu’à -16% en dessous de leur valeur actuelle. La luzerne devrait voir ses rendements systématiquement augmenter que ce soit dans un futur proche ou plus lointain. Par contre, contrairement à ce qui pouvait être attendu, la culture de maïs serait confortée. Dans le futur proche, la production augmenterait en culture sèche comme irriguée. Dans un avenir plus lointain, une adaptation des itinéraires techniques (avec un semis plus précoce et l’utilisation d’espèces plus tardives pour éviter la période de sécheresse) permettrait une augmentation du rendement jusqu’à 20% par rapport à ce qu’on observe aujourd’hui.
Les systèmes à l’herbe forcés de s’adapter
Les chercheurs ont étudié les conséquences sur trois systèmes d’élevage français caractéristiques (Bretagne, Lorraine et Aquitaine). Il ressort que les types d’élevage principalement basés sur le fourrage (maïs), comme c’est le cas en Aquitaine, auront moins d’efforts d’adaptation à mener car ils sont moins dépendants du pâturage. Le système « lorrain » qui repose à 100% sur l’herbe durant la période estivale devra évoluer mais pourrait s’en sortir en développant la production de luzerne. Enfin, la Bretagne qui se situe à la croisée de ces deux systèmes pourrait profiter de la possibilité de pâturage hivernal, du fait des conditions climatiques plus douces, pour maintenir sa production et réduire le coût de l’aliment. « Attention ! Car si dans un futur proche les conditions peuvent paraître favorables à l’élevage, les professionnels doivent rester vigilants car à plus long terme des adaptations parfois importantes seront nécessaires », a prévenu Jean-Christophe Moreau.